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L’arbre américain cache une forêt d’intérêts




L’arbre américain cache une forêt d’intérêts
Ni démocrate ni républicain. En 236 années d’indépendance, les Etats-Unis ne comprennent toujours pas que Ravalomanana n’entre dans aucune de leurs deux mouvances politiques. On ne comprend pas que le « gendarme du monde » veuille asphyxier le pays le plus pauvre du monde et prendre fait et cause pour un serpent à sonnettes. Tout ce qu’il aura prouvé est que le pays de la liberté, le champion de la démocratie et de l’Etat de droit freine des quatre pieds la marche de Madagascar vers le développement. « Pas de développement sans démocratie et pas de démocratie sans développement », proclamait Mitterrand à la Baule, un 19 juin 1990. C’est une de ces dates mémorables, mais tombée dans l’oubli alors qu’elle est à la base d’une révolution économico-politique en Afrique et aux Caraïbes. Le Président français avait réinventé les aides au développement, comme une prime à la démocratisation. Il faudrait être américain pour ne pas se rendre compte que Marc Ravalomanana est tout sauf un démocrate ou un républicain convaincu. Cela n’empêche pas les Etats-Unis de prendre fait et cause pour un milliardaire devenu Président. Il y a sans doute là une similitude de culture. Ravalomanana est un self made man, une incarnation «coloured» du rêve américain sans doute. Sauf, qu’un self made man n’hésite devant rien pour parvenir à ses fins. C’est bien connu. Derrière tout success story, il y a toujours des dessous inavouables. Les Etats-Unis se sont précipités pour reconnaître en 2002, le pouvoir du laitier. Ce dernier avait pourtant fait preuve de duplicité, de rouerie, d’une rare qualité de dissimulation et de la plus parfaite mauvaise foi à Dakar. Il n’a pas respecté sa signature et évincé Didier Ratsiraka du pouvoir. En bref, Marc Ravalomanana est tout, sauf un personnage digne de confiance. C’est ce qui explique l’extrême prudence de ses adversaires et de ses…alliés de l’heure, à s’asseoir à sa table, et stupéfie devant la constance des Américains à soutenir un dictateur, voleur et assassin en plus. Le problème puise sans doute ses sources ailleurs. Les Etats-Unis cachent une épaisse forêt d’intérêts.
Quel peuple sommes-nous donc, quand, au nom de la démocratie et de la légalité, nous nous battons entre nous pour ramener au pouvoir, un autocrate avéré et un despote qui a plus que prouvé au cours de son mandat et demi au gouvernail, qu’il n’a aucun objectif que de se remplir les poches et instrumentaliser les prérogatives de première puissance publique pour alimenter sa cassette personnelle. Le pire dans cette affaire de crise qui perdure sera que la communauté internationale n’est pas aveugle. Quelque mois avant l’affaire Viva et l’avènement d’Andry Rajoelina, les bailleurs ont fermé le robinet pour « des dysfonctionnements graves »dans la gestion des aides et de l’argent public. Marc Ravalomanana les a dilapidés pour des caprices des plus coûteux et le développement de la nébuleuse Tiko. Les Boeing Air Force One et Two, entre autres. Le « putsch » aurait dû être salué, sous le forme d’une prompte reconnaissance par exemple, car il sauvait le pays d’une catastrophe imminente. L’éviction d’un dirigeant douteux aurait dû être applaudi et faire l’objet d’un « standing ovation ». Il n’en est rien. La Sainte-Alliance des pays occidentaux s’abrite derrière ou pèse à travers les organisations régionaux, Union africaine ou SADC etc… pour ne pas gêner les amis de toujours. Les Etats-Unis n’ont qu’une seule politique, celle de ses intérêts. Leur perception de la situation malgache est à revisiter à l’aune de ce paramètre. Mais il y un gros mais. Les intérêts des Etats-Unis sont si multiples et si divergents que son administration fait l’objet d’un siège en règle et se trouve pieds et poings liés à la merci de lobbies aussi mouvants que divers. Ces lobbies, à travers leurs représentants locaux, contribuent à empoisonner la situation dans le règlement de la crise malgache.
Les crises politiques ne sont jamais simples. A Madagascar, au-delà d’un bras de fer entre quatre mouvances politiques, il y a aussi et surtout un féroce combat entre les lobbies non seulement d’obédience américaine, mais aussi française, chinoise, japonaise et tutti quanti. La Grande île représente ces pays qui n’ont pas encore trouvé leurs marques et dont la faiblesse institutionnelle favorise une nouvelle colonisation rampante. Il ne faut donc pas tout mettre sur le dos des Etats-Unis et leurs présumées liens privilégiés avec un autocrate et la nébuleuse sociopolitique et économique qui l’entoure. La remarque est valable pour le camp d’en face. Qui représente qui ou quoi ? Voilà une belle piste d’investigation pour des journalistes qui veulent gagner le prix Pulitzer avec une analyse serrée de la crise malgache. Tout le mal vient d’un régime présidentiel fort, sans balise ni garde-fous. Il se transforme toujours en autocratie prompt à privilégier des intérêts qui ne sont pas souvent ceux de la Nation. A Madagascar, la connivence de la politique et des affaires sont plus que flagrantes et Marc Ravalomanana fait figure de symbole. En France, il y a eu les affaires Elf Aquitaine Gabon ou Angola Gate. Dernièrement, Jacques Chirac a été rattrapé par les affaires HLM. Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’une enquête sur le financement occulte de son parti lors de la présidentielle qui l’a propulsé au pouvoir. La nébuleuse des Bettencourt avait refait surface après le scandale du ministre Woerth. Il existe toujours comme des liens organiques entre la politique et les affaires. J’aime les socialistes pour l’image qu’ils se donnent. Le mois de juin, fut l’anniversaire de la déclaration de François Mitterrand à La Baule, il y a vingt ans. Son discours visait l’autocratie des régimes africains, dissimulée derrière les régimes présidentiels forts. Il n’a pas fait beaucoup d’heureux. La vache à lait ne voulait plus se laisser traire sans conditions et à en veux-tu en voilà. Les Accords de Cotonou révèlent entre autres, l’incapacité politique de beaucoup de pays à peser sur leurs dirigeants et empêcher les dérives autocratiques vers le népotisme, le copinage et le favoritisme pour mettre à sac leurs nations.

* Sociologue malgache

Par J. Rava *
Mardi 2 Octobre 2012

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