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L'espace Schengen mis à mal par les tentations populistes




Schengen, l'espace européen sans frontières intérieures, est menacé par l'incapacité des gouvernements de gérer une vague de migrants venus d'Afrique du Nord et sa disparition sonnerait la fin de la libre circulation dans l'UE, souhaitée par les mouvements populistes.
La commissaire chargée de la sécurité et de l'immigration, Cecilia Malmstrom, refuse de croire à la fin de cet espace sans frontières pour 400 millions d'habitants de 25 pays du fait des tensions franco-italiennes au sujet des migrants tunisiens. «Ce serait dangereux, car Schengen est un des fondements de la libre circulation dans l'Union européenne», explique-t-elle.
«Si Schengen tombe, alors on pourra se demander à quoi sert l'Union européenne», lui fait écho le quotidien espagnol El Pais. Cecilia Malmstrom a relevé que les gouvernements européens sont seuls maîtres des politiques en matière de sécurité. Or ils sont presque tous sous la pression de mouvements populistes et xénophobes, associés au pouvoir comme la Ligue du Nord en Italie, ou devenus de véritables forces, comme le Front national en France.
Ces partis rejettent les immigrants et dictent les politiques sécuritaires menées par les gouvernements.
Schengen est en crise larvée depuis plus d'un an, et l'exode de quelque 25.000 Tunisiens vers les côtes du sud de l'Italie le met à mal.
Le gouvernement de Silvio Berlusconi a d'abord demandé à ses partenaires de l'aider à supporter cette charge. Il s'est tourné vers la France, destination avouée de la grande majorité de ces migrants. Paris a refusé, et la Commission a avoué ne pas pouvoir contraindre les gouvernements à se montrer solidaires. Rome a contourné le problème en délivrant des titres de séjour temporaires et des documents d'identité pour permettre aux Tunisiens de «passer» en France. L'initiative fâche ses partenaires. Pour Melchior Wathelet, secrétaire d'Etat belge à la politique d'immigration et d'asile, «l'Italie a triché avec les règles européennes».
«Nous sommes donc contraints de remette un certain nombre de contrôles», soutient-il. La France a fait de même. L'Allemagne et l'Autriche envisagent de suivre le mouvement.
L'exaspération de M. Wathelet est partagée. Roberto «Maroni utilise les migrants tunisiens à des fins électorales pour son parti, la Ligue du Nord, car il a compris qu'il avait beaucoup à gagner», déplore un diplomate à Bruxelles.
Le gouvernement français, préoccupé par la montée en puissance de l'extrême droite, n'entend pas lâcher. Un sommet le 26 avril à Rome devrait tenter d'aplanir le contentieux entre les deux pays.
Mais Schengen va pâtir de cette crise. Paris et Berlin ont bloqué les adhésions de la Roumanie et de la Bulgarie à Schengen et «les temps vont être rallongés» pour l'intégration de nouveaux membres, reconnaît la Commission.
La France et l'Allemagne ont en outre suggéré la possibilité de modifier temporairement les frontières extérieures de l'Union européenne au cas où un des membres ne serait pas en mesure de les contrôler.
«Il y a des problèmes dans Schengen, notamment celui des frontières extérieures», reconnaît Mme Malmstro m. «Il faut en parler, mais sans remettre en cause tout le système», met-elle en garde.
La commissaire est consciente des difficultés. «Nous voyons clairement que l'action de certains courants politiques affecte le débat», déplore-t-elle.
Marine le Pen, la présidente du Front National en France, réclame la sortie de Schengen.
«Malheureusement, quand on est confronté à une crise, le repli identitaire, le repli sur soi, est souvent le réflexe le plus facile», souligne Melchior Wathelet.

Libé
Mercredi 20 Avril 2011

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