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L’élection des Indignés n’a pas changé grand-chose en Espagne

L'austérité et le chômage touchent toujours plus de 20% des actifs




Cinq ans après sa naissance sur une place du centre de Madrid, le mouvement des indignés a entraîné un séisme politique en Espagne et franchi ses frontières, même s'il reste encore loin de ses objectifs.
Le 15 mai 2011 était un jour de fête sous le ciel bleu de la capitale, la "San Isidro" (Saint Isidore), même si le pays traversait, depuis 2008, sa pire crise économique depuis la mort du dictateur Francisco Franco.
L'austérité et le chômage - touchant plus de 20% des actifs, comme aujourd'hui - jetait des centaines de personnes dans la rue et 21.000 manifestations furent enregistrées en 2011.
Dans ce contexte, peu avant le 15 mai, une dizaine de personnes - blogueurs et activistes online - écrivit un manifeste apolitique exigeant "une démocratie réelle maintenant" (Democracia real ya), se souvient l'un d'eux, Fabio Gandara, 31 ans, devenu entrepreneur.
"Certains d'entre nous sont plutôt progressistes, d'autres plus conservateurs (...) Mais nous sommes tous inquiets et +indignés+ face au panorama politique, économique et social", lit-on dans ce texe. Moins d'un an après le manifeste "Indignez-vous" de l'ancien résistant français Stéphane Hessel, l'appel de ces jeunes fait descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue.
Le 16 mai, des manifestants occupent à Madrid la place de la Puerta del Sol. Leur slogan: "Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains de banquiers et politiques".
Les "indignés" y restent jusqu'en juin, dans un joyeux désordre de tentes, stands et pancartes. Ailleurs, ils organisent des assemblées pour imaginer un avenir meilleur.
"C'était un événement majeur qui a ouvert une nouvelle ère", assure le sociologue de gauche Jaime Pastor, pour qui le mouvement lancé quand les socialistes étaient au pouvoir, a mis en lumière un divorce entre la rue et la classe dirigeante.
En novembre 2011, la droite a repris le pouvoir obtenant même une majorité écrasante au Parlement. Mais les indignés, des "anti-système" pour les conservateurs, restent mobilisés. Ils manifestent jusque devant les domiciles de politiques.
Simultanément, en octobre 2011 le mouvement s'est propagé à New York, avec Occupy Wall Street, et dans des villes d'Europe comme Rome.
En Espagne, Podemos - fondé début 2014 par un groupe d'universitaires - a depuis catalysé une partie des aspirations des manifestants. "La politique est redevenue un instrument pour obtenir des changements", dit le député Juantxo Lopez de Uralde, ancien dirigeant de Greenpeace en Espagne, ayant rejoint Podemos.
A l'issue des législatives de décembre 2015, ce parti de gauche radicale "populiste", selon la droite, est devenu la troisième force politique après le Parti populaire (droite) et le PSOE, et dispose, avec ses alliés, de 69 députés.
Une autre formation anti-corruption, centriste et libérale, Ciudadanos, a émergé. Une nouvelle génération politique est née: sur 350 élus, 211 n'avaient jamais siégé.
Des plateformes en partie composées d'indignés ont aussi conquis des mairies dont Madrid et Barcelone, aujourd'hui dirigée par l'ex-militante anti-expulsions Ada Colau qui avait traité de "criminels" les banquiers.
Mais le morcellement du Parlement rend l'Espagne ingouvernable et de nouvelles élections sont convoquées pour le 26 juin.
Désormais "les jeunes sont dans les partis", et "thèses des indignés -sur la régénération, la transparence- ont été reprises par d'autres", y compris à droite, se félicite tout de même le militant de Podemos Tristan Duanel.
Mais "le changement est lent", admet-il, en évoquant le pouvoir de la haute finance. "Il faut faire quelque chose au niveau européen".
Pour Jaime Pastor, des initiatives comme le mouvement Plan B pour l'Europe de l'ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, ou Nuit debout en France, s'inscrivent dans cette logique.
"Ces mouvements appartiennent à la même famille", estime aussi le sociologue français Michel Wieviorka: ils occupent un "vide" laissé par des socialistes en passe de "droitisation", "veulent que les choses aillent du bas vers le haut" et "ont recours à de nouvelles formes de délibération".
Mais en France, dit Wieviorka, Nuit Debout, qui n'a qu'un mois et demi, "se développera dans la mesure où il concernera plus de monde", comme ce fut le cas en Espagne.

Samedi 14 Mai 2016

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