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L’Iran et le monde arabe

IV- Les tandems Syrie-Hezbollah et Iran-Houtistes




L’Iran et le monde arabe
Hezbollah et la Syrie sont liés par une alliance stratégique conformément à la stratégie tracée par l’axe de la résistance. Par conséquent, ‘’Hezbollah restera avec le régime syrien jusqu’au dernier combattant’’, car c’est la partie névralgique de cet axe entièrement défini par le maintien d’un certain rapport de tension face à Israël, comme point de propagande iranienne en guise d’offensive de charme envers les peuples arabes. Tout le monde est convaincu que Damas d’Al-Assad est sa ligne d’approvisionnement, et il est prêt à faire tout ce qui sera nécessaire pour préserver cela. L’Iran et Hezbollah font donc partie de la machine à tuer du régime syrien et franchiront toutes les lignes pour maintenir ce régime en place. Devant une pression croissante de la communauté internationale, le chef du Hezbollah était contraint de reconnaître son intervention en Syrie. En avril 2013, il a déclaré à sa chaîne de télévision Al Manar :‘’Les vrais amis de la Syrie empêcheront sa chute entre les mains des Américains, des Israéliens et des Takfiryines et que l’objectif de la guerre en Syrie est de la détruire et d’en faire un Etat fragile à l’instar de certains pays du Printemps arabe‘’.
De son côté et au mois de mai de la même année, Al-Assad a déclaré que ’’la Syrie allait tout donner au Hezbollah en reconnaissance de son soutien et qu’il allait suivre son modèle de résistance contre Israël’’. Et d’ajouter :’’Pour la première fois, nous avons senti que nous et eux vivions la même situation et qu’ils ne sont pas seulement des alliés que nous soutenons. Nous leur exprimons notre confiance, notre satisfaction et notre gratitude’’. L’intervention la plus spectaculaire du Hezbollah est celle de Qousseir dans le même mois de mai 2013, où des milliers de combattants se sont engagés aux côtés des forces syriennes à l’assaut de la ville. Selon des agences de presse internationale, cette intervention ‘’est venue d’une décision iranienne de soutenir jusqu’au bout le régime syrien, estimant que l’Iran a demandé au Hezbollah de s’engager une fois pour toutes et de façon publique, car la bataille autour de cette ville doit décider de l’avenir de l’alliance entre l’Iran et la Syrie et de son impact sur toute la région’’.
Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont adopté une résolution datée du 5 juin 2013, condamnant l’intervention du Hezbollah. L’Arabie Saoudite, comme chef de file des monarchies du Golfe, a tenté de sanctionner la milice chiite en représailles à son intervention en Syrie. Les opinions publiques arabes montrent leurs hostilités croissantes pour ce mouvement qu’elles considèrent comme une émanation des gardiens de la Révolution iranienne. Cette tendance ne fait que s’amplifier surtout après le meurtre par ses miliciens d’un manifestant protestant contre son intervention dans les combats en Syrie, devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth.
Commentant cet acte odieux, un journaliste libanais a estimé ‘’que l’Etat dans l’Etat du Hezbollah existe déjà et cet assassinat démontre que s’ils sont défiés, ils descendront dans la rue. Ils ont écrasé cette manifestation pour qu’elle ne se reproduise plus ailleurs. Les spécialistes du Moyen-Orient considèrent que la division entre les musulmans chiites et sunnites est aussi profonde et aussi large que la fracture existante déjà entre Arabes et Israéliens. Et que les déclarations incessantes de Nassrallah sont extrêmement provocatrices au point de développer des tempêtes de violences et de menaces dans les territoires arabes contre tout ce qui est chiite‘’. La prise de Qousseir comme bastion sunnite avec l’aide cruciale des troupes du Hezbollah, des milices irakiennes pro-iraniennes et iraniennes, a été déplorée dans le monde sunnite, ce qui oblige ce dernier à revoir sa stratégie pour une nouvelle redéfinition de l’ami et de l’ennemi.

Le Hamas
S’agissant du Hamas, tout a commencé en 1992, lorsque plus d’une centaine de ses cadres et dirigeants ont été expulsés de la Palestine vers le sud du Liban, récupérés ensuite dans un camp sous contrôle du Hezbollah. Pris en charge par ce dernier, ces dirigeants ont eu l’occasion de rencontrer les représentants de la garde révolutionnaire iranienne au Liban et ensuite à Téhéran. Ces rencontres finissent par aboutir au financement, l’équipement et la formation de la branche armée du Hamas par l’Iran et Hezbollah. Cette coopération s’est accrue surtout après les accords d’Oslo en vue de ‘’torpiller’’ toute négociation de paix entre Palestiniens et Israéliens, car tout simplement l’Iran n’a pas été invité à participer à la conclusion de ces accords de 1994. Depuis, l’Iran a tout fait pour saboter tout aboutissement des pourparlers entre Israël et l’Autorité palestinienne, via les deux milices présentes à Gaza, Groupe Azzeddine El Kassam et le Jihad Islamique. Les experts internationaux estiment que chaque confrontation à Gaza dont les civils palestiniens font les frais, c’est sur ordre des Iraniens pour une raison liée à la stratégie de ce pays dans la région. Les responsables du Fatah, le rival politique du Hamas, tiennent les mêmes propos que ceux des adversaires du Hezbollah au Liban. Pour eux, la loyauté du Hamas est envers l’Iran et que la Palestine n’est pas leur priorité. Malheureusement à la fin de chaque confrontation, le nombre de civils tués se chiffre par milliers, et les responsables du Hezbollah ou de Hamas parlent de victoires car seuls les nombres réduits de combattants tués sont pris en compte, alors que ceux des civils plus nombreux ne rentrent pas dans les équations. On ne peut qu’apprécier le commentaire d’un analyste :«On n’annonce pas une victoire alors qu’on se dissimule lâchement parmi les civils, femmes, enfants et vieillards, et qu’on déclare la victoire en toute fierté, car le nombre de combattants perdus est réduit alors que celui des civils se chiffre par milliers. Ce n’est une victoire, c’est une débâcle».

Les milices irakiennes
chiites en Syrie
A mesure que la guerre civile syrienne s’installe dans la durée, elle intègre des acteurs et des enjeux hérités de la crise irakienne, dont elle partage la plupart des divisions ethno-religieuses. Selon l’agence Reuters, parmi les combattants chiites venus d’Irak figureraient d’ex-combattants de l’Armée du Mahdi, le mouvement armé de l’imam radical Moqtada Al-Sadr, de l’organisation chiite Badr, proche du pouvoir iranien. Ces combattants justifient leur participation au conflit par leur volonté de défendre le mausolée de Sayeda Zeinab, situé près de Damas. Ils cherchent également à répondre à la présence de combattants irakiens sunnites, souvent affiliés au front Al-Nosra. Mais d’après des responsables politiques chiites et le ministre des Affaires étrangères irakien, les combattants en question n’ont pas reçu de feu vert officiel de la part des chefs de leurs mouvements ou du gouvernement irakien, dominé par les chiites, pour aller combattre en Syrie.
D’après le journal Le Monde, en janvier 2014, une quinzaine de milices chiites irakiennes, représentant 5000 à 10.000 hommes au total, combattent en Syrie. Initialement assignées à la seule défense du sanctuaire chiite de Sayeda Zeinab, elles ont participé à deux des plus importantes batailles de l’année 2013, à savoir la seconde bataille de Qousseir (au mois de juin), et l’offensive dans le massif du Qalamoun (début décembre).

L’Iran et les milices chiites
h outistes du Yémen
Les Houtistes sont une tendance zaydite, un courant qui représente une minorité de 17% de la population yéménite de confession chiite. Ils reçoivent leur nom de Hussein Al Houthi comme chef historique, qui a tenté de rétablir ‘’l’Imamat’’ selon une vision chiite propre au Yémen.
Ils ont constitué une milice qui compte quelques dizaines de milliers de combattants, appuyée financièrement et matériellement par l’Iran dont les bases sont établies dans la région chiite de Saâda, en face de l’archipel érythréen de Dahlak. Les miliciens ont afflué de tous les pays du nord de la péninsule arabique (du Koweït, du Bahreïn et d’Oman, pays dans lesquels des agents iraniens les approvisionnent) en traversant (sans inquiétude) le désert saoudien pour combattre au Yémen. Ils sont également présents en Syrie aux côtés de l’armée régulière. Partis de leur bastion Saâda au mois d’octobre et occupant villages, villes et campagnes jusqu’à leur arrivée dans la capitale Sanaa, ils occupent actuellement la moitié des territoires de ce pays. Ils ont soumis à leur ordre toutes les institutions gouvernementales civiles, militaires et sécuritaires du pays. Ces milices sont devenues les maîtres absolus et leur visée ne cesse de s’étendre vers l’occupation de plus en plus de territoires et en particulier le sud qui réclame son indépendance. Les Houtistes concluent des accords avec le gouvernement en faillite sous l’égide de l’ONU, mais sur le terrain ils ne montrent visiblement aucun respect des accords conclus. Le maître à penser et à décider est bien entendu l’Iran qui profite du chaos semé par l’EI en Irak et en Syrie, œuvre pour un nouveau fait accompli à l’instar du Hezbollah au Liban.
La stratégie iranienne est claire; une milice forte capable de dicter les règles du jeu pour tout gouvernement en place et à la moindre secousse, c’est le déferlement des milices dans les villes pour faire régner l’ordre chiite. C’est l’exemple du Liban avec Hezbollah qui se reconstitue en bonne et due forme. L’accès sur cette partie de la mer Rouge est d’une importance capitale pour la stratégie iranienne qui aura à contrôler toute navigation allant et venant du Canal de Suez. Cette stratégie entend contrecarrer les combattants issus des conflits sahélo-saharien ou libyen, quitte à les empêcher d’affluer sur la scène irako-syrienne pour combattre à côté de l’EI. Il est à rappeler que l’armée saoudienne a mené en novembre 2009 une opération militaire à l’encontre des Houtistes qui s’est soldée par un échec humiliant. Les Houthistes s’étaient alors emparés par la force d’un territoire saoudien bordant la frontière nord, accusant le gouvernement yéménite de s’en servir comme plate-forme pour lancer des attaques contre eux.

L’Iran et le reste du
monde arabe
Cette nouvelle donne au Yémen est le résultat d’une intervention macabre de toute une stratégie d’influence orchestrée par l’Iran, car le pays qui a compris cette stratégie très tôt est bien l’Irak de Saddam qui a su frapper au bon moment et obtenir une victoire historique. Renversé et pendu, il a laissé le champ libre à cette stratégie de s’étendre et de diviser le monde arabe dans tous les sens. Ce n’est pas par hasard si l’Iran figure parmi les trois pays qui ont accueilli avec satisfaction la pendaison de Saddam Hussain. Les nostalgiques de Saddam ainsi que ses adversaires arabes d’hier (pays du Golfe surtout) n’ont plus rien à regretter.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre d’une politique d’expansion globale qui ne cesse de montrer ses multiples aspects avec une habileté que nul ne peut lui contester. D’un côté, des déclarations ‘’de bonne foi’’, où les responsables iraniens courtisent les pays arabes en évoquant à chaque fois la fraternité islamique en levant parallèlement la banderole de l’ennemi commun : Israël. D’un autre côté, c’est l’intervention tous azimuts via des groupes chiites interposés, en attendant les conditions réunies pour les transformer en milices armées dictant leur loi aux gouvernements en place et intervenir en cas de besoin. C’est le cas de l’Irak, du Liban et maintenant du Yémen,
La réponse de la plupart des pays arabes est le refus d’entrer dans ce jeu, et tiennent à considérer que la menace représentée par Téhéran est plus importante que celle d’Israël. Maintenant, l’Iran n’a pas d’alliances mais des alliés mis sous ses ordres, parce qu’ils se situent dans des pays où l’influence chiite est forte, et qui sont fort heureusement encore moins nombreux (Liban, Syrie, Irak et plus récemment le Yémen).
Un seul pays fait exception dans le monde sunnite : c’est le Soudan de Omar El Bachir qui a ainsi noué de bonnes relations avec l’Iran en raison de son isolement sur le plan international et sa poursuite judiciaire par la CPI comme responsable du génocide dans la région de Darfour. Ce rapprochement ne peut qu’inquiéter les autres pays arabes riverains de la mer Rouge (Jordanie, Egypte, Arabie Saoudite et Djibouti), puisqu’entre le potentiel accès à cette zone via les Houtistes d’une part, et les facilités offertes par le Soudan d’autre part, l’Iran deviendrait ainsi un acteur privilégié dans cette région, un véritable cauchemar pour tous ceux qui sont déjà obsédés par la consolidation du «croisant chiite» de Téhéran à Beyrouth en passant par Damas.
Autant dire que ces Arabes étaient ravis lorsqu’Israël a mené un raid contre un convoi composé de dizaines de camions censés transporter des armes pour Hezbollah. Mais en échange, ils ne veulent ou ne peuvent pas mettre en œuvre de stratégie pour s’opposer à cette politique dévastatrice, que paradoxalement les peuples arabes sunnites ne sont pas encore en mesure d’en saisir véritablement l’enjeu. Pour ce qui concerne le conflit avec Israël, ces larges masses voient dans l’Iran une puissance pour équilibrer les forces militaires dans la région en faveur de la cause palestinienne et au détriment d’Israël. Il y a une vérité dans cela, mais le revers de la médaille est incontestablement plus coûteux. Si l’on en croit de nombreuses études d’opinions indépendantes, ces masses ne sont pas systématiquement hostiles aux chiites d’Iran quand il s’agit d’Israël mais quand il s’agit de la Syrie la donne change complètement, comme si c’était une véritable schizophrénie. L’Iran comprend parfaitement ce paradoxe, et c’est la raison pour laquelle il veut faire vite en créant des faits accomplis avant que toute la vérité ne soit dévoilée sur ses projets.
A la lumière de ces différents évènements, plusieurs remarques s’imposent, dans la mesure où elles n’ont été que peu soulignées dans cette analyse concernant ce conflit lointain qui ressemble par certains aspects à un affrontement généralisé entre chiites et sunnites. D’un côté, l’Iran avec toutes ses milices disséminées dans ces pays (avec même leurs armées sous l’ordre de ces milices) et de l’autre côté, l’axe sunnite Arabie Saoudite-Egypte qui est en train de se former pour vider la région des derniers vestiges des Frères musulmans (et de leurs branches locales), auxquels on ne peut faire confiance dans cette confrontation. Le monde arabe aura à décider de ses alliances à articuler autour de cet axe et remporter cette confrontation qui ne sera d’ailleurs que sunnite-chiite par forces interposées. D’ici là, une nouvelle carte géopolitique de la région sera dessinée surtout que l’Irak a déjà fait signe d’un basculement dans le camp perse.

* Professeur de physique
à l’Université Mohammed Premier d’Oujda et membre
du Conseil national
du Secteur de l’enseignement supérieur de l’USFP
(Fin)

Par Abdelkarim Nougaoui *
Mercredi 14 Janvier 2015

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