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L’alternative Bitcoin




L’alternative Bitcoin
Les Etats occidentaux ont eu recours à des interventions monétaires sans précédent durant la crise financière. L’assouplissement quantitatif, une diminution de la protection de la vie privée, des contrôles de capitaux ainsi que la criminalisation des transactions en espèces ont forcé les gens à rechercher une alternative monétaire. Et fort heureusement ils ont des solutions de rechange potentielles.
Beaucoup se tournent vers Bitcoin ou d’autres crypto-devises. Bitcoin permet des transactions anonymes via les PC et les téléphones mobiles sans intermédiaire financier. Ce n’est pas une monnaie réelle, ou pas encore. Jusqu’à présent, c’est surtout un jeu pour les geeks, des parties de la communauté libertarienne, et un petit nombre de dealers de marchandises illégales. Mais le Bitcoin pourrait passer à une étape supérieure, car il sert l’exigence d’une monnaie saine échappant aux manipulations des politiciens et des banques centrales.
Bitcoin a en effet deux caractéristiques qu’aucune monnaie unique n’a eues auparavant. Il n’est ni fondée sur une marchandise, ni soutenu par une autorité centrale. Cela présente des avantages. Une marchandise peut en effet être confisquée, et une autorité centrale peut exercer un contrôle désastreux.
Voilà ce qu’offre Bitcoin : on peut convertir tous ses biens en Bitcoins, créer un mot de passe (appelé «clé privée» dans le monde du Bitcoin) et stocker ses biens dans votre tête. Aucun dossier logiciel n’a besoin d’être transporté. On peut imaginer le réseau Bitcoin comme une chaîne d’information gigantesque composée de codes publics et privés liés par paires. Tout ce qu’on doit faire est de trouver un ordinateur avec accès à Internet, de télécharger l’un des nombreux logiciels clients de Bitcoin, faire correspondre sa clé publique avec sa clé privée, et on peut alors faire des transactions avec ses Bitcoins.
Bitcoin offre potentiellement des solutions aux problèmes posés par la monnaie fiduciaire, mais il est encore loin d’être une vraie monnaie. La monnaie est un moyen d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur. Une marchandise peut avoir le potentiel d’être monnaie, mais si elle n’est pas universellement acceptée dans le commerce dans une zone géographique particulière, on ne peut pas la considérer comme monnaie.
Une règle simple : si l’on peut utiliser quelque chose pour acheter à la fois le dernier gadget de technologie au centre commercial et un kebab au coin de la rue, c’est de la monnaie. Aujourd’hui, seules les monnaies fiduciaires émises par les banques centrales fonctionnent comme de la vraie monnaie.
Cependant, l’histoire nous montre que les marchandises peuvent gagner de la valeur monétaire du jour au lendemain dans les bonnes circonstances.
Les gens désirent la monnaie - elle contourne les inconvénients du troc - et ils transforment rapidement des marchandises en intermédiaire d’échanges lorsque le besoin s’en fait sentir. Dans presque tous les camps de prisonniers de guerre allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, les prisonniers ont créé spontanément de la monnaie basée sur les cigarettes, et ont même fait l’expérience de l’inflation, de la déflation et de la loi de Gresham (selon laquelle une «mauvaise monnaie» artificiellement surévaluée chasse la bonne).
L’Internet a donné naissance à une nouvelle forme de marchandises qui a acquis une certaine dimension monétaire, comme les monnaies virtuelles telles que les Linden Dollars et l’or de World of Warcraft or, qui peuvent être très facilement transformées en dollars ou en euros.
Ces « devises «, cependant, sont de la monnaie seulement dans les mondes des camps de prisonniers de guerre, Second Life ou World of Warcraft. On ne peut pas les utiliser pour acheter un kebab au coin de la rue ou des gadgets au centre commercial local.
Qu’est-ce qui empêche Bitcoin d’être une monnaie à part entière ? Il exige des compétences plus techniques que les espèces et les opérations bancaires traditionnelles. Il exige encore plus de connaissances lorsqu’il s’agit de maintenir les transactions réellement anonymes. Cela représente un coût pour les utilisateurs potentiels et réduit considérablement leur nombre.
Néanmoins, Bitcoin trouve des utilisateurs même parmi les pauvres et ceux qui ont un faible niveau d’éducation, et il est devenu populaire dans nombre de pays africains. Avec des restrictions croissantes sur les envois de fonds vers les pays blacklistés, comme la Somalie, Bitcoin offre une solution pour ceux qui ont besoin d’envoyer des revenus au pays à des parents désespérés.
Les récentes mesures sévères contre les échanges de Bitcoin de la part d’organismes américains (par exemple, la saisie de plusieurs millions de dollars sur la plus grande plateforme d’échange Bitcoin, MT.Gox, qui a temporairement cessé ses opérations en dollars américains) et les efforts allemands plus subtils pour introduire Bitcoin dans le domaine financier officiel sont les étapes initiales de la prochaine lutte acharnée entre les Etats et les utilisateurs de Bitcoin. Les autorités vont probablement essayer de le contrôler ou de le supprimer en imposant des coûts plus indirects sur les utilisateurs. Certains vont accepter les coûts et jouer selon les règles. Mais nous pouvons nous attendre à une réaction sous la forme d’innovations qui améliorent l’anonymat et la convivialité.
Il est difficile de prédire si Bitcoin va croître ou disparaître, parce qu’il serait devenu une monnaie virtuelle réglementée et donc ennuyeuse. Mais le projet est déjà un succès. Il s’agit d’une expérience pionnière qui démontre qu’une foule est capable de créer et de maintenir jusqu’ici des canaux d’information privés décentralisés de haute technologie. Bitcoin n’est qu’un exemple de ce nouveau phénomène. On en trouve d’autres : le réseau décentralisé peer-to -peer ( P2P) , TOR (pour l’anonymat en ligne) et l’impression 3D. Tous offrent des outils modernes pour lutter contre Big Brother, qui est équipé de quelques outils modernes lui-même.
Il est trop tôt pour prédire si ces outils vont garantir la propagation de la liberté à travers le monde. Mais ils vont certainement contribuer à donner un coup de pouce à l’effort dans ce sens.

* Analyste à l’Institute of
Economic and Social Studies
à Bratislava en Slovakie.

Par Martin Vlachynsky
Jeudi 26 Septembre 2013

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