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L'art est-il macho ?




Quelle place pour les femmes dans le monde de l'art ? Petite, si l'on en croit leur sous-représentation dans les musées. Au Centre Pompidou, une expo propose une histoire de l'art 100% féminine. Mais ce séparatisme des sexes ne pose-t-il pas lui aussi problème ?
« Faut-il que les femmes soient nues pour entrer au Metropolitan Museum ? Moins de 5% des artistes de la section d'art moderne sont des femmes, mais 85% des nus sont féminins » : placardé en 1989 dans les rues de New York par le groupe d'activistes féministes les Guerrilla Girls, ce constat ironique fait désormais partie de la collection du musée d'Art moderne et, aujourd'hui, de son nouvel accrochage sous le titre Elles@centrepompidou. Une exposition 100% féminine : un geste fort mais assurément problématique.
Sous-représentée en dépit de l'irruption massive qu'elles ont fait sur la scène de l'art tout au long du XXe siècle, plus souvent célébrées comme muses, modèles ou sources d'inspiration que comme créatrices, la grande majorité des artistes femmes est encore aujourd'hui dans l'ombre des hommes. En virant les mecs de l'exposition, en laissant les femmes entre elles, le Centre Pompidou relance donc le débat et espère peut-être inverser cette tendance générale des musées, voire du monde culturel tout entier, cet espace social qui ne fait pas ici figure d'« exception » et où la domination masculine semble encore largement de mise.
Où sont les femmes ?
Elles, et « elles seules » : l'exposition gynécée du Centre Pompidou a au moins le premier mérite de mettre les pieds dans le plat autour d'une question longtemps tenue à l'écart du champ de l'art en France. En l'espace de quelques mois, on a d'ailleurs vu se multiplier expositions et tables rondes sur le sujet (« Les Formes féminines » à la Friche de la Belle de mai de Marseille, « Cris et chuchotements » au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, ou encore la parution de la revue arty-féministe Pétunia).
Aujourd'hui, ce sont les statistiques qui remontent comme un constat implacable de la sous-représentation des femmes artistes en France : alors que depuis le tournant des années 2000, on constate que 60% des artistes diplômés des écoles des beaux-arts en France sont des filles, leur proportion dans les collections publiques reste largement dérisoire, avec une moyenne de 15% (à l'exception du Frac Lorraine dont la directrice Béatrice Josse mène depuis 1993 une action en faveur des artistes femmes). Rappelons qu'en 2004, on ne comptait que 5% d'œuvres signées par des femmes exposées aux deux étages muséaux du Centre Pompidou. Soit le même chiffre qu'avant la Révolution française aux Salons de l'Académie !
Evidemment, on peut contrebalancer cet inquiétant bilan en dressant une liste d'artistes femmes, en invoquant les figures très établies de Tatiana Trouvé, Sophie Calle, Annette Messager, Louise Bourgeois, Delphine Coindet, Ulla von Brandenburg ou Sophie Ristelhueber, qui ont bénéficié dans les deux années écoulées d'expositions majeures dans les institutions françaises.
Mais d'autres statistiques montrent un second visage de la condition artistique féminine contemporaine : si on compte en 2007 79% d'artistes hommes dans les collections des Fonds régionaux d'art contemporain, soit un score légèrement au-dessus de la moyenne nationale, en revanche « elles » ne représentent que 11,5 % des œuvres acquises : lorsque l'Etat s'intéresse à un artiste homme, il lui achète en moyenne 14 œuvres, contre 7 pour une artiste femme.
Situation d'autant plus étonnante que de nombreuses femmes sont aujourd'hui à la tête de musées, centres d'art, revues ou galeries : mais cette montée en masse d'un personnel féminin n'a presque aucune incidence sur la représentation d'artistes femmes. On se souvient d'ailleurs de l'exposition « Dionysiac » au même Centre Pompidou en 2005, où la commissaire Christine Macel avait écarté les artistes femmes d'une réflexion sur le corps dionysiaque et en était restée à un phallocentrisme confondant.
La solidarité féminine serait-elle donc un leurre ? Ou cette sous-représentation ferait-elle à ce point partie de notre inconscient collectif ? Eric Fassin, sociologue et spécialiste des questions de genre, commente : « On approche toujours l'œuvre un peu différemment lorsqu'on sait qu'il s'agit d'une femme. Autrement dit, le sexe de l'art n'est pas seulement inscrit dans sa production mais aussi dans sa réception. » Un jugement confirmé par l'artiste Lili Reynaud Dewar : « Le fait d'être une femme ne fait pas de moi une victime, il ne m'inscrit pas automatiquement dans la catégorie “dominé”. Par contre, je sais que les réflexes d'appréciation des œuvres d'art sont parfois adossés à un concept soi-disant neutre (masculin, hétéro, blanc) et qu'ils s'inscrivent dans une histoire largement masculine. »(…)

Source : Rue89
Vendredi 26 Juin 2009

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