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L'avenue Jantar Mantar à New Delhi, haut lieu de toutes les luttes




Satbir Singh vient là régulièrement depuis plus d'un an et demi, et il n'est pas seul. Au coeur de New Delhi, un campement de protestataires est le haut-lieu des luttes en Inde. Grèves de la faim contre des licenciements, bataille contre les réquisitions de terres, appels à la pendaison pour les violeurs...
Depuis un quart de siècle, l'avenue Jantar Mantar située à un jet de pierre des centres du pouvoir est l'endroit où il faut se rendre pour espérer faire entendre sa voix. Ici, dans ce lieu clôturé par des barricades jaunes de la police, de minuscules requêtes côtoient de grandes causes. Et certaines tentes s'éternisent, oubliées de tous.
"Nous ne cesserons pas notre lutte, aussi petite notre force soit-elle, nous continuerons à combattre car la cause est juste", expose Avinash Kumar, un étudiant venu soutenir une grève d'ouvriers du Rajasthan, pour résumer la philosophie du lieu.
Planter piquet sur les trottoirs du microcosme contestataire de Jantar Mantar est l'assurance d'attirer l'attention de la presse: journalistes et photographes locaux viennent quotidiennement y faire leur marché.
Ici, neuf petits cercueils noirs symbolisant des manifestants tués dans un lointain Etat du nord-est de l'Inde. Plus loin, des disciples d'un célèbre gourou qualifiant de "conspiration" les accusations de viol à son encontre.
Le loufoque n'est parfois pas loin. En juin, des extrémistes hindous avaient apporté gâteau et ballons colorés pour fêter l'anniversaire de Donald Trump. Sur ses panneaux de revendication, une veuve en appelle, elle, à l'intervention de Barack Obama ou de Ban Ki-moon pour la revalorisation de sa pension.
Fin d'après-midi à Jantar Mantar. Une dizaine de vétérans de l'armée indienne lancent des "Jai Hind" ("Vive l'Inde"), le poing levé pour signifier la fin de leur réunion quotidienne. Leur demande ? Une harmonisation des retraites militaires.
A Jantar Mantar, il est de bon ton de quantifier sa lutte non en mois ou en années, mais en jours: "Nous sommes là depuis 491 jours", précise fièrement le major-général à la retraite Satbir Singh, 71 ans, sikh à l'épaisse barbe grise et au turban bordeaux. Ce vétéran des guerres de 1965 et 1971 avec le Pakistan parle avec la voix forte d'un homme habitué à exercer l'autorité.
L'émulation montant de Jantar Mantar, où cohabitent des causes très hétérogènes, "est bénéfique à la nation ! Nous ne voulons pas briser la nation, nous voulons la construire !", martèle-t-il, rapporte l’AFP.
L'un de ses coreligionnaires s'est récemment suicidé en ingérant du poison pour dénoncer l'inaction du gouvernement sur la revalorisation des retraites militaires.
Anjit Kumar dit se rendre à Jantar Mantar tous les quinze jours en moyenne, en sa qualité de cadre local de l'Aam Aadmi Party, qui est au pouvoir à Delhi. "C'est un espace facilement saturable donc vous pouvez faire une démonstration de votre force et de votre capacité de rassemblement", analyse-t-il, en marge d'un meeting où hurlent les hauts-parleurs.
Sur l'avenue, l'odeur de crêpes sud-indiennes à la pomme de terre vendues par les petites échoppes se mêle à la fumée âcre de cigarettes artisanales.
La nuit tombe. Une fluette femme, un voile noir sur la tête, allume des bougies au pied de photos de jeunes femmes et de dessins de noeuds coulants. "1390 jours", indique le panneau manuscrit à côté de ce petit enclos barbelé: 1390 jours qu'ils réclament l'application automatique de la peine de mort dans les condamnations pour viol, mineurs compris.
Au début de leur mobilisation, certains membres de ce groupe avaient quitté leur emploi pour pouvoir camper ici à plein temps, se souvient cette secrétaire qui n'a pas souhaité s'identifier pour des raisons professionnelles. Mais, la lutte s'éternisant, "la vie est devenue très difficile à gérer et ils ont dû reprendre un travail", témoigne-t-elle.
Jusqu'au début des années 1990, les protestataires se retrouvaient sur les pelouses du Rajpath, monumentale avenue du Delhi britannique construite à l'orée du XXe siècle, juste sous les fenêtres du palais présidentiel et des ministères.

Mercredi 30 Novembre 2016

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