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L’affaire Chaïmaa met en lumière les contradictions de Louardi

Souffrant d’un cancer, l’infirmière est abandonnée à son triste sort




L’affaire Chaïmaa met en lumière les contradictions de Louardi
Le ministre de la Santé a toutes les qualités sauf, peut-être, celles qu’il faut. C’est un homme au caractère trempé doublé d’un politique aguerri et d’un communicateur hors pair. A l’instar des champoings trois en un, il lave néanmoins sans traiter. Le peut-il puisqu’il lui manque l’essentiel, à savoir cette compassion  qui permet à tout  individu de ressentir la souffrance, d’avoir de l’empathie et de faire montre de soutien de son prochain. Certains médecins, tel le Pr. El Houceine Louardi, ne semblent certes pas aimer parler de compassion, terme qui  comporte, dans certains cas, une connotation de pitié condescendante. Ils lui préfèrent celui d’empathie. Pourtant, compatir signifie bien, au  sens propre, le fait de souffrir ensemble, et non celui de manifester, de manière vague et paternaliste, une compréhension teintée de dégoût ou de mépris. Mais peu importe la terminologie usitée, seule la mise en adéquation du discours avec la praxis quotidienne compte. Or, le ministre semble privilégier le premier à la seconde. Le cas de l’infirmière Chaïmaa Selouane en atteste sans conteste. Le démontre aussi le discours dithyrambique dont il a fait usage pour se tresser des lauriers lors du grand oral au cours duquel il a lu son rapport d’étape devant un parterre de journalistes trié sur le volet. Truffé de chiffres, ce rapport a décrit l’éden que l’hôpital public n’a jamais été et ne sera peut-être jamais au regard du patient travail de sape entrepris par l’actuel Exécutif dans l’objectif d’ouvrir le secteur à l’investissement privé, dût-il avoir un caractère spéculatif, et à la marchandisation de la santé.
De fait, ce qui est advenu à cette infirmière de 24 ans bat en brèche tout ce dont le ministre a considéré comme réalisations ou avancées initiées sous son magistère. La simple narration de son histoire ne peut, en effet, que mettre mal à l’aise le plus endurci des communistes, fût-il défroqué ou sur le retour.
Chaimaa Selouane dont la Toile commence à diffuser des appels à la générosité publique est une fille sur laquelle le mauvais sort s’est acharné depuis la tendre enfance qu’elle a passée avec ses parents et son frère dans une minuscule deux pièces-kitchenette de Derb Ghallef.
Issue d’une famille pauvre dont le chef est un simple coiffeur traditionnel, elle s’est usé les fonds des culottes sur les bancs de l’école publique jusqu’au jour où sa mère a été atteinte d’un cancer qu’elle n’a pu soigner que grâce à une généreuse intervention de bienfaiteurs. Alors qu’elle venait à peine de mettre les pieds au second cycle collégial du lycée Chawki de Casablanca, elle dut donc s’acquitter d’un double devoir, celui de potasser ses cours et celui de s’acquitter des travaux ménagers que sa maman affaiblie par le mal qui la rongeait ne pouvait faire. Elle y arriva vaillamment et réussit même à décrocher son bac SVT en 2010. Mais alors que les autres élèves rêvaient d’études supérieures, Chaïmaa n’avait d’autre ambition que de suivre un cursus court pour arriver rapidement à subvenir à ses besoins et, surtout, de  pouvoir soulager les malades qui, comme sa mère, souffraient le martyre tant à cause de leur pauvreté qu’à cause de l’indigence de la santé publique.  Son choix a donc été vite fait. Ce fut l’Institut de formation aux carrières de santé dont elle a passé le concours avec brio et dont elle est lauréate.
Affectée en décembre 2013 au service de réanimation des urgences médicales du CHU Ibn Rochd de Casablanca, elle y a travaillé 15 mois avant que le ciel ne lui tombe sur la tête. Deux IRM et un scanner cérébraux indiquent qu’elle est atteinte d’un chordome, genre de cancer qui se développe dans les os de la tête et la colonne vertébrale. Que faire ? A qui s’adresser ? Faisant partie de ces anges de la miséricorde qui peuplent les hôpitaux, elle devrait ne pas se préoccuper outre mesure de sa prise en charge par le ministère de la Santé publique. L’a-t-elle été ? Rien n’est moins sûr.  Son éventuelle rémission doit passer par une opération chirurgicale à l’étranger dont le coût est exorbitant. D’où montée des internautes au créneau avec création d’une page Facebook (https://www.facebook.com/Jesuischaimaa) et d’un collectif de soutien ainsi que l’ouverture d’un compte bancaire et même l’entame de dons en euros. Qu’en conclure ? Que le ministère de la Santé est non seulement incapable de créer les conditions nécessaires pour que des soins de qualité soient prodigués à tous les Marocains, mais qu’il est aussi dans l’incapacité d’en offrir à ses propres fonctionnaires ? Peu importe, l’essentiel est que l’affaire Chaïmaa est un test qu’ El Houceine Louardi doit obligatoirement passer avec succès pour convaincre le commun des mortels qu’en tant que médecin, il éprouve de l’empathie à l’endroit de ses pairs et du personnel paramédical et qu’en tant que ministre, il sait faire montre de cette compassion sans laquelle les valeurs humaines et l’action politique ne pourront jamais faire bon ménage.  

Ahmed Saâïdi
Vendredi 3 Juillet 2015

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