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L’institution scolaire, un espace de crise et de changement




L’institution scolaire, un espace de crise et de changement
L’étymologie indique que ce concept a été longtemps considéré comme une rupture de sens dans le champ d’une activité. Du côté médical, le même concept désigne à la fois arrêt et mort. De l’examen de la littérature, nous faisons entrevoir deux images :
1ère image : La crise comme désordre et comme base d’action d’innovation. Il y a ici une probabilité de distinguer deux visions: le désordre est un vecteur de développement : « Le désordre qui menace tout le système et aussi ce qui peut permettre l’innovation » (Edgar Morin, 1993)
2ème image : Crise comme pathologie du travail (conditionnement, rigidité et rationalisation excessive). Le fonctionnement des instances dans ce registre mental / culturel (répétition, linéarité…) soulève aujourd’hui la question de l’abrutissement de l’homme et de son incapacité de sortir des idées fixes.
Plusieurs maladies (dépression, asthénie, dégoût, immobilisme, aliénation) résultent en grande partie de cette forme de travail. Comme le souligne Christophe Déjours (1989) : « La souffrance au travail reste souvent intériorisée, mais les effets de ce mutisme constituent une source de dysfonctionnements tant au niveau du corps ou de la santé mentale ». Le concept « d’institution en crise » se caractérise par une extrême complexité de référence de sorte qu’il devient difficile de passer sous silence le problème de terminologie et celui de méthodologie / approches.
Aujourd’hui, de nombreux discours situés dans le champ éducatif donnent une large place à la notion de dysfonctionnement ou de déficit. On constate souvent que ces deux concepts qui renvoient à un vocabulaire précis aboutissent, en fin de compte, à des aberrations de sens. La raison scientifique autorise à considérer la notion de crise comme un mot-valise: il indique la rupture d’une situation en état d’équilibre voire  un bouleversement d’un certain ordre (social, économique, politique ou culturel). Ainsi, comme le soutient J. Lacan (1986) « Le concept de crise renvoie à des articulations quasi-obligées avec (…) le milieu social et le milieu familial. La crise d’une personne est aussi l’affaire de son lieu de travail, de sa famille, des voisins de paliers de l’immeuble ou du quartier qu’elle habite » … L’enjeu serait donc le changement radical des institutions, de leurs comportements et de leur fonctionnement.
Nous retenons comme définition de l’institution comme espace de crise (s) :
 a - Un acte de « connaissance » et de compréhension du désordre inhérent au fonctionnement interne du système (structure psychologique, physique ou organique, déficience / déficit) de sa nature et de ses causes (stress, dépression, fatigue…). Le malaise à ce niveau est structuré autour d’une organisation déjà porteuse de sequelles /ou faits pervers.
b – Une action diagnostique du contexte où évolue le sujet (environnement familial, social et professionnel…). Dans ce cas, il est question d’handicap ou d’incapacité le plus souvent associée à deux types de situations : macro-situation (l’école – classe, environnement socioculturel et modes relationnels), micro-situation (agir au sein d’une action éducative : communiquer, apprendre, s’informer, partager une expérience, etc.).
Pour aborder la question d’institution comme espace de crises, il paraît utile de mettre en place un dispositif conceptuel construit autour de deux notions fondamentales : la notion d’observation / ou diagnostic (approche analytique), la notion de changement d’attitudes (approche psychothérapique). Ces deux outils pratiques prennent sens et pertinence dans le champ de l’approche de changement. Cela veut dire que l’étude de l’handicap de l’institution scolaire et / ou de ses acteurs présuppose :
- Au niveau de l’observation : Identifications des lacunes, action d’analyse des causes et facteurs dits pathogènes et insertion des sujets en difficultés dans un environnement propice plus proche de leurs besoins (structure d’accueil).
- Au niveau de la pratique du changement : répertoriage  et classement des anomalies (typologies / causes), mise en place des activités d’auto-construction des savoirs, d’auto-évaluation et perspectives d’aide et de soutien
‘’Toute crise accroît les incertitudes et diminue les possibilités de prédire ; elle provoque des dérèglements voire des catastrophes ; mais elle permet aussi des inventions qui permettent de trouver des réponses à cette situation à condition que l’on puisse trouver de nouveaux moyens pour la surmonter…’’ Edgar Morin (1990). C’est dans cet esprit que vont se développer de nouvelles techniques d’intervention dans le domaine institutionnel et organisationnel. Aussi voit-on se constituer de multiples approches analytique et descriptive partant des macro-situations (activités du secteur, tâches spécialisées des acteurs) aux micro-situations (transmission des savoirs, contrôle, évaluation…). En matière d’approche des macro-situations, l’enjeu repose sur les modalités d’accès à l’exploration du contexte par le biais des outils stratégiques telles que la communication, l’information, et la recherche. Ce qui implique à juste titre un cercle de qualité convergeant vers un consensus notamment sur le choix de l’appareillage conceptuel. Une approche a besoin d’être examinée au travers son paradigme et sa fonction parallèlement aussi à la réalité à étudier. Ce qui importe le plus dans une action de changement, c’est la participation de l’ensemble collectif de l’institution scolaire. Celle-ci constitue un terrain propice pour l’intersubjectivité et l’étape cruciale de la délibération.
L’un des reproches que nous formulons à l’encontre des interprétations diverses du concept crise de l’institution scolaire est d’avoir réduit sa signification à un état statique, plutôt qu’une connaissance théorique ou un processus inhibiteur agissant à différents niveaux du fonctionnement de l’institution. Encore plus grave, le concept crise est souvent traité dans un langage uniforme.
Les faits observés lors de notre action de supervision du travail des enseignants (activités scolaires, conseils de classe, réunions pédagogiques, animations, etc…) permettent d’objectiver de façon directe, au plan institutionnel un facteur majeur déterminant causatif : l’inertie. Comme ce concept a actuellement une dénotation précise en physique (qui veut dire force à intervalle de l’étape de l’extinction à celle de l’arrêt final), l’on voit aussi qu’il est utile dans l’état actuel de notre connaissance, d’en déterminer le sens, et de préparer un plan d’action alternative allant de la crise (déficience) à l’incapacité, et de l’incapacité à l’handicap.

L’institution scolaire comme espace de
changement

Qu’entendons-nous par changement ? Plusieurs auteurs se proposent aujourd’hui de confronter leurs travaux de recherche sur la notion de crise / ou dysfonctionnement institutionnel en insistant davantage sur une logique / ou perspective de changement. Pour déterminer leur système de raisonnement sur cette problématique, il pourrait être utile de préciser le lien d’interférence avec le système théorique de base avec ce que l’on pourrait appeler « paradigme ». Trois modèles théoriques de changement méritent d’être étudiés : le modèle de changement de l’institution (structure et fonctionnement), le modèle du changement socio-culturel (structures relationnelles) et  le modèle du changement comportemental / attitudinal (stratégie d’acteur).

Modèle du changement comportemental
Dans leur ouvrage ‘’Changement, paradoxe et psychothérapie’’, P. Watzlawick , J. Weckland        et R. Tisch  proposent une typologie originale de la pratique de changement (structure groupale. Ils distinguent entre le changement inférieur  qu’ils associent à un processus très simple déroulant à l’intérieur d’un système dont les règles sont prévisibles (= changement type 1) et le changement dit supérieur qu’ils qualifient de processus d’intervention à l’intérieur des principes logiques du système préétabli (=changement type 2). Comme le font remarquer les auteurs : «Pour passer par ex. de l’immobilité, il faut un pas en dehors du cadre théorique de l’immobilité. Souvent une réforme est confrontée à des paradoxes parce qu’elle est insuffisamment ouverte à des faits. Dans ce contexte, ils nous rapportent un exemple pertinent : « On recommandera aux professeurs de laisser les élèves décider eux-mêmes leur formation, cette situation à distance du (…) social aboutit à des impasses et à des tensions. La bonne conduite devrait connaître une libre motivation interne. »
Ce type de changement est important puisqu’il vise non seulement  un changement dans le cadre strict de la réforme (appel au changement 1) mais aussi une action spontanée à l’auto-évaluation dont le but est de créer (imaginer) et d’innover (appel au changement 2)

Modèle du
changement social

La littérature concernant le changement social est très vaste A. Touraine (1973) constate que pour entraîner un changement, il faut un pouvoir qui le dirige voire une prise de position dépourvue de populisme et de subjectivisme.
Dans le cadre des analyses critiques de cette réflexion faite dans le sens de la rationalisation de l’action, Friedberg (1976) dans ses analyses de cas (services sociaux, usine automobile, établissement scolaire) distingue entre organisation classique où les logiques de fonctionnement (processus, règles) sont  visibles, voire codées et plus accessibles à l’observation et les organisations à structures d’action organisée (grève, bande informelle…). Pour lui, « ce sont alors le contexte d’action, de négociation et d’échange politique et l’ordre local par lequel est introduit le maximum de régularité et de stabilité dans la négociation et les échanges  politiques entre les intéressés ».
L’examen de cette hypothèse met en évidence une idée essentielle : l’importance de la dialectique entre rationalité (calcul) et la rationalité intégrant affectivité, culture et idéologie. Selon l’auteur (1993), ‘’pour comprendre les conditions ou les stratégies des uns et des autres, il faut connaître cet ordre local et les structures et les règles du jeu implicite sur lesquels il repose’’

Modèle du changement organisationnel
Dans son ouvrage ‘’L’organisation en analyse’’ (Puf, 92), E. Enriquez (1992) rapporte l’histoire d’une communauté religieuse. En sociologue clinicien et en ingénieur, il cherche le pourquoi des problèmes du déréglage de l’ordre religieux et sa logique de fonctionnement. Dans cette optique, il propose une information pertinente, à savoir la crise du dialogue entre les membres de la communauté des moines et la résistance au changement.
En se situant à l’intérieur de la structure de l’établissement, il découvre la cause majeure du blocage : les comportements inadaptés du père Martin. A ce niveau, l’auteur répond à la nécessité de débloquer la situation de la communauté religieuse, en proposant deux voies possibles : l’implication du père Martin dans l’analyse (cause), la mobilisation des ressources humaines (participation au changement). Notons à ce niveau qu’une action de changement suppose des acteurs qui investissent avec passion et courage plutôt que des sujets attentistes et passifs.


* Doctorant au laboratoire
ingénierie de l’éducation
et de la formation de la Faculté des Sciences
Ben Msick - Casablanca

Par El Miloudi Belhaddioui *
Samedi 8 Juin 2013

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