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L’intellectuel face aux manifestations du 20 février




Dans un langage très proche de Walter Benjamin, l’intellectuel palestinien Edward Saïd affirmait que l’intellectuel était constamment acculé à choisir son camp : soit il est une muse enrôlée, soucieux de se ranger du côté du pouvoir et de glorifier les vainqueurs, soit il est du côté des vaincus et exprime son indignation face aux injustices.
Les manifestations du 20 février nous amènent à nous positionner. Pour ce qui me concerne, je suis soucieux de la liberté d’expression, du débat, de la place active des citoyens au sein de la cité. Je pense que cela vaut pour tous les pays du monde entier.
Il ne s’agit pas de dire que le Maroc est un pays d’analphabètes et que la démocratie n’est pas «encore pour nous». Cela est d’ailleurs grave lorsque ces propos sont tenus par des intellectuels, c’est-à-dire des gens que les médias consultent en tant «qu’experts» et à qui on accorde une certaine légitimité.
Je ne crois ni en l’utilité d’actions violentes, ni aux pseudo-révolutions construites sur internet. Dans Il était une fois la révolution, le réalisateur italien Sergio Léone affirmait que la révolution n’était ni de la broderie, ni un épisode littéraire de l’histoire mais un acte violent, qui a un coût humain. Il ne faut donc pas employer ce mot à la légère et ne pas le confondre avec «revendications» ou «prise de parole publique».
Je crois en un espace public démocratique marocain qui se construit et qui avance aussi grâce aux interventions de la société civile, notamment des initiatives de la jeunesse. Chaque groupe et chaque citoyen, national ou étranger, animé par une rationalité et une éthique qui lui sont propres, a le droit de communiquer publiquement ses idées à condition qu’elles contribuent au bien commun de la cité démocratique. Elles peuvent être dissidentes. La politique n’est pas uniquement constituée de soumission docile et respectueuse à l’autorité mais aussi de rapports de force, de contestations.
Toutefois, il ne faut pas confondre le 20 février 2011 et le 16 mai 2003. Ces panneaux «Touche pas à mon pays» ou bien ces propos que Mohamed Laroussi qualifiait de «Plus amoureux que moi du Maroc, tu meurs» sont peut-être superflus. Le problème n’est pas là. Les manifestants du 20 février ne sont pas des terroristes mais des mouvements très hétérogènes réclamant chacun à sa façon plus de démocratie, plus de justice sociale, plus de liberté.
Les foules ne sont d’ailleurs pas les mêmes à Tanger, Casa ou Rabat. Dans le même cortège, on peut voir les jeunes d’ATTAC avec le drapeau du Che, les «déjeuneurs» du mouvement Mali et autres partisans des libertés individuelles, les militants amazighs, les associations féministes (elles-mêmes constituées de courants progressiste et traditionaliste) et les islamistes de Justice et Bienfaisance. Difficile de dire que toutes ces personnes ont les mêmes revendications. D’ailleurs, la démocratie n’est-ce pas cela ?
Le pluralisme, le débat, la confrontation pacifique de points de vue ! C’est lorsque les choses basculent dans la violence que l’on doit s’alarmer ! Les événements dramatiques qui se passent en Libye actuellement témoignent de cela ! C’est pour cela qu’il faut être prudent lorsque l’on parle de «révolution» et que l’on se réjouit, surtout lorsqu’on ne vit pas dans ces pays, de ces actes de violence qui font tomber les dictatures.
Il ne s’agit bien sûr pas de cautionner les despotes des pays arabes, comme on l’a longtemps fait avec Ben Ali par exemple, mais de se méfier des illusions du savoir immédiat et de prophétiser l’avenir de la Tunisie ou de l’Egypte, en parlant notamment à la légère de «transition démocratique». Nous ne sommes pas en ce moment dans un quelconque résultat final, à partir duquel il s’agit d’établir des bilans. Nous ne faisons que traverser, pour l’instant, un processus dont l’avenir reste incertain. 

* Par Jean Zaganiaris Chercheur au CERAM - Rabat
Lundi 28 Février 2011

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