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L’insoutenable quotidien des gardiens de prison

A la pression des supérieurs s’ajoute celle des pensionnaires




On les entend rarement et on ne sait pas beaucoup de choses sur leurs conditions de travail. Il arrive néanmoins qu’ils expriment de temps à autre leur ras-le-bol  via les réseaux sociaux, mais ils n’avouent pas tout puisqu’ils sont tenus par leur statut au droit de réserve. Ce sont les fonctionnaires de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) dont un récent rapport syndical donne  une image  peu reluisante sur leurs conditions de travail: stress, agressions, longues heures de travail, faible taux d’encadrement et la liste est longue.
Dressé par le Syndicat national des cadres communs au sein de la DGAPR, ce rapport précise que ces fonctionnaires  exercent leurs activités dans des conditions pénibles caractérisées notamment par un  environnement de travail dangereux, des journées de travail qui dépassent les 10 heures sans parler de l’absence de moyens logistiques à même de leur permettre d’accomplir convenablement leurs tâches. Ledit document a évoqué également  le problème de l’éloignement des établissements des zones urbaines et le manque ou la faiblesse de moyens de transport fonctionnels.   
Une situation des plus complexes puisque le taux d’encadrement demeure, selon le rapport, faible avec une moyenne d’un gardien pour 11 détenus alors que la moyenne internationale est d’un gardien pour trois détenus. Pis,  la DGAPR a recruté seulement 118 fonctionnaires sur les 400 postes budgétaires qui lui ont été alloués par le gouvernement en 2016.
Ces fonctionnaires exercent également leur travail dans un contexte marqué par la pression exercée par  leur hiérarchie et l’agressivité des détenus. A cet effet, le rapport constate une nette augmentation du nombre d’agressions contre les fonctionnaires lors des trois dernières années soit à l’intérieur ou à l’extérieur des établissements pénitentiaires. Des agressions dont un grand nombre est de nature vengeresse. Selon des statistiques de la DGAPR, le nombre d’agressions a atteint 168 en 2015 contre 88 en 2014 ; des chiffres qui demeurent bien en deçà de la réalité, selon le rapport, puisqu’ils n’incluent pas les agressions non violentes.
Le document révèle, par ailleurs,  que la DGAPR occupe le haut du pavé des administrations  connues pour leur propension à traduire leurs fonctionnaires devant le Conseil de discipline pour des raisons futiles parfois. La mutation de dizaines de fonctionnaires au cours de l’année 2014 pour des raisons administratives atteste, selon les rédacteurs de ce rapport, de l’arbitraire et de l’abus de pouvoir qui caractérisent ces mutations.  
Dans ce contexte,  56,9% des fonctionnaires des établissements pénitentiaires ont déclaré souffrir de dépression, 28,9%  de maladies psycho-neurologiques et seulement 14,2% se disent en bonne santé psychique.  69,4% de ces fonctionnaires jugent, en outre, que leur situation administrative et sociale est fragile, 73,9% estiment que la DGARP s’intéresse peu à ses ressources humaines et que 95,7% disent vouloir changer de profession.  
Ces fonctionnaires remettent également en cause leurs grilles de rémunération. Ils estiment qu’ils sont mal payés par rapport aux autres membres de la fonction publique. D’après le rapport, 70% d’entre eux ont déclaré toucher moins de 4.000 DH de salaire mensuel, 83% sont endettés auprès des organismes de crédit et 54%  ont fait remarquer que leurs salaires ne leur suffisaient pas.

Une situation alarmante

Zone d’ombre de notre société, le système carcéral fait régulièrement l’objet de vives critiques.
Un discours sécuritaire s’occupe souvent de justifier l’institution dans son ensemble, mais les écueils subsistent.
Brutalité, non-respect des droits de l’Homme, souffrances physiques et mentales…, la prison est, en effet, un monde de violence et de rapports de forces non seulement entre détenus mais aussi entre ces derniers et les personnels chargés de les surveiller.
Lieu de la norme et de la règle par excellence, la prison est aussi un lieu de « flottement » où chacun ajuste sa conduite en fonction des multiples décalages qui semblent constituer l’ordinaire de la vie pénitentiaire : décalage entre les missions et les moyens, entre la règle et les usages, entre le dit et le su, entre des objectifs institutionnels et des us et coutumes professionnels, etc.
De l’inconfort des cellules à la vétusté de certains établissements pénitentiaires, l’architecture est sans cesse incriminée et considérée comme la raison la plus évidente d’une violence carcérale dont  la surpopulation chronique accentue les traits et remet en question l’ensemble d’un système dont la réinsertion ne semble pas faire partie des priorités.
Le sous-effectif et le manque de temps ne permettent pas aux surveillants d’accomplir leur mission dans les règles de l’art. Chargés de gardiennage et de réinsertion, ils se trouvent, par la force des choses, réduits à un rôle de gestionnaire des flux de la population carcérale et des nécessités de service et, donc, incapables d’assumer l’un des volets essentiels de leur mission, à savoir préparer les prisonniers ayant purgé leur peine à se réinsérer dans la société.
La finalité de l’emprisonnement ne peut, donc, que susciter de la controverse. Pour certains, cette solution devrait servir exclusivement à sanctionner les malfaiteurs ; d’autres font valoir qu’elle a essentiellement pour objet de dissuader aussi bien les individus en prison de commettre de nouveaux délits à leur libération, que ceux qui pourraient avoir une propension à perpétrer un crime. Selon un autre point de vue, l’incarcération des individus vise à les réformer ou à les réadapter. Autrement dit, une fois en prison, ils finiront par reconnaître l’erreur à l’origine d’un comportement délictueux et acquerront les compétences qui leur permettront de mener une existence conforme à la loi une fois remis en liberté. Mais il n’en est rien à en juger par la situation catastrophique de nos établissements pénitentiaires.
H.T

Hassan Bentaleb
Mardi 29 Novembre 2016

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1.Posté par Reyeps le 28/11/2016 20:16 (depuis mobile)
Bonsoir,

Autant d''erreurs dans un même article, je suis un simple surveillant, mais clamer la méconnaissance d''une profession avec une désinformation et un manque de vérifications aussi flagrant je crois que je vais me réorienté en journaliste..

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