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L'Occident restera vulnérable face à l'EI, estiment des experts




Le nombre de jihadistes étrangers en Syrie et en Irak avait plus que doublé



Face à un ennemi capable de détruire un Airbus au-dessus du Sinaï, de mitrailler des civils à Paris ou en Californie, d'inspirer des attaques au couteau dans le métro de Londres, les pays occidentaux sont et resteront vulnérables, préviennent des experts.
Le groupe Etat islamique (EI), s'il n'a pratiquement jamais de contrôle direct sur ces attaques, les a inspirées, saluées, glorifiées et continuera à le faire dans un avenir prévisible, ajoutent-ils, d'autant que des milliers de jihadistes étrangers viennent grossir ses rangs en Irak et en Syrie dans la perspective, pour certains, de rentrer, aguerris et encore plus radicaux, dans leurs pays d'origine.
"Tous les membres des services de sécurité européens que j'ai rencontrés au cours de l'année écoulée sont pétrifiés quand ils évoquent le problème des combattants étrangers", assure Bruce Riedel, ancien cadre de la CIA, membre aujourd'hui du centre de réflexion Brookings. "Il est pratiquement insoluble".
L'institut Soufan Group, spécialisé dans l'analyse du renseignement, a publié mardi à New York un rapport selon lequel le nombre de jihadistes étrangers présents en Syrie et en Irak avait plus que doublé au cours des dix-huit derniers mois, passant à environ trente mille, originaires d'au moins 86 pays.
"Pensez au problème de surveiller tout ce monde quand ils rentrent", ajoute Bruce Riedel. "Ils vont être mis en prison. Mais la plupart sortiront dans les 48 heures, parce qu'ils n'ont commis aucun crime en France ou en Belgique (...) Ont-ils l'intention de commettre un crime ? Possible. Mais en démocratie on ne garde pas des gens en prison parce qu'on les soupçonne d'avoir l'intention de commettre un crime".
Selon lui, la surveillance intensive de ces milliers de suspects mobiliserait toutes les forces de l'ordre et les armées du monde occidental, en permanence. "Impossible, bien sûr. Alors nous avons un sérieux problème: ça s'appelle être submergés", dit-il.
En plus de ces jihadistes rentrant dans leurs pays d'origine (ce que font entre 20 et 30% d'entre eux, selon le Soufan Group), l'EI peut désormais compter sur un nombre inconnu de volontaires qui, comme le couple qui a abattu 14 personnes à San Bernardino, dans la banlieue de Los Angeles, se radicalisent sans contact avec lui et sans attirer l'attention de quiconque avant de passer à l'action.
C'est ce que l'expert australien David Kilcullen, spécialiste reconnu de la contre-insurrection, qui participait mardi avec Bruce Riedel à une conférence sur le terrorisme organisée à Washington, appelle "le jihad sans chef".
"Au lieu d'avoir une structure clandestine avec des canaux de communication dans les deux sens et des plans secrets qui doivent être protégés, vous n'avez qu'une structure (l'EI) qui diffuse les consignes à des gens qui restent dans la clandestinité et passent à l'action quand ils veulent, en accord avec ces consignes", dit-il.
"La conjonction de l'afflux de combattants étrangers rentrant chez eux avec l'existence de réseaux souterrains, en particulier dans certaines régions européennes, augmente de façon significative la menace domestique", ajoute David Kilcullen.
L'attaque de San Bernardino, qui succède aux massacres parisiens du 13 novembre, démontre que "le radar antiterroriste mis au point aux Etats-Unis et dans d'autres pays après le 11 septembre 2001 pour détecter et entraver les attaques montées par des réseaux doit désormais être recalibré", estime le Soufan Group.
Un couple prudent qui ne communique pas avec l'extérieur, comme un groupe composé de frères ou d'amis d'enfance qui évitent soigneusement les mosquées et ne s'épanchent pas sur Internet avant de frapper, forment pour les services spécialisés des cellules impossibles à repérer ou infiltrer.
"Aucun logiciel ne pourra jamais détecter et prévenir la radicalisation violente au niveau de deux individus", estime le Soufan Group. "Toutes les chances sont du côté des criminels s'ils se tiennent tranquilles et agissent vite (...) Comme il est impossible d'empêcher les crimes violents, il est impossible d'éradiquer le terrorisme, spécialement les attentats conçus pour rester sous le radar. Des leçons doivent être tirées de l'attaque de San Bernardino, et l'une d'elles est qu'il y en aura d'autres, malgré tous nos efforts".

Libé
Jeudi 10 Décembre 2015

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