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L’attaque abjecte perpétrée jeudi contre le café Argana de la place Jamaa El Fna : Que cache l'attentat de Marrakech ?




L’attaque abjecte perpétrée jeudi contre le café Argana de la place Jamaa El Fna : Que cache l'attentat de Marrakech ?
48 heures après l'attentat qui a secoué la ville de Marrakech,  faisant 16 morts et 20 blessés, les auteurs  n'ont pas été encore identifiés et aucun groupe n'a revendiqué la responsabilité de cet acte ignoble. Pourtant, tous les regards se tournent vers Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Pour Mathieu Guidère, spécialiste du Maghreb à l'Université de Toulouse, cet attentat porte les mêmes caractéristiques que ceux perpétrés en 2003 et 2007 au Maroc. « Il s'agit à chaque fois d'un attentat symbolique qui vise particulièrement les Occidentaux et les lieux touristiques, commandités par la nébuleuse appelée Salafiya Jihadiya. Il est donc fort probable que la mouvance qui a commis les deux précédents attentats, soit à l'origine de cette opération », a-t-il expliqué.
L'universitaire français ne cache pas ses inquiétudes vis-à-vis de l'éventualité d'un prochain attentat vu que cette mouvance opère selon la loi des séries. « Souvenez-vous qu'en 2003 et 2007, le Maroc a connu une série d'attentats ou des tentatives d'attentats successifs. Et du coup, l'attentat de Marrakech pourrait augurer d'une série d'actes criminels qui vont survenir par la suite», a-t-il précisé.
Une thèse largement partagée par les services de renseignement français qui estiment que le Maroc demeure une cible des fondamentalistes islamistes.
Selon eux, l'AQMI active dans la région sahélo-saharienne, pourrait être derrière cet attentat qui s'inscrit parfaitement dans sa stratégie qui consiste à attaquer les intérêts étrangers dans les pays musulmans.
Pour sa part, Khalid Naciri, ministre de la Communication, a insisté sur le fait que la situation sécuritaire au Royaume était des plus  rassurantes et aucune alerte n'a donc été donnée par les services de renseignements ces jours-ci. « On sait bien que le Maroc est dans le collimateur de tel ou tel groupe terroriste, à l'instar d'autres pays de la région méditerranéenne,  mais depuis 2003,  nos services sont très vigilants et rien d'inquiétant ne s'est passé pour que l'on puisse envisager un attentat d'une telle envergure », a-t-il déclaré en réponse à certaines médias français qui se sont interrogés sur l'éventualité d'un quelconque lien entre ce nouvel attentat et les mouvements sociaux qui agitent le Maroc.
 Le ministre de la Communication a indiqué qu'il est encore trop tôt pour établir une quelconque relation, vu l'état d'avancement de l'enquête qui ne permet pas de répondre par oui ou non. Pourtant, il a déclaré qu'aucune piste n'est exclue.
Cependant, certains observateurs sont d'accord pour écarter cette hypothèse vu le caractère pacifique des manifestations et la nature des revendications.  
Ces mêmes observateurs privilégient eux aussi la piste AQMI vu certains indices qui laissent penser que ce sont les Occidentaux qui sont visés, notamment les Français.
Pour eux, l'Hexagone a été dernièrement,  et à plusieurs reprises, dans la ligne de mire d'Al-Qaïda, comme en témoigne la dernière prise d'otages français et les revendications formulées par les terroristes.
La vidéo rendue publique le 7 septembre dernier dans laquelle le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, avait pour la première fois cité le nom de Nicolas Sarkozy et l'appel  d'Ayman al-Zawahiri, numéro deux du réseau terroriste, à tous les musulmans pour soutenir la branche maghrébine d'Al-Qaïda et "débarrasser" le Maghreb des Français et des Espagnols ne fait que conforter cette hypothèse.
Mais pourquoi Marrakech ? Pour les experts, la cité ocre paraît être un lieu tout indiqué pour exécuter une telle  opération. En effet, elle attire chaque année plus de 1.6 million de touristes dont 800.000 sont de nationalité française et concentre une communauté de résidents bleu-blanc-rouge estimée à 11.000 personnes sans oublier les 18.000 propriétaires français de maisons et de riads disséminés à travers la ville. En outre, le marché français a émis en 2010 près de 36,1% des arrivées vers le Maroc en enregistrant une croissance de 7,6% par rapport à 2009.
Ce nouvel attentat risque donc de nuire gravement au tourisme marocain qui avait déjà chuté de 40 % depuis le début des révoltes arabes.
Directement visés, les touristes pourraient déserter davantage le pays, et particulièrement Marrakech qui attire chaque année plus d'un million et demi de visiteurs (1,567 million de touristes enregistrés en 2008, tandis que sa population en 2007 s'élevait à 950 000 habitants) avec une durée moyenne de séjour de 4 jours.
La ville ocre que le regretté Yves-Saint Laurent avait mise à la mode, représente à elle seule plus de 60% des recettes nationales soit 5 967 millions d'euros dans un pays où le tourisme draine 8% des recettes générées par l'économie nationale, tous secteurs confondus.

Hassan Bentaleb
Samedi 30 Avril 2011

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