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L’état permanent d’insécurité intérieure au Nigéria




L’état permanent d’insécurité intérieure au Nigéria
Le Nigéria, comme beaucoup d’Etats en développement, présente le paradoxe de la pauvreté malgré d’énormes ressources. Les citoyens sont entreprenants mais l’Etat est prédateur. La richesse est créée, mais trop souvent volée. Les symboles de la sécurité – ce qui signifie en réalité l’insécurité - sont partout.
L’ancien gouverneur Orji Uzor Kalu, un homme d’affaires prospère, participant à la course présidentielle, s’est plaint car « sans une escorte de police, vous ne pouvez pas vous déplacer » dans la plupart du pays : « Vous pouvez vous déplacer à Abuja, peut-être quelques parties de Lagos, mais vous ne pouvez pas aller ailleurs ». Les points de contrôle de sécurité sur les routes principales sont de plus en plus fréquents, dès que vous quittez les grandes villes.
Bien que pris au piège du trafic à quelques centaines de mètres de notre hôtel à Port Harcourt, l’équivalent de Huston aux USA compte tenu de la forte présence de l’industrie pétrolière, nous avons proposé de marcher pour atteindre notre destination. « Trop dangereux », nous a-t-on dit. Les compagnies d’énergie n’autorisent jamais leurs employés à aller nulle part sans une escorte armée.
En réalité, le delta du Niger, accueillant de multiples activités énergétiques et maritimes, est une zone particulièrement risquée. Les résidents ressentent la domination du nord et ont l’impression que, comme l’a déclaré un homme d’affaires, l’argent extrait du sol et de l’eau ne profite pas à la population locale. Ces attitudes incitent à la violence allant du kidnapping d’étrangers à des attaques des installations et des navires.
Etre prudent ne suffit pas. L’embauche de personnel de sécurité ne l’est pas non plus. Les responsables de la société reconnaissent en privé qu’ils payent directement pour leur protection, et qu’ils arrosent en cash les collectivités locales. Le gouvernement gère une force d’intervention mixte, y compris l’armée et d’autres organismes à vocation sécuritaire, pour faire face à la violence des militants. Un cadre dans une entreprise locale affirme que la situation est meilleure qu’il y a quelques années, mais les extrémistes doivent être payés encore pour éviter les attaques.
Le Nigéria a eu sa part de conflits. Il y a quatre décennies, le gouvernement central a brutalement réprimé la tentative de sécession de la région orientale de l’Etat du Biafra, générant entre un et trois millions de morts. Plus récemment des dictateurs militaires impitoyables gouvernaient. Aujourd’hui, le plus grand problème réside peut-être dans les divisions internes au sein de la population d’environ 175 millions partagée en 500 groupes ethniques environ. Le pays est presque également divisé entre chrétiens et musulmans, rendant la négociation politique compliquée. Récemment, le groupe terroriste Boko Haram a massacré des chrétiens et des musulmans modérés.
Le pays souffre déjà des maladies habituelles du Tiers Monde, à savoir un Etat sur-politisé. Comme beaucoup d’autres nations, Abuja a hérité des politiques dirigistes de l’époque coloniale qui ont été reconduites par une élite prédatrice après l’indépendance. La bureaucratie est omniprésente et la corruption est monnaie courante. Un travailleur expatrié observait : « Le Nigéria n’est pas un pays. Il s’agit d’une affaire ». Les pots-de-vin sont un mode de vie, en dépit des efforts accrus pour lutter contre cette pratique.
Ces dés-incitations économiques sont fortement exacerbées par des problèmes d’insécurité. Un directeur de publication se plaint qu’il était dangereux d’envoyer des camions la nuit pour livrer les journaux le lendemain. Le journal espère mettre en place plus d’antennes pour servir tout le territoire.
L’investissement ne nécessite pas seulement une protection juridique mais une protection physique. Cela augmente le coût de faire des affaires. Un investisseur potentiel ou un commerçant ne peuvent pas se déplacer librement comme aux Etats-Unis, en Europe ou dans les grands pays d’Asie de l’Est. Les employés expatriés doivent assurer leurs arrières. Mais les grands perdants, ce sont les indigènes qui payent les pots cassés car il y a moins d’opportunités d’échange et d’investissement.
Kalu, prétendant à la course présidentielle, a mis en avant la nécessité de la déréglementation et de la privatisation. Il a également souligné les problèmes de corruption dans son pays riche en pétrole, où les pots-de-vin sont attendus et les pannes d’électricité sont continues. Mais il a souligné que le manque de sécurité personnelle est encore plus fondamental. Lors d’une récente interview à Abuja, il a déclaré que « la sécurité intérieure est cruciale ». Sans sécurité, a-t-il dit, « je ne sais pas comment nous pouvons nous développer. Nous avons besoin de la sécurité intérieure afin que les locaux et les étrangers puissent se déplacer plus librement ».
Les problèmes de sécurité du Nigéria soulignent le potentiel extraordinaire inexploité du pays. Il possède la plus grande population de l’Afrique et son PIB dépassera bientôt celui de l’Afrique du Sud. Ses réserves énergétiques sont enviées sur tout le continent. En outre, les Nigérians manifestent à la fois une grande capacité de travail acharné et l’esprit d’entreprise. La caractéristique la plus frappante est surement l’esprit d’entreprise omniprésent des Nigérians. Les gens sont partout en mouvement colportant des produits. Les stands pullulent même dans les routes les plus isolées, alors que les marchés sont partout où l’on se déplace. Ce qui manque aux Nigérians, professait un homme d’affaires, est un « environnement d’affaires propice », qui devrait inclure la sécurité, peut-être la responsabilité la plus fondamentale du gouvernement.
Le Nigéria présente de nombreux atouts qui font défaut à ses voisins et d’autres pays en développement. Cependant, une grande partie de son potentiel est encore inexploité. Les Nigérians sont capables de prospérer. Mais il leur manque l’environnement sécurisé et incitatif. Il est grand temps pour les dirigeants du Nigéria de servir en premier les intérêts de leur peuple.
 
* Analyste au Cato Institute 
et ancien adjoint spécial au cabinet du Président Ronald Reagan
Articles publiés 
en collaboration avec www.libreafrique.org

Par Doug Bandow *
Mercredi 9 Juillet 2014

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