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L’austérité contre l’emploi




L’austérité contre l’emploi
A l’instar du budget de l’année qui s’écoule, le projet de budget 2014 est  marqué par une forte austérité qui risque de plomber l’économie marocaine durant les prochaines années, et exercer un impact négatif sur l’emploi et la question sociale.
En effet, suite aux engagements pris par le gouvernement vis-à-vis du Fonds monétaire international en contrepartie de la ligne de crédit et de liquidité de 6,2 milliards de dollars, priorité a été donnée au rétablissement des équilibres macroéconomiques. La réduction du déficit budgétaire est considérée comme un objectif prioritaire devant permettre au secteur privé de retrouver la confiance dont il a besoin pour relancer l’économie et créer des emplois.
C’est dire que ce projet porte indiscutablement l’empreinte du FMI. Jugez-en: les charges totales du budget enregistrent une baisse en valeur réelle de 1%, et ce en raison de la forte contraction des dépenses d’investissement (-16% en dirhams courants) et, à un moindre degré, des  dépenses de fonctionnement (+0,05% en dirhams courants et -2,5% en termes réels). La nouveauté, toutefois, est que ces baisses sont en grande partie le résultat d’un «arbitrage» en faveur du pouvoir  bancaire et financier, les dépenses au titre de la dette publique devant carrément «exploser» en 2014 (hausse de près de 53%).
Quant aux recettes de l’Etat, elles devraient baisser de 6,7%, une première depuis des années, dans la mesure où ces ressources n’ont pas cessé de croître tout au long de la dernière décennie, à l’exception de l’année 2009 (baisse due notamment à l’impact de la crise financière et économique mondiale). Ce recul s’explique principalement par un moindre recours aux emprunts, une baisse de l’impôt sur les sociétés ainsi que par celle des droits de douane, du fait de la libéralisation du commerce extérieur et de la baisse des importations au titre de l’exercice 2013.
Remarquons que la baisse  attendue des recettes budgétaires en 2014 trahit également l’incapacité de l’Etat à initier une véritable réforme fiscale à même d’élargir sa marge de manœuvre financière tout en alliant justice fiscale et efficacité économique.
Dans ces conditions, il n’est guère surprenant que l’emploi soit sacrifié sur l’autel de l’austérité et des équilibres macroéconomiques. Certes, l’Etat prévoit la création de près de 18.000 nouveaux postes budgétaires pour 2014, mais ce chiffre compense à peine les départs à la retraite dont le nombre avoisinera les 20.000. D’un autre côté, la simple reconduction par le gouvernement de  programmes qui ont largement montré leurs limites tels que «Moukawalati», «Idmaj» ou encore  «Taehil» révèle le manque de sérieux et d’imagination en matière de traitement de la problématique de l’emploi. En fait, c’est la disparition de milliers d’emplois qui risque de se produire en raison de la contraction des investissements publics. Des secteurs comme le «bâtiment et travaux publics» ou certaines branches de l’industrie manufacturière tournées vers le marché local ainsi que  beaucoup de PME risquent de licencier des milliers de travailleurs. Est-il besoin de rappeler que le processus de désindustrialisation en cours nous coûte déjà des milliers d’emplois perdus chaque année ?
Les droits sociaux seront également sacrifiés durant l’année 2014,  au vu des sombres coupes budgétaires auxquelles seront soumis des départements ministériels tels que l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique, l’Education nationale (budget amputé au niveau des dépenses d’investissement de 17,4%), la Jeunesse et les Sports, l’Habitat, l’Emploi ou encore la Solidarité, la Femme et la Famille. C’est dire que le classement du Maroc en matière de développement humain où il occupe la peu enviable 130ème place n’est pas près de s’améliorer!
En définitive, les considérations comptables et financières continuent de l’emporter sur les impératifs de développement économique et de justice sociale, ce qui augure de tensions sociopolitiques dont notre pays n’a nullement besoin.

Libé
Mardi 3 Décembre 2013

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