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L’entraide familiale et la faillite du cadre africain




L’entraide familiale et la faillite du cadre africain
En Afrique, il est coutume de parler du poids qu’occupe la grande famille dans le portefeuille des cadres. L’analyse s’élargit quand nous considérons aussi le rôle de la diaspora dont les transferts financiers servent le plus souvent à résoudre des problèmes ponctuels de famille (santé, scolarité des enfants, achat d’un équipement, funérailles) plutôt qu’à des projets d’investissement bien ficelés.
C’est pour apporter des explications dans la rigueur scientifique que le professeur  Wantchekon a mené une étude socioéconomique sur l’éducation et le capital humain du Dahomey. 
Rappelons que le professeur Wantchekon, béninois d’origine, est un éminent professeur d’économie souvent cité comme l’une des figures de proue des économistes de notre époque. Membre de l’Académie des sciences des Etats-Unis d’Amérique, il est professeur à Princeton, directeur fondateur de l’Institut de recherche empirique en économie politique et fondateur de l’African School of Economics qui vise à former d’émérites mathématiciens et économistes sur le continent. 
La présente étude se base sur l’histoire du Dahomey au moment de la colonisation. Comme le rappelle le professeur, à cette époque, aller à l’école relevait d’une décision aléatoire car la mission des Occidentaux était de convertir les peuples africains dans leur ensemble. Quand bien même certains chefs de village étaient réticents à envoyer leurs enfants à l’école, comme nous le lisons dans «L’aventure ambiguë » de Cheikh Hamidou Kane, le choix des parents à envoyer leurs enfants à l’école relevait totalement de l’aléa (curiosité, proximité, employés des colons, etc). De ce fait, la comparaison des deux catégories d’enfants (les instruits et les autres) est beaucoup plus précise et justifiée. Rappelons toutefois qu’il y a une causalité forte entre le développement des régions ayant abrité en leur sein un bâtiment scolaire  colonial car les écoles attirent naturellement diverses infrastructures comme l’éclairage, le dispensaire, l’administration, les marchés, etc. 
Cette première génération d’instruits a donc obtenu des revenus plus élevés au fil du temps, justifiés par une insertion dans les administrations et dans la gestion des ex-pays. Ils sont ainsi devenus des modèles de réussite pour toute la famille. Du fait de la solidarité familiale, la première génération d’instruits a le devoir d’aider les neveux, nièces, cousins de la famille élargie afin de leur donner une chance de réussite. Sauf qu’au fil des années, la famille n’a pas cessé de s’agrandir, entraînant de surcroît un accroissement de l’aide. Le double revers de cette entraide est que les enfants des instruits fournissent moins d’efforts car ils jouissent initialement d’un meilleur statut. L’étude remarque que 60%  des enfants de cadres de la génération 1960 ont échoué professionnellement. Au final, il y a une probabilité plus forte d’enlisement dans une trappe à pauvreté collective car tout l’effort se concentre sur un seul individu qui ne peut plus épargner et donc investir durablement. De plus, quand cet individu décède, surviennent des conflits familiaux et des guerres de clans. 
L’entraide familiale devient alors comme une taxe familiale qui nuit même aux relations entre l’épouse de l’instruit et la belle-famille. Car l’épouse, avec le temps, trouvera que son mari sacrifie bien trop leurs enfants. Cette surenchère de l’entraide familiale pèse d’autant plus que le chômage de la jeunesse est en hausse.  L’absence de débouchés et les aides qui sont alors de deux ordres : financières (frais de scolarité, TD, fournitures, logement) ou matérielles (ordinateur, moyen de déplacement, équipements, etc.)  et ne cessent d’accroître avec le temps. 
Somme toute, l’étude permet d’éclairer un sujet d’actualité sur lequel le cadre de discussion n’était pas souvent fondé. L’auteur souligne que les troisième et quatrième générations d’instruits sont les nôtres. En basant l’étude sur ces dernières, on ignorerait l’essence, l’histoire et les causes de persistance du phénomène. 
Il est donc urgent de redéfinir le cadre d’entraide familiale, et d’avoir des épouses et époux des plus averti(e)s !
 Diriez-vous, que quand bien même on pourrait considérer l’éducation comme un investissement de long terme, il faut aussi des conditions propices qui encadrent le financement de cette éducation. 
 
* Article publié en 
collaboration avec le think tank IMANI-Francophone  

Par Leomick Sinsin
Mercredi 30 Avril 2014

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