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L’art populaire au Maroc, quelle imprégnation du politique

Consolider l’identité culturelle face à la globalisation




L’art populaire au Maroc, quelle imprégnation du politique
Le développement des instances participatives au Maroc, remonte à l’époque précoloniale. La Jemaâ, assemblée de notables cooptés, représente elle-même le savoir-faire populaire, le génie populaire de s’administrer en conformité avec des traditions fort ancestrales. L’organisation plus ou moins formelle des tribus sous forme de Jemaâ, a pu diriger les destinées de celles-ci. Ainsi, cette assemblée s’intéressait à tout ce qui avait trait aux problèmes de la collectivité. Cet essor démocratique, notamment dans Bled Siba, s’était doublé d’un essor artistique, ou plutôt s’en était servi de devant. Les greniers fortifiés (Agadir en berbère) bâtis aux cimes des montagnes dans les régions du Souss, nous font voir une réalité sociale. Celle de vouloir s’émanciper et de développer toute une culture autochtone traversée par le ton du folklore berbère (Ahwache). C’était donc tout un état d’âme qui s’épanouissait à travers ce champ de liberté dont jouissait le berbère à l’époque. La pénétration coloniale au Maroc va se traduire par de profondes réformes administratives. Cependant ces réformes étaient loin de favoriser la participation au sens général du terme. Bien au contraire, elles resserraient l’étau sur la population locale. Là où elle subsistait, la Jemaâ est soumise au contrôle de l’autorité du Protectorat. Ainsi, le pacha collaborateur des Français, « El Glaoui », réprima-t-il toute tentative d’insurrection des tribus berbères.
Raïss El Haj Belaïd, le poète, génie de l’improvisation, musicien et icône des communautés soussies, a été souvent invité par celui-ci afin de chanter devant ses invités. On raconte qu’il a chanté des poèmes d’amour, des poèmes spirituels, des poèmes sur la réalité sociale des berbères …, mais jamais des poèmes de la cause nationale. C’est ce qui révèle à tel point, les sentiments ont été refoulés et les émotions ont été réprimées à l’époque.
L’accès à l’indépendance cristallisait une nouvelle donne politique. Les Marocains, de par la joie qu’ils éprouvaient, se précipitèrent sur les autels de la liberté. Celle-ci était conçue différemment par chacun ou par chaque groupe, c’est ce qui a entraîné de vives tensions politiques.
Le groupe mythique, Nass El Ghiwane, qui a fait révolutionner le champ artistique marocain, allait être, par ses chansons héroïques, la voix chaude de ces années de plomb, années difficiles sur le plan politique et social. Ainsi, en véhiculant des messages jamais traités par les artistes marocains, il a pu mettre le doigt sur les malaises ambiants et touché le fond même d’un public avide de renouveau. Mais, quelques années plus tard, et à partir des années quatre-vingts, l’ardeur de la chanson Nass El Ghiwane a été tempérée. Cette usure est tributaire des mutations politiques et sociologiques. Le Maroc d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. L’élargissement du champ de la liberté a engendré des formes d’expression diverses, et l’art populaire a dépassé toutes les normes.
Bien plus, on peut dire qu’il est dénaturé par les différentes tergiversations qui l’infléchissent dans des sens contradictoires.
La mondialisation, voire la mondialisation de l’art n’est pas sans impact sur l’art populaire. En effet, certaines pratiques artistiques récentes ne sont que la reproduction des expériences importées d’ailleurs. Certes, imiter l’Autre ne serait qu’enrichissant pour le discours artistique, mais ne doit pas conduire à une destruction de l’identité nationale.
Le rap marocain essaie aujourd’hui de s’adapter aux rythmes de la musique marocaine, en revendiquant un avenir meilleur pour les jeunes à travers des messages de contestation politique et sociale. Or, ce style musical demeure fortement influencé par les tendances américaines et françaises. Soutenir donc à bout de bras le droit à une citoyenneté culturelle et consolider l’identité culturelle face au processus de la globalisation, s’impose plus que jamais avec force. Car un art populaire exprimant les émotions franches et vraies de la réalité, serait de nature à faire un peuple libre.

*Docteur en droit public - Perpignan

Mustapha Farissi*
Mercredi 29 Juillet 2009

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