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L’hypocrite sourit, l’énergumène aboie …




L’hypocrite sourit, l’énergumène aboie …
«L’hypocrite sourit, l’énergumène aboie» : cet aphorisme de Voltaire tiré de son poème «Le Russe à Paris» (1760) résume, en quelque sorte, le tintamarre médiatique et les agitations engendrés par la diffusion de quelques bribes du film «L’innocence des musulmans» et des caricatures de l’hebdomadaire «Charlie Hebdo» faisant allusion au Prophète Mohammad. Il renvoie dos à dos des actes et des comportements irresponsables voire dangereux. Les uns se sont barricadés derrière le bouclier du droit à la liberté d’expression pour justifier une ineptie pseudo-cinématographique et défendre une publication journalistique pour le moins irréfléchie. Les autres ont crié au blasphème et dénoncé une insulte à l’Islam et aux musulmans incités à cela par des calculs autres que religieux.
D’abord, il y a le film produit, semble-t-il, par Nakoula Basseley Nakoula. C’est un ersatz pathétique d’une production cinématographique, une vraie insulte au 7ème art. Son réalisateur a proposé, comme l’affirment les plaintes déposées pas des acteurs, un vrai-faux scénario doublé grossièrement par la suite afin d’assouvir des visées islamophobes. Cette production ne fut pas, comme ne cessent de le scander de nombreuses personnes, un fruit du hasard et une pure création cinématographique. Sa date de parution n’est pas fortuite. Au contraire, elle fut choisie avec minutie pour rappeler à ceux qui veulent et surtout souhaitent l’entendre, que ce sont les musulmans et leur religion qui sont derrière les abominables attentats du 11 septembre 2001. Cet amalgame volontaire ne pointe qu’un objectif unique : identifier «l’axe du mal» et présenter les troubles qui agitent de nombreuses régions du monde sous l’angle du clivage Occident-Orient.
L’hebdomadaire «Charlie Hebdo» saisit la balle au bond pour publier des caricatures évoquant le Prophète dans des situations invraisemblables et avilissantes. Cet acte ne cesse, pourtant, d’être défendu et justifié par le droit fondamental à la liberté d’expression défini dans l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Certes, la liberté d’expression est un droit immuable. Elle est même le révélateur évident de la maturité démocratique d’un peuple. Cependant, elle implique, aussi, un exercice réfléchi et responsable de ce droit afin que celui-ci ne se mue pas en moule malléable et modulable selon les guises et les desideratas de l’auteur.
A ces hypocrites souriants, il n’est pas superflu de rappeler que la liberté d’expression n’autorise pas l’insulte et le persiflage. Il est trop facile de se barricader derrière ce droit pour mener une vraie guerre contre quasiment le tiers de l’humanité. Si le côté obscène, pitoyable et islamophobe du film est patent pour le commun des mortels, le fait que «Charlie Hebdo» s’engouffre dans la brèche l’est moins. Quelles sont les motivations exactes qui ont poussé les caricaturistes de cet hebdomadaire à emboîter le pas au producteur du soi-disant film? L’explication la plus tangible réside dans l’envie de profiter du «buzz» pour booster les ventes et accroître le nombre des lecteurs. Ce but fut largement atteint car le magazine fut épuisé et réimprimé pour soulager la curiosité des lecteurs. A ceci, on rétorquera que l’anticléricalisme de « Charlie Hebdo » n’est pas nouveau et que ceci fait partie de sa tradition. Je ne remets pas en cause le droit de quiconque à blasphémer et encore moins à croire ou non. D’ailleurs, ceci est strictement personnel et ne doit même pas faire l’objet de débats publics. Cependant, je prends le pari que l’auteur des caricatures incriminées se rue vers les magasins, la veille de Noël, pour faire ses emplettes et poser ses cadeaux au  pied du sapin juste à côté de la crèche qui est une mise en scène, en trois dimensions, de la Nativité de Jésus! On a beau être anticlérical, voire athée, on garde, souvent, dans son for intérieur un soupçon de foi dans l’espoir de le transformer, en cas de besoin, en laissez-passer pour le paradis céleste !
Au moment même où de nombreux médias se gargarisent de thèses et antithèses et autres élucubrations sur ce droit essentiel qui est la liberté d’expression, la justice française a été saisie par Kate Middleton pour exiger le retrait de photos dévoilant ses tétons princiers et elle a eu gain de cause ! Du coup, si on croit le silence acquiesçant des médias, la poitrine de la princesse britannique est plus sacrée que la foi de quasiment deux milliards d’humains !
On peut me faire observer que ce qui est proposé par le film et les caricatures  ne vise pas une personne en particulier et que la foi est une conviction individuelle. A ceci, il n’est pas superflu de rappeler, tout en considérant le décalage entre les deux situations, que l’holocauste n’a pas frappé collectivement les juifs parce qu’ils sont des êtres humains, mais parce qu’ils sont juifs. Autrement dit, les Nazis les ont déportés et envoyés dans les fours crématoires et les chambres à gaz à cause de leur conviction religieuse.
En réaction à ces hypocrites souriants, des foules passionnées d’énergumènes envahirent les rues de plusieurs villes musulmanes pour laver l’affront fait au Prophète et défendre la religion musulmane. Ces inconscients souvent manipulés par des extrémistes d’obédiences obscures, n’ont fait qu’aggraver les dommages occasionnés par le film et les caricatures en leur offrant, en outre, une immense et gratuite campagne publicitaire.
A cause de leurs agissements d’un autre âge, ils ont souillé l’Islam, la religion de la tempérance et du juste milieu car aucune motivation ne justifie la violence. Celle-ci est à condamner fermement et sans ambiguïté. Ils auraient pu s’inspirer de la Sira du Prophète pour s’élever au-dessus des offenses et des vociférations et de ne leur accorder aucun intérêt. D’ailleurs, le Messager lui-même, dédaignait toujours les insultes comme l’a fait remarquer, à juste titre, le Grand mufti d’Egypte, Ali Gomaa. Il a affronté les mauvais traitements de ses ennemis en optant, chaque fois, pour la voie du pardon, de la miséricorde et de la compassion. Une règle de conduite résumée par le Coran qui exhorte ainsi les croyants : “La bonne action et la mauvaise action ne sont pas identiques. Repoussez la mauvaise action par une action meilleure”. Malheureusement, l’absence de compétences en matière d’interprétation religieuse et d’herméneutique coranique laisse le champ libre à des énergumènes aboyeurs dotés d’un savoir nettement moins épais que leurs tuniques ! Ceci est, par ailleurs, une des manifestations de la «panne» idéologique dont souffre le monde musulman.
En guise de conclusion, on tient à souligner que la liberté d’expression ne peut être confondue au libertinage d’expression! Elle impose une règle de conduite implicite qui en fixe les limites. On peut même la comparer au Code de la route qui, tout en garantissant à chacun le droit de circuler, impose un contrôle de soi pour ne pas dire une autocensure des comportements qui risque de nuire aux autres. La liberté d’expression doit, à mon avis, faire du respect et de la probité morale son fondement. Celui qui fait fi de cela fait en même temps offense à ce droit et à l’homme.

Mohamed Lmoubariki (Docteur ès histoire)
Mercredi 10 Octobre 2012

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