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L’Istiqlal quitte le gouvernement sans vraiment partir

Un retrait tactique sous le parapluie de la Constitution




L’Istiqlal quitte le gouvernement sans vraiment partir
Coup de tonnerre ou coup de poker? Le retrait des Istiqlaliens  du gouvernement Benkirane, après un vote unanime du Conseil national de cette formation politique, est différemment apprécié et commenté par le personnel politique, même s’il n’a rien d’une surprise. Depuis la veille de la tenue de ce 3ème Conseil national, la sortie du plus vieux parti marocain de la coalition gouvernementale était quasiment acquise. La pétition lancée par la Jeunesse istiqlalienne, instance totalement acquise au secrétaire général Hamid Chabat, réclamant le passage à l’opposition de la deuxième force de l’Exécutif a fait l’effet d’un chauffeur de salle. Résultat, samedi  les 82 prises de paroles des membres du Conseil national ont toutes demandé un retrait urgent d’un gouvernement jugé impopulaire. Dans la grande salle du siège du parti, sis avenue Ibn Toumert à Rabat, la fièvre des grands jours avait gagné les militants excédés pêle-mêle par le silence du chef du gouvernement face à leurs revendications exprimées dans deux mémorandums, la paralysie du gouvernement devant la crise économique et le phagocytage d’un parti majoritaire oublieux de l’existence de ses alliés. «A la dernière réunion de la majorité, on ne se faisait plus d’illusions. Rien n’allait plus entre le chef du gouvernement et le secrétaire général de l’Istiqlal», soupire Said Ameskane, secrétaire général adjoint du Mouvement populaire. Et à  l’USFP, la décision prise par l’Istiqlal, «l’allié de toujours», ne surprend personne. «Cela fait des mois que nous le disons, et cela fait des mois que le PJD soutient le contraire. La majorité gouvernementale vit une crise profonde et ce qui vient de se passer nous donne raison». En fin d’après-midi, le samedi 11 mai, la nouvelle tombe sans surprise. Le Conseil national que composent 996 Istiqlaliens, se prononce à l’unanimité de ses membres présents pour le retrait du parti du gouvernement conduit par Abdelilah Benkirane et donne les pleins pouvoirs  au comité exécutif pour la mise en œuvre de cette décision et la gestion d’une étape transitoire. Mais attention, si le retrait a bel et bien été décidé par le parlement de l’Istiqlal, les militants ont pris la précaution de brandir l’article 42 de la Constitution pour demander ce qu’il convient d’appeler un arbitrage Royal. Une manière de renvoyer la patate chaude au chef de l’Etat qui, selon la loi suprême,  est «Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat et Arbitre suprême entre ses institutions, veille au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles».
«En fait, en utilisant l’article 42 de la Constitution, l’Istiqlal semble dire retenez-moi pour que je ne claque pas la porte du gouvernement. Chabat et les siens se sont donné une sorte de porte de sortie pour mieux revenir et négocier un retour conditionné. Mais en même temps, il y a problème, le retrait du gouvernement est une décision souveraine d’un parti politique. Comment dès lors demander au Roi d’intervenir et de s’immiscer dans les affaires internes partisanes sachant justement que le chef de l’Etat est au-dessus des partis?», s’interroge ce cacique du bureau politique du PPS, une formation politique de la majorité.
Une folle journée pour les Istiqlaliens et pour le microcosme politique qui n’en finissait pas de bruisser de mille rumeurs sur l’avenir d’une coalition gouvernementale qui a volé en éclats. Alors que la décision de se retirer du gouvernement tournait en boucle dans les radios, sur les fils d’agences et était donnée en «urgent» par les sites d’informations, les dirigeants de l’Istiqlal se sont dépêchés de donner l’information du contact téléphonique entre le Souverain, actuellement en visite privée en France, et leur leader H. Chabat. C’est Taoufik Hjira, le président du Conseil national, qui l’annoncera le premier, en direct du JT de 20h15 de 2M. «Le Roi a demandé à Hamid Chabat de laisser les six ministres istiqlaliens en fonction  pour que soit assuré le fonctionnement normal du gouvernement et le temps que le Souverain prenne connaissance du mémorandum portant sur les raisons ayant poussé l’Istiqlal à quitter le gouvernement et le reçoive en audience», a déclaré en substance l’ancien ministre de l’Habitat.  Les six ministres du parti de la Balance –trois d’entre eux, Mohamed Louafa, Nizar Baraka et Abdessamad Qayouh se sont fait porter pâle aux travaux du Conseil national- peuvent souffler. Ce lundi matin, ils rejoignent leurs ministères et seront aux questions orales de la Chambre des députés.
Tard dans la soirée, le comité exécutif est convoqué en urgence. Un communiqué est envoyé à l’agence de presse officielle. Les dirigeants du parti nationaliste s’y  « félicitent de cette Haute sollicitude Royale et du souci du Souverain de garantir les conditions de stabilité et affirme l'adhésion totale du PI à la volonté de SM le Roi de servir les intérêts supérieurs de la Nation». «Les Istiqlaliens ont fait une lecture étroite de la Constitution. En ayant recours à l’article 42, ils s’éloignent du fonctionnement démocratique des partis et du jeu politique», analyse ce constitutionnaliste.
La cohésion d’une majorité gouvernementale jusque-là sous tension tiendrait-elle finalement à un coup de fil royal ? Ce dimanche matin, la question traverse les états-majors partisans. La déclaration de Hamid Chabat qui n’écarte pas la tenue d’un Conseil national extraordinaire si les conditions d’un retour au gouvernement se précisent, conforte fortement un retrait plus tactique que politique. «Si des propositions acceptables sont formulées, le comité exécutif s'engagerait à revenir devant le Conseil national pour valider les nouvelles décisions prises», a en effet affirmé le syndicaliste devenu leader. «Ce qui montre bien que les Istiqlaliens se sont bien gardés de la fermer. Ils ne partent qu’à moitié et surtout pour mieux revenir», soutient ce député du Rassemblement national des indépendants.
On en saura davantage dans les prochains jours, au retour de voyage du chef de l’Etat. En attendant, le chef de file de la majorité a fait vœu de silence. Il n’y aura pas pour l’heure de commentaire officiel sur «une décision souveraine prise par un allié de la coalition». Ce qui n’empêche pas les scénarios les plus improbables  de s’écrire dans un élan de politique fiction effrénée.

Narjis Rerhaye
Lundi 13 Mai 2013

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