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L’avenir du Maroc est dans les coopératives agricoles

De nombreux pays à travers le monde sont confrontés à de graves difficultés quand il s'agit de développer le potentiel économique de leurs zones rurales. Le cas du Maroc est intéressant.




L’avenir du Maroc est dans les coopératives agricoles
Pour avancer, le Maroc s'est appuyé sur la création de coopératives agricoles. Son objectif était de renforcer la cohésion sociale et de surmonter certains problèmes comme les marchés en déclin et la stagnation de la production.

Enjeu et potentiel
Les familles rurales agricoles des zones montagneuses du Haut Atlas marocain ont vu leur nombre doubler au cours des dix dernières années. Et pourtant, les revenus qu’elles en ont obtenus sont sensiblement restés les mêmes.
Les systèmes de production et de maintenance agricoles qu'elles utilisent – bien qu’intégrant des compétences et des connaissances traditionnelles vitales - ne sont pas principalement axés sur l'optimisation des quantités. Ils constituent plutôt pour elles un moyen de subsistance qui leur permet à peine de vivre.
Cette situation est due en grande partie au fait que les familles, clans et communautés entières, peuvent vivre côte à côte, et sont pourtant si éloignées les unes des autres. Les événements locaux qui ont eu lieu il y a des décennies voire  des générations sont des sources de discorde  jusqu’à nos jours.
Avec la croissance démographique, la hausse des prix et la mondialisation, les structures obsolètes de production font que les zones rurales restent toujours à la traîne par rapport aux  zones urbaines. En conséquence, la pauvreté rurale s’aggrave et la fracture économique par rapport aux  personnes qui vivent dans les villes croît nettement.

Croissance biologique
 Dans le même temps, les coopératives sont une partie vitale et intégrante de l'exploitation du potentiel rural marocain latent. Ce qui fait obstacle au succès, c'est que les communautés rurales marginalisées n'ont jamais eu les moyens pour acheter des pesticides en vue de les utiliser pour certaines cultures.
Ce qui peut apparaître comme un inconvénient pour certains constitue un avantage pour les autres. De ce fait, le milieu environnant de ces communautés – l’air, le sol, l'ensemble de l'écosystème - reste dépourvu de toute substance chimique.
Cela est un facteur hautement  intéressant pour le consommateur et qui existe surtout dans les pays développés. Ce fait, lorsqu'il est présenté correctement, il assure pratiquement l'accès à la certification biologique.
Ainsi, les noix, figues, cerises, dattes, olives, grenades, citrons, caroubes, figues de barbarie et des dizaines de variétés de plantes médicinales, qui poussent dans les différentes régions du Maroc, pourraient obtenir la certification biologique.
A ce facteur s’ajoute l'introduction d'autres processus à valeur ajoutée, qui permettraient aux agriculteurs d’en tirer profit.

Changer l’écosystème
 Bien sûr, cela est beaucoup plus facile à dire qu'à faire et apparemment impossible sans la création de coopératives locales bien organisées et économiquement efficaces.
Par exemple, la création de pépinières de plantes ou d’arbres est essentielle pour atteindre le nombre d’arbres et de plantes dont le Maroc a besoin dans le cadre des efforts visant à vaincre l’agriculture de subsistance. Les familles d’agriculteurs marocains passent de l'orge et du maïs - qui sont cultivés sur 70% des terres mais ne représentent que 10-15% des recettes agricoles - aux cultures commerciales, le plus souvent les arbres fruitiers.
La demande croissante pour les arbres fruitiers entraîne la hausse du prix de ces derniers, tout en maintenant de nombreux agriculteurs dans l'agriculture de subsistance. Les pépinières d’arbres gérées par les collectivités produisent les arbres à partir de semis, pour un coût très inférieur à celui des jeunes arbres dans les pépinières privées. Elles permettent d’inculquer de nouvelles compétences permettant aux agriculteurs de reconstituer plus tard leurs vergers d'arbres.
Cependant, les pépinières nécessitent des terres dont l’accès est ouvert à tous leurs bénéficiaires potentiels, dans une démarche qui profite à l'ensemble des ménages.
En outre, les formations dans le domaine des pratiques biologiques et de la gestion de projet doivent être dispensées à grande échelle. Les formations ont besoin d'une base expérimentale pour changer les pratiques de manière vitale. L’équipement pour le conditionnement et l'emballage est prohibitif pour certains.
Les acheteurs internationaux cherchent des volumes de produits au-delà de ce qu'un seul village peut fournir. De nombreux villages, une fois qu’ils décident  à juste titre de collaborer ensemble, peuvent produire les quantités souhaitées.
Tous ces exemples soulignent la nécessité de rapprocher les familles, les clans, les communautés, les communes et les provinces. Lorsque cela se produit, les coopératives agricoles contribuent à l’émergence d’un développement agricole durable fructueux.

Trois facteurs de succès
Comment cela peut-il être atteint en termes pratiques ? Tout d'abord, les coopératives agricoles actuelles, au Maroc et dans le monde, requièrent un catalyseur externe pour aider à lancer le processus de dialogue indispensable  et déterminant. Cela permet aux gens d'exprimer leurs intérêts et leurs besoins, ainsi que d'identifier le meilleur moyen d’être complémentaires.
Les tiers facilitateurs jouent un rôle dont l’importance ne doit pas être sous-estimée. Sans eux, il est beaucoup moins probable que les communautés puissent élaborer des plans d’action fructueux en vue de réaliser leurs objectifs.
Les facilitateurs peuvent être des instituteurs, des fonctionnaires ou des membres de la  société civile, des amis ou des voisins … Ils doivent suivre une formation publique et privée spécialisée dans la facilitation pour la mise en place de coopératives.
Ensuite, l’établissement de partenariats avec les secteurs public et privé et la société civile est une nécessité vitale pour le processus de création et le fonctionnement efficace des coopératives. L’appui que peuvent apporter ces partenaires lors de toutes les étapes, "de la ferme à la fourchette”, est crucial non seulement pour le succès initial, mais plus encore pour la viabilité à long terme.

The people’s property
Enfin, les coopératives doivent rester sans équivoque la propriété des personnes. La libération du potentiel latent est essentiellement ancrée dans la responsabilisation personnelle et des aptitudes élevées à  la prise de décision.
Les membres des coopératives peuvent investir une partie de leurs nouveaux revenus dans d'autres projets  afin d’améliorer leur niveau de vie. Les recettes provenant de l'agriculture peuvent également aider les communautés à mettre en œuvre des projets liés à l'eau potable, à la construction d'écoles, aux initiatives des femmes et des jeunes, entre autres.
Les coopératives sont en effet uniques. Elles sont contrôlées par les mêmes personnes qui les ont créées et qui en tirent profit.
Elles s'ouvrent à des partenariats multisectoriels à tous les niveaux de la société et s’adressent à un public mondial qui exprime de plus en plus de satisfaction, notamment sur le plan éthique, à  l’égard des produits cultivés dans leurs champs.
En conclusion, les communautés rurales marocaines – et les communautés à travers le monde – ont beaucoup à gagner en modernisant les structures de leurs coopératives. Le jour où cela se produira, leurs moyens de subsistance pourront s’améliorer considérablement.

 * Co-fondateur et président des
 opérations de la Fondation du 
Haut Atlas.

Par Yossef Ben-Meir *
Mercredi 22 Octobre 2014

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