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L'artiste Ahmed Jarid : “J'essaie de peindre l'indicible”




La Galerie  casablancaise Venise Cadre abrite
jusqu'au 14 novembre courant l'exposition de l'artiste peintre et esthète Ahmed Jarid, une
occasion propice pour apprécier les œuvres de cet artiste chercheur qui s'est construit, au fil des années, un bon palmarès avec une démarche
plastique faite de réflexion et de remise
en question. Entretien.

Libé :   Vous avez développé tout un langage mystico-pictural reposant sur la vie intrinsèque des signes. D'où vient cette fascination pour  les traces qui font rêver ?

 Ahmed Jarid : Je m'intéresse aux signes mais pas dans la peinture. Mon travail n'a rien à voir avec le signe. Je passe mon temps devant ma toile à décortiquer les phrases picturales, à retrancher et à me débarrasser du superflu chromatique pourvu que je déniche quelques traces où je détecte des empreintes. Je cherche une piste, un chemin. Un mystère, ce meilleur artisan du merveilleux. Je suis un artiste de trace et non de signe. D'ailleurs, mon exposition raconte l'histoire d'une personne fascinée par son maître qui incarne le mystère du sublime, le talent et les valeurs transcendantales du beau et de l'amour.

Comment interprétez-vous  le  rapport  interactif entre l'acte pictural et l'acte mystique ?

J'aurais aimé exprimer cette spiritualité. L'expression est le seuil de la création. On est loin de la création. En tout cas, je suis ravi que vous constatiez cette mysticité dans mon travail.
Quant à la traduction plastique de la dimension spirituelle, j'aurais aimé exprimer cet aspect. Le paysage pictural au Maroc est au stade de l'expression, c'est-à-dire au seuil de la création. On ne doit pas se faire d'illusions : exceptionnelles sont les oeuvres totalement réussies. On est loin de la création. Encore plus lorsqu'il s'agit de la mysticité et de l'indicible. C'est une expérience à risque car on est dans le stade de l'insaisissable.

Quelle est exactement la métaphore de  votre  exposition animée par le culte de  la lumière ?

L'époque du noir (1993- 2003) et l'étape (actuelle) de la lumière et de l'effacement ont été largement analysées par la critique artistique. Et pour répondre à votre question,  je vais vous  raconter l'histoire de mon exposition ou plutôt la métaphore que raconte l'exposition. Elle énonce l'aventure  d'une personne fascinée par son maître qui incarne, selon lui, le mystère du sublime, le talent et les valeurs transcendantales du beau, et de l'amour. Sous l'influence de la lecture vorace des manuscrits de son précepteur, elle a été éblouie par ce dernier. Hypnotisée par ces écrits, elle a emprunté le chemin du voyage vers le Sud pour rencontrer son maître qui lui délivrera peut-être le secret. Les toiles exposées tracent cet aller-retour du noir au blanc, du néant à la lumière et récitent la complainte de l'oubli.

Par rapport à la cartographie plastique  au Maroc, peut-on  parler d'un courant artistique portant sur la dimension spirituelle   et soufie?

Je ne pense pas être bien placé pour évaluer la situation de ce courant ou plutôt ce groupe d'artistes. Mais permettez-moi de dire que la valeur ajoutée de cette « famille » d'artiste réside non seulement dans la sérénité de leurs œuvres et la sincérité de l'expression, mais aussi dans la valeur inestimable de la réflexion autour de l'acte de peindre. Et pourtant, ce sont tous des évadés des mots et des artistes du silence. C'est à propos de ce type de créateurs que je disais dans le catalogue de mon exposition : vivre passionnément, intensément et mourir, les brosses à la main, pendu devant une rose. Caractérisés par autant d'ardeur et de fragilité, peuvent-ils  être autrement?  Que montre-t-on quand on prétend tout montrer ? Quoi qu'on fasse, c'est toujours le portrait de l'artiste par lui-même qu'on fait. Sans oublier, dans ce contexte spirituel, Hassan Bourkia, l'ardeur infatigable et l'œuvre délicieuse de Mohammed Bennani (Moa)  et les jeunes talents Fatiha Zemmouri et Kenza Benjelloun.  
Au niveau technique,  vous  utilisez  surtout les pigments végétaux et minéraux, la poudre de marbre, le brou de noix, l'écorce de grenade, le charbon, la terre...  Pourquoi préférez-vous  tout ce qui est naturel?
Les matériaux ne sont pas juste un moyen, ce sont l'objet et le sujet. La matière que j'ai citée ci-dessus est un dénominateur commun de l'expression plastique. Il s'agit là de l'indissociable relation du fond et de la forme. D'autre part, il n'y a rien de plus réellement artistique que la nature. Ma fascination pour les matériaux naturels vient du fait que je cherche à exprimer une certaine fragilité de l'être. Dans une telle archéologie, il m’a fallu descendre aux entrailles des choses et de moi-même. Il n'y a que les pigments végétaux et minéraux qui peuvent dégager une telle subtilité et qui répondent parfaitement à la transparence, la sincérité et la limpidité que je voulais rendre. L'argile, la craie, la couleur de la terre, brou de noix,  charbon nous renvoient à l'enfance qui nous habite et quelque part à une certaine nostalgie. Ma  fascination pour les matériaux naturels n'a pas de limites. Dans  mon  expérience artistique, je m'ingénue à inventer d'autres vies à la poudre de marbre, aux cendres de papier, au café, au charbon, à l'écorce de grenade, au brou de noix et la pâte de pain. Pour moi, seuls les pigments végétaux et minéraux laissent entrevoir toute la subtilité, la transparence, la sincérité et la limpidité que je veux communiquer à travers mes  choix esthétiques. En terme plastique, je ne vous cache pas que c'est une expérience à risque. Car on est là dans le champ de l'insaisissable et de l'indicible. La représentation plastique toutefois exécutée par des matériaux  naturels est fluide, subtile, j'allais dire impalpable (visuellement). 

Propos recueillis par ABDELLAH CHEIKH
Vendredi 6 Novembre 2009

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