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“L’Exception marocaine” de Frédéric Rouvillois et Charles Saint-Prot, un nouveau livre dans les librairies françaises




“L’Exception marocaine” de Frédéric Rouvillois et Charles Saint-Prot, un nouveau livre dans les librairies françaises
Dans ce livre «L’Exception marocaine»  deux universitaires français, Frédéric Rouvillois et Charles Saint-Prot, essaient d’expliquer cette exception, en croisant plusieurs approches pour comprendre ce qui se passe au Maroc. Ce pays a connu  un flux de réformes continu depuis l’indépedance. Ces réformes ne posent aucun problème de principe à une monarchie qui, par définition, a conscience d’avoir la durée de son côté, comme les auteurs. Ces derniers ont le précisent présenté leur livre à l’Ambassade du Maroc à Paris, mercredi 15 mai 2013 dans le salon de la Chancellerie.
Extraits
«Une grande révolution n’est jamais la faute du peuple, mais du gouvernement. Toute révolution est impossible quand le gouvernement est assez juste et assez vigilant pour la prévenir et accorder des améliorations conformes à l’esprit de l’époque, au lieu de résister jusqu’à ce qu’une nécessité venue d’en bas l’y contraigne». Écrits en 1824 par l’un des plus grands esprits occidentaux, Goethe, alors que l’Europe résonne encore des terribles bouleversements qui se sont succédé depuis un quart de siècle. Ces mots permettent d’éclairer ce que l’on a pris l’habitude d’appeler « l’exception marocaine » – c’est-à-dire la façon dont le Royaume chérifien est parvenu à tirer parti des événements regroupés sous le slogan médiatique – et vide de sens – de «printemps arabe», sans sombrer dans les tempêtes qui les ont accompagnés presque partout ailleurs. La question qui se pose est donc toute simple : comment, ou pourquoi, le Maroc est-il parvenu à échapper à cette apparente fatalité ?
Certains éléments de réponse à cette énigme se trouvent dans la remarque de Goethe : parce que cette crise, le Maroc a su, contrairement aux autres, l’anticiper et la gérer en continuant le processus des réformes, c’est-à-dire en confirmant une exception marocaine de plus en plus affirmée. »

I. La crise anticipée
« Pour comprendre le sens de l’exception, il faut connaître la règle : et en l’occurrence, tenter, sommairement, de voir pourquoi le changement s’est montré si violent, si destructeur, dans les autres pays arabes, en Égypte, en Tunisie, en Libye, voire en Syrie. La réponse tient en deux points : le sentiment d’immobilisme, et la perte de confiance dans un pouvoir privé de légitimité.
Le premier se traduit par ce que l’on pourrait appeler le syndrome de la cocotte-minute. S’interrogeant sur les voies qui conduisent du ressentiment à l’explosion, des chercheurs observent que « face à des régimes répressifs, les populations apprennent à se prémunir contre l’arbitraire en falsifiant leurs préférences. Même si une personne se reconnaît dans l’idée d’un nécessaire changement, elle n’affichera jamais en public un quelconque comportement ou une quelconque parole susceptible de dévoiler ses véritables aspirations
[…]. Ce silence des masses donne une impression de stabilité; cette apparente stabilité ne permet pas de saisir le mouvement graduel de mécontentement qui prend forme, jusqu’à l’étincelle qui le révélera». La révolte couve et ne laisse rien paraître au dehors, jusqu’au moment où elle éclate, subitement et de façon irrépressible…»
«C’est bien ce qui pourrait se passer dans une Algérie où rien n’évolue et où les mêmes pratiques de prévarication et de répression se perpétuent depuis des décennies».
«A l’opposé, dans le Royaume chérifien, l’observateur constate un flux de réformes continu depuis la Libération en 1955. Des réformes qui ne posent aucun problème de principe à une monarchie qui, par définition, a conscience d’avoir la durée de son côté, qui ne s’interroge pas sur son terme et qui, dans cette mesure, peut s’engager dans des mutations longues, s’étalant sur plusieurs années, voire plusieurs décennies. A cet égard, le réformisme marocain confirme la remarque du philosophe anglais Edmund Burke : « Un État sans les moyens de changer se prive des moyens de se conserver»; sans les moyens, mais aussi, sans doute, sans l’habitude de le faire, comme c’est le cas au Maroc depuis le début des années 1990. C’est ce mouvement, significativement accéléré depuis l’arrivée sur le trône de Mohammed VI en 1999, qui va permettre d’anticiper la crise en se poursuivant dans deux directions complémentaires, celle d’un approfondissement des droits de l’Homme, et celle d’une modernisation des structures.
Ainsi, ont été adoptés à un rythme soutenu de nombreux textes législatifs initiant des réformes de premier plan – visant notamment à consacrer l’égalité entre les sexes (Code de la famille, 2004), la protection des libertés individuelles ou la garantie d’un procès équitable. En matière de droits de l’Homme, le réalisme consiste toutefois à ne pas se contenter d’énoncer de grands principes.
Il exige que l’on se préoccupe aussi de trois exigences capitales : en premier lieu, l’existence de structures susceptibles d’en garantir le respect et d’en sanctionner les violations. C’est ainsi que le Conseil consultatif des droits de l’Homme, mis en place en 1990, profondément remanié et renforcé en 2001, a été transformé en Conseil national des droits de l’Homme par un Dahir du 1er mars 2011, qui précise qu’il est compétent « pour connaître  toutes les questions relatives à la protection et à la défense des droits de l’Homme et des libertés, à la garantie de leur plein exercice et à leur promotion». Ce réalisme implique en second lieu que l’on diffuse dans la société une culture des droits de l’Homme, jusqu’à ce qu’ils « deviennent une seconde nature». Enfin, ce réalisme suppose, en troisième lieu, que l’on se préoccupe de la condition socioéconomique des titulaires de droits: ceux qui meurent de faim n’ont que faire de libertés formelles dont ils sont incapables de jouir, et ils furent toujours alliés objectifs de tous les despotismes, les fourriers de toutes les révolutions. D’où le lancement, en 2005, de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) à propos de laquelle le Roi déclarait que « les droits politiques et civiques n’auront de portée concrète pour le citoyen dans son vécu quotidien que s’ils se recoupent et se complètent avec la promotion des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux […

II. L’accélération
des réformes

« Ailleurs, on le sait, le « printemps arabe » s’est manifesté sur le mode de l’explosion : incapables d’anticiper la crise, les autocrates n’ont été en mesure, ni d’entendre les suppliques de la population, ni d’y répondre de façon raisonnable, se bornant à reprendre les vieilles recettes répressives qui, naguère, leur avaient si souvent permis de conforter leur pouvoir. Au Maroc, au contraire, le système avait démontré à de nombreuses reprises sa capacité d’adaptation et de transformation. Concrètement, les évolutions engagées par une monarchie essentiellement réformatrice répondaient largement aux attentes de la population. Ces réformes se sont simplement accélérées.
En annonçant solennellement le 9 mars 2011, une grande révision de la Constitution, le Roi a pris l’initiative, « renversé la vapeur», et coupé « l’herbe sous le pied des principaux opposants du régime». Le 9 mars, en effet, le Roi, après avoir tracé les lignes directrices de la future réforme, procède à la nomination d’une Commission consultative de la révision de la Constitution, composée d’experts, mais aussi de militants des droits de l’Homme. Une commission que le Souverain invite à «se concerter avec les partis politiques, les syndicats et les organisations de jeunes et les acteurs associatifs». «A cet égard, ajoute-t-il, nous appelons à une mobilisation collective pour faire aboutir ce grand chantier constitutionnel. Une recherche du consensus que l’on peut rattacher à l’idée-force par laquelle le Roi conclut son discours : « Nous avons tenu à ce que, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la Constitution soit faite par les Marocains, pour tous les Marocains». Le premier et le dernier mot concernant le projet de Constitution « revient au peuple marocain». C’est donc lui, confirme Mohammed VI, « qui se prononcera directement à ce sujet à travers un référendum libre et régulier».
Après un mois et demi de consultation et d’auditions, puis quelques semaines de débats et de mise au point, le projet de Constitution est remis au Roi le 10 juin par le président de la commission, Abdeltif Menouni. Une semaine plus tard, le 17 juin, Mohammed VI présente et explique au peuple le texte de la future Constitution, dont il est décidé qu’elle lui sera soumise le 1er juillet. La brièveté apparente des délais va susciter quelques critiques – certains jugeant trop court le temps laissé au débat politique. Stricto sensu, le peuple n’a disposé, entre le 17 juin et le 1er juillet, que de deux semaines : mais c’est pour se prononcer sur un projet qui avait été plus qu’esquissé dès le 9 mars, qui a fait l’objet d’une communication intense, notamment via Internet, la radio et la télévision, un projet à l’élaboration duquel les Marocains ont pu participer, eux-mêmes au travers de nombreux groupes auditionnés et qui, enfin, apparaît moins comme une rupture révolutionnaire, que comme une évolution annoncée, préparée et prévisible. En somme, la brièveté des délais n’a pas altéré significativement la légitimité démocratique de la consultation – tout en évitant de nourrir des impatiences, que les contestataires les plus radicaux auraient pu manipuler à leur profit.»

III. L’exception confirmée
« Ailleurs, les événements de l’année 2011 entraînant la chute de vieux autocrates ont aussi favorisé l’émergence de risques nouveaux. De nombreux observateurs constatent ainsi l’incertitude politique et constitutionnelle dans plusieurs pays, ils mettent en exergue l’immobilisme en matière de relance économique et sociale, la crise morale et l’inquiétude des populations.
Parfois, la nouvelle situation suscite d’autres inquiétudes, notamment chez les femmes, qui craignent une remise en cause des libertés qui leur avaient été accordées naguère. Plus encore, dans les pays touchés par les événements de 2011, on constate, parallèlement aux flottements institutionnels, un niveau de violence inédit, un climat d’insécurité et une montée en puissance de groupes radicaux.
Au Maroc, à l’inverse, l’évolution se fait dans la tranquillité au sein d’une monarchie constitutionnelle qui représente dans le temps et dans l’espace la continuité, l’unité et la cohésion de la nation. La monarchie est donc non seulement le socle de la permanence nationale, de l’identité et de la tradition du Maroc, mais encore le moteur des réformes et du progrès. Présentée par le Roi à son peuple le 17 juin, la nouvelle Constitution a finalement été adoptée par référendum le 1er juillet.

Y. L
Vendredi 17 Mai 2013

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1.Posté par Khoukhchani le 17/05/2013 17:59 (depuis mobile)
C'est, certes, l'exception marocaine. Mais c'est aussi le génie marocain. Toutes les fois que les Marocains, gouvernants et gouvernés, agissent main dans la main, le pari est gagné. Unis autour des bonnes causes les Marocains sont toujours victorieux

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