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L’OMS plaide pour la hausse des taxes sur le tabac afin de sauver des vies

Le niveau des taxes prélevées par le Maroc est insuffisant d’après l’Organisation mondiale de la santé




La lutte contre l’épidémie mondiale du tabagisme passerait-elle par un prélèvement plus important des taxes sur les cigarettes et les produits du tabac ? Autrement dit, faut-il relever les taxes sur ces derniers pour véritablement baisser la consommation de tabac et réduire les risques de santé qui en sont liés ? C’est ce qu’a laissé entendre l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  dans son dernier rapport.
Dans ce document, publié mardi 7, l’OMS estime que « trop peu de gouvernements prélèvent des taxes à un niveau suffisamment élevé sur les cigarettes et les produits du tabac. Ils omettent ainsi d’utiliser une mesure peu onéreuse qui a fait ses preuves pour réduire la demande de tabac, sauver des vies et lever des fonds pour renforcer les systèmes de santé », regrettant que seuls 33 pays prélèvent des taxes représentant plus de 75% du prix de vente au détail d’un paquet de cigarettes, alors que d’autres ont des taux de taxation extrêmement bas.
C’est notamment le cas du Maroc qui, en dépit du nombre élevé de fumeurs dont de nombreux mineurs, ne taxerait pas assez les cigarettes. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la taxe des cigarettes au Maroc représenterait 70% du prix de vente au détail d’un paquet de cigarettes. Bien loin de la Jordanie et de la Bulgarie (83%), de la Finlande, de la Turquie, de l’Angleterre (82%), de la Slovaquie et de la Bosnie Herzégovine (82%) ou encore de la France, des Seychelles, de la Grèce, de la Pologne et de Madagascar (80%).
Notons que dans la région Afrique du Nord, les taxes sur les cigarettes en Egypte, Tunisie et en Algérie se situent respectivement autour de 73%, 75% et 51% du prix de vente au détail d’un paquet de cigarettes, contre 8% en Libye.
Selon des chiffres officiels, le Maroc compte quelque 7 millions de fumeurs, soit un cinquième de la population. Les données statistiques révèlent qu’un demi-million de fumeurs sont des enfants. Ces chiffres se passent de tout commentaire. Révélés en mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le tabac, ils montrent si besoin est que le Maroc compte un nombre important de fumeurs.
Pour rappel, le Maroc comptait en 2012 un peu moins de la moitié de fumeurs, soit 3,1 millions de fumeurs, selon une étude réalisée par l’Institut américain IHME (Institute for health metrics and evaluation) de l’Université de Washington nord-ouest.
Ainsi, selon l’organisation onusienne, les taxes seraient un moyen efficace de lutter contre le tabac. Pas sûr que cette recommandation fasse vraiment sourire l’industrie du tabac. Quoi qu’en pense cette dernière, les experts de l’OMS ne manquent pas d’arguments.
En effet, ces derniers rappellent que les stratégies pour soutenir la mise en œuvre des mesures de réduction de la demande contenues dans la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, telle que le programme «MPOWER», ont contribué à sauver des millions de vies au cours de la dernière décennie.
Selon les auteurs du rapport, ces mesures consistent à surveiller la consommation de tabac et les politiques de prévention (Monitor), protéger la population contre la fumée du tabac (Protect), offrir une aide à ceux qui veulent renoncer au tabac (Offer), mettre en garde contre les dangers du tabagisme (Warn), faire respecter l’interdiction de la publicité en faveur du tabac, de la promotion et du parrainage (Enforce) et augmenter les taxes sur le tabac (Raise).
Pour le Dr Margaret Chan, directeur général de l’OMS, il est entendu que «la hausse des taxes sur les produits du tabac est l’un des moyens les plus efficaces, et les moins coûteux par rapport à l’efficacité, de réduire la consommation de produits qui tuent, tout en générant des revenus substantiels».
Directeur à l’OMS du département prévention des maladies non transmissibles (MNT), le Dr Douglas Bettcher, en veut pour preuve que «des données probantes en Chine et en France montrent que la hausse des prix des produits du tabac associée à l’augmentation des taxes entraîne une baisse de la prévalence du tabagisme et des effets néfastes associés, tels que les décès par cancer pulmonaire».
A ce propos, il faut savoir que 40% de la population mondiale (2,8 milliards de personnes) est couverte par au moins une mesure Mpower prise au plus haut niveau, ce qui représente un doublement du nombre des pays et un triplement de la population couverte depuis 2007 alors que 20% de la population mondiale est couverte par au moins deux mesures Mpower prises au plus haut niveau, soit 1,4 milliard de personnes, un triplement du chiffre par rapport à 2007. Il est à signalons que 7 pays, dont 5 à revenu faible ou intermédiaire, ont mis en œuvre au moins quatre mesures Mpower.
A ce sujet, Dr Margaret Chan précise: «J’invite tous les gouvernements à examiner les données factuelles, pas les arguments de l’industrie, et à adopter l’une des meilleures options politiques gagnant-gagnant à la disposition du secteur de la santé.»
Comme le rappelle l’instance onusienne dans ce cinquième rapport,  les maladies liées au tabagisme sont l’une des plus graves menaces pour la santé publique auxquelles le monde ait été confronté. « Environ une personne meurt toutes les six secondes d’une maladie liée au tabagisme, ce qui équivaut approximativement à six millions de personnes par an », précise-t-elle.
Selon les projections, ce chiffre devrait augmenter pour dépasser plus de huit millions de personnes par an d’ici à 2030 si des mesures rigoureuses ne sont pas prises pour endiguer l’épidémie, poursuit l’OMS.
Ce n’est pas tout. L’organisation rappelle également que la consommation de tabac fait aussi partie des quatre principaux facteurs de risque derrière l’épidémie mondiale de maladies non transmissibles, principalement les cancers, les maladies cardiovasculaires et pulmonaires et le diabète. Et de conclure qu’ « en 2012, ces maladies ont été la cause de 16 millions de décès prématurés (avant l’âge de 70 ans), dont plus de 80% se sont produits dans les pays à revenu faible ou intermédiaire».

Alain Bouithy
Vendredi 10 Juillet 2015

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