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L'Iran, un "parkour" du combattant pour les femmes




L'Iran, un "parkour" du combattant pour les femmes
Dans un parc du nord de Téhéran, Maryam et ses amies pratiquent le "parkour", un sport risqué mêlant acrobatie et gymnastique, qui permet à ces jeunes Iraniennes d'oublier les contraintes sociales et de prendre confiance en elles.
La discipline, qui consiste à se déplacer en milieu urbain en franchissant des obstacles, est née en France à la fin des années 80 avant de se répandre dans différents pays. En France, elle a été popularisée par les films "Yamakasi" et "Banlieue 13". Ses adeptes sautent d'une terrasse à une autre, se hissent à la force des bras sur un parapet, enchaînent course, roulades, sauts, escalade à toute vitesse. 
Le sport est dangereux et les risques de blessure nombreux. Il s'est répandu en Iran où il compte désormais plusieurs centaines de pratiquants, dont une cinquantaine de femmes à Téhéran. 
Celles-ci doivent toutefois braver les quolibets, les remontrances et la difficulté de respecter le code vestimentaire islamique, qui impose aux femmes de se couvrir des pieds à la tête et porter des vêtements amples pour cacher leurs formes.
Et si le jogging "baggy" permet une fluidité des gestes, une mèche de cheveux est parfois visible à la réception d'un saut périlleux.
"En tant que femme, c'est un peu difficile", admet Maryam Sedighian Rad, 28 ans, diplômée en psychologie.
Ancienne adepte du taekwondo, elle a intégré le groupe de parkour "Hitall" il y a plus de trois ans. Depuis mai 2012, elle enseigne la discipline trois fois par semaine dans des salles de sports de la capitale.
Mais, Maryam l'assure, le voile "n'est pas contraignant". Elle-même est coiffée d'un bonnet qui fait tenir son "maghnaeh", une cagoule qui recouvre la nuque. 
L'une de ses disciples, Helia Goharbavar, remet son foulard après chaque roulade. "Cela ne me gêne pas, affirme la lycéenne de 16 ans. Et puis, ça nous protège du froid et nous sommes de toute façon habituées".
Arefeh Shoari, 17 ans et l'une des plus agiles du groupe, avoue surtout avoir peur qu'un mouvement dénude une partie de son corps.
Les filles affirment avoir plus de mal à supporter les remarques sur leur aptitude à faire un sport à risques ou les rencontres avec des garçons, dans un pays où les activités sportives ne sont pas mixtes.
"Parfois, les gens disent que ce n'est pas un sport de filles, qui sont supposées faire de la couture. Ils ne peuvent pas s'imaginer qu'une fille fasse un sport de garçon", explique Maryam. Athena Karami, 19 ans, raconte avoir dû quitter un parc où elle s'entraînait à cause d'un groupe de garçons "qui se sont moqués de nous et nous ont filmées avec leur téléphone portable".
Le plus souvent, Maryam est accompagnée en public d'un responsable ou de membres masculins de Hitall, pour éloigner les gêneurs.
La police interrompt aussi parfois les entraînements. "Mais elle ne fait pas de problème en voyant que nous faisons du sport, il arrive même que certains policiers demandent où ils peuvent s'inscrire pour faire du parkour".
Malgré tous ces obstacles, les filles affirment que le parkour leur permet de gagner un peu de liberté et beaucoup de confiance en elles.
"Il y avait un saut que je n'arrivais pas à faire, explique Maryam, mais je l'ai réussi en m'entraînant. Avec le parkour, je sens que je peux résoudre tous les problèmes, et je suis libre".
Helia, pour sa part, veut montrer avec le parkour qu'elle existe dans la société. "Même si on est une femme, on ne reste pas cloîtrée à la maison". La concentration nécessaire pour réussir ses mouvements aide Arefeh à calmer le stress de ses études. Elle rêve maintenant de participer à une compétition officielle nationale pour que garçons et filles "montrent leurs meilleurs mouvements". "Lorsque je pratique le Parkour, je suis heureuse"
Mohammad, un jeune homme de 18 ans qui "accompagne" Maryam, admire la ténacité et la volonté de ces filles qui "font de leur mieux pour être les meilleures", malgré le danger. "Elles s'entraînent dur pour réussir des mouvements difficiles".

AFP
Mercredi 2 Avril 2014

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