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L’artiste irakien Hatam expose à Settat : Le droit à la mémoire




La 7ème édition du Festival international des arts plastiques de Settat  organisé récemment par l’Association Bassamat des Beaux-Arts a été  marquée  par une exposition collective des artistes marocains et étrangers,  toutes générations et tendances confondues, en l’occurrence Michel Barbault (France), Real Lessard France), Igor (Russie), Anna Maria Mallard (Espagne), Karam Sebastiano Canarella (Italie) Fayza Fares (Syrie), Samira Aboulhassan (Palestine), Sahbi Chtioui (Tunisie), Hatam Abdelkadem, Ali Hassan (Irak), Gene Gely Fort (France), Florence Arnold (France), Chiguer Lourak (Suède),  Marina Vidinyova (Ukraine) et bien d’autres encore.  Cette exposition retrace ainsi tout  un parcours à travers les sensibilités de la peinture moderne et contemporaine autours de plusieurs œuvres  qui donnent à voir  une maturité dans le traitement de l’espace de la toile.
Né en 1936 en Irak,  Hatam Abdelkadem est lauréat de l’Institut des enseignants, titulaire d’un  double master en architecture et en arts. Ex-professeur universitaire en Algérie, cet artiste de grand talent figure parmi les  acteurs les plus représentatifs  de l’art au service de la chose politique et nationale. Il fait partie des artistes de la «résistance» et  de « la cause palestinienne », loin de «l’imagerie médiatique événementielle». Il  nous met face à un autre regard d’une autre nature ; celui de l’imaginaire artistique de ceux et celles qui rêvent à une terre à soi : la Palestine libre et indépendante !
Pour lui, la Palestine est un objet de recherche perpétuelle  empreint de matière épique et de forme expressive. Dans un esprit de continuité, Hatam ne cesse de nous offrir   un espace familier à la création contemporaine qui est le reflet  de nos cités et le   miroir de toutes les tentatives et expérimentations multiples d’un art contemporain arabe qui s’est forgé à l’évidence, dans l’exil et le déplacement. Son  art ne reflète pas l’art occidental  et reprend    le fil d’une quête qui est celle-là même de la plupart des créateurs irakiens et  palestiniens... qui consiste à tenter d’identifier, à travers le prisme d’une situation historique complexe et à l’aune d’un terrible destin, les éléments épars d’une esthétique commune. La terre... l’expropriation... l’arrachement, l’exil... le déplacement... Le transit... Le retour… Autant d’aspects et de symboles que  cet artiste, qui vit et travaille actuellement au Maroc,  cherche à mettre en lumière, à faire (re)vivre et à immortaliser à travers ses  productions artistiques. Comme s’il  cherchait à exorciser la douleur nationale, sa propre douleur tapie au fond de son être.A travers  un imaginaire profondément marqué par une histoire douloureuse, l’artiste, à sa propre manière, met en scène sa muse : la Palestine dans  tous ses états et dans sa réalité à la fois injuste et absurde. Il  nous donne à voir une réalité crue loin des caméras qui censurent et les discours qui dénigrent. Hatam nous livre toute une série  protéiforme qui rassemble un panel d’oeuvres, de démarches, de supports, de techniques, de styles allant de la peinture figurative, à la peinture symbolique  en passant par  la peinture expressionniste et bien d’autres modes  d’expression artistique susceptibles de dévoiler la tragédie d’une situation politique et socio-économique qui n’en finit. Les travaux exposés nous offrent  la vision que cet artiste se fait  de sa  patrie usurpée, de sa  terre confisquée, des citronniers, oliviers, orangers déterrés, arrachés, « assassinés», tout en posant d’emblée la problématique du territoire comme élément indissociable de l’identité collective et personnelle . L’artiste est catalogué  parmi les créateurs, vivant en dedans ou en dehors des frontières palestiniennes, qui  contribuent à entretenir et à perpétuer l’histoire de leur peuple qui est leur propre histoire, et ce dans un sens distancié et objectivé.
Hatam met en scène symboliquement la liberté de mouvement entravée. Des corps, collectifs ou individuels soumis à une «surveillance humiliante». Les brimades quotidiennes vécues par les Palestiniens au moment du passage des check-points. La Palestine ! Au passé. Au présent. C’est un manifeste qui dénonce la situation politique qui emprisonne les corps et entrave le mouvement d’action. Les thèmes qu’il traite à travers son art connotatif  montrent bien sa préoccupation de la situation politique actuelle  et son  implication dans la lutte de son  peuple. Il  cherche à montrer à la face du monde les injustices, les aberrations, les abus de l’occupant, les douleurs et les souffrances de ses compatriotes, en  transgressant  cette réalité et la (re)modelant au gré de sa  sensibilité et de ses représentations du monde contribuant ainsi au développement de l’art et de la culture. «Tal Zaatar»,  «La vie dans toutes ses dimensions»,  «Jérusalem», «Détenu palestinien», «Palestine» : cinq tableaux  laissent transparaître une profonde influence des symboles de sa terre natale qui  parlent à notre entendement, à nos sentiments, à nos tripes, à notre raison. Ils nous font écouter  le murmure de ses êtres, leurs  cris, leurs  monologues, leurs larmes…
Témoin d’une réalité douloureuse et éminemment injuste, Hatam  s’inspire également  du réel marocain et de la mémoire collective de ses citoyens, en mettant en valeur le patrimoine architectural de nos villes, leur richesse artistique et leur magie populaire. 

ABDELLAH CHEIKH
Mercredi 5 Août 2009

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