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L’Iran et le monde arabe

I-Iran-Irak, quelles relations ?




L’Iran et le monde arabe
A la lumière de la
normalisation des
relations Maroc-Iran enregistrée tout
dernièrement, nous avons jugé important
de faire cet éclairage sur un pays connu surtout à travers son dossier nucléaire, que nous avons amplement
développé déjà et depuis quelque temps sur les colonnes de ce même journal. Notre opinion publique a le droit de tout savoir sur ce retour à la normale avec ce pays, qui est connu au Moyen-Orient par ses capacités illimitées de nuisance. En fait, il n’y a pas uniquement le dossier nucléaire dans sa stratégie actuelle, mais c’est un pays qui se veut une puissance dans la région avec une visée expansionniste dont font les frais les pays voisins. C’est
un pays qui est rendu responsable dans toutes les opérations de
déchirement de plus d’un pays arabe, et chaque conflit interne, on y trouve la trace de cet Iran : au Liban du Hezbollah, en Palestine de Hamas, en Irak, en Syrie et au Yémen,
toujours par milices interposées. Pour des raisons d’ouverture sur tout le monde, nous ne pouvons que nous réjouir de cette
normalisation, mais
à condition de rester vigilant de peur qu’en profitant de notre
démocratie, on risque
de voir germer un
mouvement chiite
dans notre pays
et prendre vite de
l’ampleur pour aboutir
à l’irréversible. Vigilance!


Ce qu’on peut retenir de l’histoire toute récente de l’Iran, c’est son dernier empereur Mohammed Reza Pahlavi qui est arrivé au pouvoir grâce aux forces britanniques et soviétiques qui ont occupé le pays pendant la deuxième Guerre mondiale. L’objectif était de forcer le père empereur de l’époque Reza Shah à abdiquer en faveur de son fils, qui n’est autre que Mohammad Reza Pahlavi. Le père Reza Shah est ensuite envoyé en exil où il a passé le restant de sa vie jusqu’à sa mort en 1944. Cette occupation du pays a été d’une importance stratégique majeure pour les Alliés contre l’Allemagne nazie. Ayant déclaré la guerre à l’Allemagne en 1943, l’Iran s’est rapproché des puissances occidentales qui se sont engagées la même année en faveur de son indépendance. Il est devenu ensuite et rapidement membre des Nations unies.
En 1951, le Premier ministre Mossadegh nationalise l’anglo-iranien Oil Company (AIOC). Il est alors évincé du pouvoir à la suite d’un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains, l’opération Ajax. Après sa chute, Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain. En 1955, l’Iran appartient au pacte de Bagdad et se trouve alors dans le camp américain pendant la guerre froide. Mohammad Reza Shah modernise l’industrie et la société grâce aux revenus très importants du pétrole et à un programme de réformes nommé ‘’Révolution blanche’’. L’Iran entre dans une période de prospérité fulgurante et de modernisation accélérée mais la société, bouleversée dans ses racines, souffre du manque de liberté.
Les réformes entreprises par le Shah Pahlavi au cours des années 1970 indisposent de nombreuses parties de la société iranienne depuis les radicaux chiites, en passant par les nationalistes et démocrates jusqu’aux communistes. Le résultat de tout cela, de violentes manifestations ont eu lieu à la fin des années 1970 contre le régime du Shah et à chaque fois ces révoltes sont suivies de dures répressions. Sous l’effet de ces révoltes massives, le Shah quitta l’Iran pour s’exiler au Maroc en cédant la place au nouveau maître d’Iran l’Ayatollah Khomeini, chef intégriste chiite qui quitta son exil de France et rentra au pays des Perses en février 1979.
L’arrivée du Shah au Maroc n’est pas passée inaperçue, car un important mouvement de contestation fut exprimé par le mouvement estudiantin cantonné en majorité dans la grande université Mohammed V de Rabat. La levée d’interdiction sur l’UNEM venait juste d’être officiellement annoncée par les autorités marocaines, le 9 janvier 1979, ce qui a permis à ce mouvement de commencer d’abord à jeter les bases d’une nouvelle structuration de son organisation syndicale, dans l’horizon d’un XVIème congrès qui allait avoir lieu l’été suivant. Le mouvement de contestation contre la venue du Shah fut l’une des toutes premières manifestations de l’étudiant marocain dans la légalité, et l’auteur de cet article y a bien pris part.
L’arrivée de Khomeini en Iran est suivie par l’installation de la République islamique d’Iran, qui va bouleverser tout le paysage politique de la région. Dès la prise du pouvoir par les révolutionnaires, les grandes décisions ne se sont pas fait attendre, à commencer d’abord par la création du Conseil de la révolution islamique qui engage le pays dans une nouvelle stratégie à tout point de vue : d’abord la rupture des relations diplomatiques avec Israël, l’obligation pour les femmes de porter le tchador et la surveillance de la presse, notamment celle aux mains des laïcs. Sur le plan économique, c’est la nationalisation de toutes les banques, des compagnies d’assurances et de toutes les industries modernes. La République islamique d’Iran est proclamée le premier avril 1979.
Une répression sanglante a été menée d’abord contre tous ceux qui ont servi dans le régime du Shah par des exécutions arbitraires et même ceux qui ont fui le pays ont été assassinés dans leurs pays d’exil les années suivantes. Leurs alliés d’hier, toutes tendances confondues, ont subi le même traitement : détentions, tortures et exécutions. Les soulèvements qui ont suivi dans le Kurdistan et le Khuzestân sont réprimés dans le sang. Les nouveaux maîtres du pays sont les milices composées d’intégristes chiites qui s’emparent des pouvoirs locaux, créent des tribunaux révolutionnaires qui légitiment l’élimination de leurs opposants. Seule une partie de l’opposition passe à l’action, en particulier les moudjahidines du peuple qui entrent en lutte contre ces intégristes. De nombreux attentats contre des personnalités de la République islamique sont organisés par les opposants, avec plus d’une tentative de coups d’Etats menés par des officiers de l’armée. L’événement le plus spectaculaire qui a marqué la fin de l’année 1979, est l’action menée par un groupe d’étudiants iraniens contre l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, ayant pris la forme de prise en otages de 90 personnes du personnel de cette ambassade. Cela a provoqué la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays avec un embargo commercial américain sur l’Iran. Le président des Etats-Unis à l’époque Jimmy Carter a donné l’ordre à un groupe de forces spéciales héliportées de tenter une opération de libération de ces otages, mais une tempête de sable empêchant toute visibilité, a mis en échec cette opération. Toutes les interprétations ont été faites : du côté scientiste, la météo n’est jamais une science exacte et du côté de la foi, la volonté d’Allah y fut bien pour quelque chose.
Grâce à une médiation algérienne, ces otages ont été libérés en janvier 1981. Une fois la République islamique installée, ce sont les dogmes chiites qui constituent les bases idéologiques du régime et le guide suprême de la révolution n’est qu’un Ayatollah (miracle de Dieu). Cela dit, l’Iran va se tourner vers son voisinage, là où il y a une majorité chiite réprimée comme c’est le cas de l’Irak ou une minorité chiite comme le cas du Liban ou le Yémen. La nouvelle politique iranienne va connaître un nouvel élan : d’abord lancer un appel aux chiites irakiens de se soulever contre le régime de Saddam Hussein, profiter de l’envahissement d’une grande partie du Liban par Israël 1982, pour créer et armer la milice du Hezbollah comme mouvement de résistance contre l’occupant israélien.
L’Irak avec une population composée de 60% de chiites a senti le danger venir d’un régime sanguinaire qui ne recule devant rien, et anticipe en attaquant l’Iran et la région entre dans un nouvel épisode. Ce pays est constitué en grande partie de la Mésopotamie, berceau de grandes civilisations parmi les plus anciennes. C’est sur les berges de Tigre (Dijlah) que l’écriture est née, il y a 5000 ans. Aux époques achémide, parhe et sassanide, le territoire de l’Irak fut intégré dans l’empire perse, formant peu avant sa conquête par les Arabes au IIIème siècle ap. J. C., la province sassanide de Khvarvaran.
L’histoire récente de l’Irak n’a véritablement commencé qu’après la fin de la première guerre mondiale, alors occupé par la Grande-Bretagne qui a fait face à une grande insurrection en 1920. Proclamé en 1929, le Royaume d’Irak obtint sa pleine indépendance en 1932. La monarchie dure jusqu’en 1958, puis plusieurs gouvernements se sont succédé par coups d’Etat. Le parti Baath prend de plus en plus d’importance et permet l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979.
Afin de contrer les appels iraniens de soulèvements contre le régime de Saddam Hussein, ce dernier a lancé la première attaque armée contre l’Iran le 22 septembre 1980. C’est une guerre qui durera jusqu’en 1990 avec des pertes humaines considérables en Iran (plus de 600.000 tués dont de très nombreux enfants-soldats) et des dégâts matériels estimé à plus de 400 milliards de dollars. Les armes chimiques ont été employées par les Irakiens dans cette guerre, à l’issue de laquelle les deux pays n’auront réalisé aucun objectif.
Chacun des deux belligérants est sorti de la guerre complètement ruiné sur les plans économique, social, etc. L’Irak voulant rembourser les dettes à ses créanciers évaluées à 200 milliards de dollars, grâce à sa rente pétrolière. Malheureusement à l’époque, le prix du baril est tombé en dessous du seuil des 10 dollars, alors qu’un tel remboursement a été calculé sur la base d’un prix de référence estimé à 20 dollars. Accusant le Koweït et l’Arabie Saoudite d’inonder volontairement le marché mondial de leur brut, Saddam occupe pendant une nuit tout le territoire de l’Emirat en août 1990. C’est une nouvelle aventure qui s’ouvre entre l’Irak et ses alliés d’hier, les Etats-Unis et les pays occidentaux.
Pendant les dix années de guerre, chacun des deux belligérants a su manier et utiliser les armes conventionnelles de plus en plus sophistiquées, les réparer voire les perfectionner. L’avantage pour les deux pays, c’est d’avoir donc appris de nouvelles techniques de maintenance, de remise en état et la passibilité d’en fabriquer. Dès la fin de cette guerre, les feux des projecteurs médiatiques israéliens furent largement braqués sur les capacités militaires irakiennes sans le moindre signe envers celles de l’Iran. La propagande israélienne a atteint même les opinions publiques dans les pays occidentaux, et en particulier celle des Etats-Unis. Le démantèlement du dispositif militaire irakien est devenu presque une revendication israélienne, qui évoque l’existence même d’un éventuel dispositif d’armements non conventionnels (chimique et nucléaire).
De là à rester dans la perplexité, si vraiment l’Iran a pour ennemi Israël ou c’est juste de la poudre aux yeux ! Une façon d’attirer la sympathie des peuples arabes du fait qu’ils ne sont pas en mesure de capter les faces cachées de la politique iranienne dans la région, et que l’on n’a commencé à décrypter que depuis 2003, l’année de la chute du régime de Saddam Hussein. La question légitime qui reste posée est pourquoi seules les capacités militaires irakiennes furent pointées du doigt et non celles de l’Iran? Car, du côté iranien aussi, il y a eu des capacités militaires qui sont devenues plus visibles ces dernières années, mais elles sont restées dans l’ombre de toute médiatisation israélo-occidentale. Un autre facteur vient témoigner de qui est l’ennemi de qui: c’est ce qui est appelé Iran gate. L’affaire Iran gate consiste à ce qu’Israël livre des armes à l’Iran, puis les Etats-Unis rembourseraient Israël avec les mêmes armes. La vente d’armes en Israël exigeait une autorisation de haut niveau du gouvernement américain. Après avoir convaincu le gouvernement israélien que le gouvernement américain approuverait cette vente, Israël était alors obligé d’accepter la vente d’armes. En juillet 1985, Israël envoie les missiles antichars américains à l’Iran par le biais d’un trafiquant d’armes, qui était un proche du Premier ministre iranien de l’époque.
Ces ventes d’armes ont continué même en 1986, l’année où les combats ont pris des tournures sanglantes, selon un plan proposé par Oliver North, un assistant au Conseil national de sécurité américain. C’est un nom qui a fait couler beaucoup d’encre du temps de la présidence de Reggan. En février 1986, l’Iran reçoit une nouvelle livraison de missiles antichars. Le dossier a connu un grand tapage médiatique. Le bourbier koweïtien n’était-il pas qu’un piège tendu à Saddam Hussein, qui a vraiment manqué d’habileté politique et a donné l’occasion à l’Occident de profiter d’une simple résolution onusienne de se retirer du Koweït, pour passer au dossier des armes non conventionnelles dont les tractations ont duré depuis l’occupation du Koweït en 1990 jusqu’à l’invasion en mars 2003. Mais depuis son invasion du Koweït, ce pays a vécu bien des misères qu’on peut citer dans un ordre chronologique.
Juste après cette invasion, les premières sanctions ne se sont pas fait attendre: l’embargo total sur l’Irak avec la formation d’une coalition de plus de 30 pays qui sont intervenus militairement dans ce pays. En effet, le 17 janvier, le président Bush père annonce ‘’la tempête du désert’’, faisant de cette coalition un moyen d’intervention militaire avec comme objectifs la destruction du potentiel militaire et de toute l’infrastructure économique, avec bien évidemment la libération du Koweït. En six semaines, le territoire reçoit environ 80.000 tonnes de bombes, quantitativement autant que l’Allemagne pendant toute la Seconde Guerre mondiale. A la suite de ces bombardements, des milliers de familles ont été forcées de fuir le pays. Plus de 100.000 soldats ont été tués et 35.000 civiles ont péri sous les bombardements. Le 26 février 1991, Saddam Hussein annonce son retrait du Koweït et les combats cessent le 28 février de la même année. Les conséquences de l’après-guerre contiennent tous les ingrédients de la prochaine guerre de 2003. En avril 1991, l’ONU décrète un cessez-le-feu définitif et impose à l’Irak l’élimination de toutes les armes de destruction massive via la création d’une commission chargée de cette tâche, l’UNSCOM. Au mois de décembre 1991, l’ONU décide de maintenir l’embargo total sur l’Irak. En avril 1995, l’ONU vote une résolution dite ‘’pétrole contre nourriture’’, autorisant Bagdad pour des raisons humanitaires à procéder à des ventes limitées de pétrole.

* Professeur de physique
à l’Université Mohammed Premier d’Oujda et membre
du Conseil national du secteur de l’enseignement supérieur de l’USFP.

Dans notre prochaine édition :
II-La rupture entre
Bagdad et l’ONU



Par Abdelkarim Nougaoui *
Samedi 10 Janvier 2015

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