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L’écrivain et traducteur Saïd Laqabi: Je ne suis pas un donneur de leçons, mais juste un «capteur de scènes drolatiques»




L’écrivain et traducteur Saïd Laqabi: Je ne suis pas un donneur de leçons, mais juste un «capteur de scènes drolatiques»
Très attaché à
l’underground de la culture marocaine, Saïd Laqabi est l’auteur de romans
et essais. Il prépare
actuellement plusieurs
projets culturels qu’il nous livre dans cet entretien.


Libé: Quels étaient vos débuts littéraires ?

Saïd Laqabi: Comme beaucoup je suppose, j’écrivais des petites choses en arabe et en français qui n’avaient aucune prétention mais qui me faisaient plaisir : un journal intime, de pseudo-poèmes pour épater une camarade de classe…Mais mon premier texte publié fut une nouvelle en français sous le titre « Au café ». Ce texte a été  écrit pour meubler le journal du Centre pédagogique régional de Safi. Après des années, j’ai repris le même texte dans un recueil de nouvelles « Les gens d’ici» publié par L’Harmattan.
Vous publiez votre premier roman en 2003.
Effectivement, si l’on parle de la production littéraire. Car entre-temps, j’ai poursuivi ma carrière dans l’éducation nationale et en 1996 j’ai obtenu mon doctorat  à Paris-Nord et ma thèse a été éditée par la Presse universitaire sous le titre «  Ironie contestataire dans la littérature maghrébine d’expression française»  en 1998.
Mon 1er roman (chez L’Harmattan) s’intitule «Journal intime d’un figurant» dans lequel je puisais dans mes souvenirs, mon vécu et toutes les histoires plus ou moins drôles que j’ai entendues lors de mes voyages en autocar. J’ai fait 7 ans de navette entre Safi et Essaouira, lieu de mon avant-dernier poste.

 «Journal intime d’un figurant », un aperçu ?

C’est un jeune Marocain qui vit un dilemme existentiel entre ses études moyennes avec des bribes de théories mal-digérées et une réalité qui est loin d’être logique.  Je ne suis pas un donneur de leçons, mais juste un « capteur de scènes drolatiques ».

Et après ?

J’ai été happé par le journalisme pendant des années, c’est une expérience certes enrichissante mais coûteuse au niveau du temps qu’on lui consacre. Toutefois, je me suis lancé dans la traduction de quelques textes comme le roman de Hassan Riad «Parchemins hébraïques» (L’Harmattan) sur la présence juive au Maroc médiéval, des textes d’Ibn Zaidoune avec le calligraphe Mohamed Idali dans « L’Allégresse du temps» (Chez Marsam), « Il était une fois …Safi, souvenirs de Feu Mohamed Bouhmid», (Chez Addiwane), la littérature carcérale avec «Nous avons volé du rire» d’Aziz El Ouadie….( Chez Addiwane).

Vous avez écrit directement en arabe ?

Beaucoup, mais je n’ai publié qu’un seul texte «Diwane Lmlagha», un recueil satirique que mon ami si Hassan El Bahraoui m’a fait l’amitié de présenter.
Vous vous êtes intéressé à l’underground de la culture marocaine comme les Gnaouas et les marabouts.
Cela m’a toujours fasciné et m’a vexé de voir que seuls les étrangers  voient dans notre patrimoine les trésors que, nous, nous n’apprécions guère.
Pour les Gnaouas, c’est un roman historique édité par ma propre maison Asteria, et qui renoue avec la profondeur africaine du Maroc éternel. En effet, j’ai toujours considéré Safi comme un little Morocco, un melting-pot où cohabitent et s’interpénètrent les grandes composantes de  la culture marocaine. Ainsi, sur un substrat désormais arabo-musulman, se sont accumulées des strates, amazighe, andalouse, sépharade, ibérique et subsaharienne.
Mon projet intellectuel est de valoriser ce patrimoine que je considère comme une grande richesse et un message de paix et de convivialité envers le monde.
C’est ainsi que j’ai réalisé «Maître Samba, le dernier des Gnaouas », roman que j’ai présenté en février 2012 au Salon du livre à Paris.

D’après vos derniers écrits, il semble que vous vous intéressez à la dimension océane de Safi et du littoral atlantique ?

 « C’est la mer qui prend l’homme » dirait la chanson. En effet, mon intérêt pour la dimension océane de Safi et du littoral atlantique marocain remonte à une décennie.
Au début des années 2000, feue Mme Aicha Amara, femme de l’ancien pacha de Safi, feu Si Taïb, m’a envoyé un exemplaire dédicacé de son récit «Safi et les odyssées de Thor Heyerdahl », magnifique relation de la genèse de l’expédition RAII  qui a fait le tour du monde en son époque. Un équipage de différentes nationalités à bord d’une embarcation en papyrus part de Safi le 17 mai 1970 pour atteindre les Amériques 57 jours plus tard, prouvant ainsi que le Nouveau monde aurait pu être découvert avec la technologie marine pharaonique et bien avant les caravelles ibériques de Colomb.
Avec des amis, nous avons monté l’Association des «Amis de Thor Heyerdahl» qui a pu organiser un somptueux hommage au savant norvégien, à sa famille et aux deux membres encore vivant Madani Ait Ouhani (Maroc) et Norman Baker (USA), le tout sous le Haut patronage de Sa Majesté  et la présidence d’André Azoulay, conseiller du Souverain.
Nous avons développé l’idée d’un musée de la mer et en tant que coordonnateur, j’ai commencé des prospections sur ce patrimoine et surtout sa dimension orale qui risque de disparaître avec les anciens Reis.
Une grande opportunité nous a été offerte avec la participation de Safi (en sus de Dakhla et El Hoceima) aux «Tonnerres de Brest», un événement qui se tient tous les quatre ans et qui regroupe le gotha mondial de la mer dont le Maroc a été l’invité d’honneur. Nous avons réalisé pour notre journée, que nos amis français ont placée un 14 juillet, une réplique d’une barcasse qui s’appelle Agherrabou, disparue depuis les années 60 et refaite selon des croquis trouvés sur un Magazine Hesperis (devenu Hesperis-Tamuda) datant de 1923 .
J’ai contribué par un exposé sur les marabouts du littoral et cela m’a donné le courage de me lancer sur un livre qui sera illustré par le photographe A. Reddadi «Safi, cité océane»  (Assafi, Hadiratou al mouhit).

C’est un beau projet !

Oui et nous essayons dans le cadre de l’animation artistique à Safi de lancer le 1er Salon du livre et de l’édition ainsi que des journées cinématographiques dédiées à la mer, à l’art culinaire, aux spectacles populaires (halqa, noria, fantasia…)...

Propos recueillis par Abdelkrim Mouhoub
Mardi 23 Juillet 2013

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