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L’Europe, la France et la question identitaire




L’Europe, la France et la question identitaire
Les débats sur l’identité européenne se font de plus en plus vifs dans le contexte de l’élargissement et du traité constitutionnel de l’UE. Bien que la devise «L’unité dans la diversité» soit généralement considérée comme la meilleure illustration de l’objectif de l’UE, les avis sont très partagés sur le sens qu’il faut lui donner. Le point de départ de la plupart des débats sur l’identité européenne repose sur l’idée qu’une communauté politique a besoin d’un ensemble de valeurs et de références communes afin de garantir sa cohérence, de guider ses actions et de doter ces dernières d’une légitimité et d’un sens.
Avec la chute du communisme en Europe de l’Est en 1989 et la fondation de l’Union européenne en 1992 avec le Traité de Maastricht, donnant à la communauté européenne de nouvelles compétences plus solides dans un grand nombre de domaines (affaires étrangères, sécurité et défense), deux questions ont de nouveau acquis un caractère urgent : la définition des frontières de l’UE et celle de la légitimité politique de l’Union aux yeux des citoyens – le « ciment » qui unit tous les Européens et assure la cohérence de l’ensemble.
Jusqu’à présent, l’identité de l’Union européenne a été surtout définie en termes politiques. Selon les traités, l’UE repose sur « les principes de liberté, de démocratie, du respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et de l’Etat de droit » (article 6). En cas de violation sérieuse de ces principes par un Etat membre, certains de ses droits d’Etat membre peuvent être suspendus. Selon la devise « Unie dans la diversité », l’UE doit promouvoir la diversité de ses cultures, tout en « mettant en évidence l’héritage culturel commun de l’Europe » (article 151 TCE). De plus, l’UE doit respecter les droits fondamentaux, tels que garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’adhésion de nouveaux membres, tout « Etat européen » peut y prétendre tandis que l’« Europe » et ses frontières restent indéfinies (article 49 du TUE). En outre, l’Etat doit disposer d’institutions stables et démocratiques, d’une économie de marché viable et de structures administratives adaptées (critères de Copenhague).
Certains hommes politiques et observateurs soutiennent que l’UE a besoin d’une identité plus forte, en l’occurrence celle qui ferait référence au christianisme et à Dieu. D’où des débats très animés sur la question du préambule relatif au Traité constitutionnel de l’UE adopté en décembre 2004, qui parle de l’héritage religieux.
La participation politique des citoyens des différents Etats membres à la «construction européenne», relativement faible, et l’attachement apparemment peu profond de ceux-ci à l’UE posent un problème de légitimité à cette dernière. La façon dont cet attachement et cette participation pourraient être renforcés ne donne lieu à aucun consensus. 
Ci-après, différents modèles proposés :
 
Europe de la culture ou «famille de nations»
Les « communautaristes » estiment qu’une entité politique ne peut être stable que si elle est ancrée dans une histoire et une culture communes. Ils soulignent que l’identité européenne est née de mouvements communs dans la religion et la philosophie, la politique, la science et l’art. Ils ont donc tendance à exclure la Turquie des rangs des futurs Etats membres éventuels et souhaitent tenir davantage compte de la tradition chrétienne (ou judéo-chrétienne). « Unie dans la diversité » fait ici référence à la « famille de nations » que constitue l’Europe. Sur cette base, il est grand temps de définir les frontières de l’UE.
Principaux problèmes : selon les réfractaires à cette vision des choses, il s’agit d’une forme d’« euro-nationalisme » qui entraîne des politiques d’exclusion au sein des sociétés européennes (vis-à-vis des immigrants extracommunautaires) et une polarisation de la politique au niveau mondial qui peut donner lieu, dans le pire des cas, au « choc des civilisations » prophétisé par le professeur Samuel P. Huntington.
 
Europe des citoyens ou «patriotisme constitutionnel»
Les libéraux et les républicains, par ailleurs, défendent une culture politique commune, ou une identité civique, reposant sur des principes universels de démocratie, de droits humains, de l’Etat de droit, etc., exprimés dans le cadre d’une sphère publique commune et de la participation politique (ou « patriotisme constitutionnel » pour reprendre l’expression du philosophe allemand Jürgen Habermas). Ils estiment que les identités culturelles, les croyances religieuses, etc., devraient être réservées à la sphère privée. Selon eux, l’identité européenne se formera à partir de pratiques politiques et civiques communes, des organisations de la société civile et d’institutions européennes fortes. Selon ce point de vue, « Unie dans la diversité » signifie que les citoyens partagent les mêmes valeurs politiques et civiques, tout en ayant des pratiques culturelles différentes. Les limites de la communauté devraient être une question de politique, et non de culture.
Principaux problèmes : l’attitude des libéraux-républicains est souvent critiquée pour ce qui est perçu comme une distinction artificielle entre le public et le privé, entre le subjectif et l’universel. Selon les critiques, la démocratie et les droits de l’Homme ne sont pas des valeurs universelles, mais se répandent à partir de traditions culturelles spécifiques. Les problèmes concernant les différences culturelles sont ignorés. De plus, la solidarité et les liens émotionnels qui unissent les sociétés ne peuvent qu’être le résultat d’un sentiment de vivre ensemble, et non de principes purement abstraits.
 
L’Europe en tant  qu’espace de rencontre
Les constructivistes pensent qu’une « identité européenne » pourrait naître de la coopération et des échanges intenses au niveau civique, politique et culturel. Les identités étant en constante évolution, « l’identité européenne » comprendrait de multiples significations et serait constamment redéfinie à travers la relation à l’autre. « Unie dans la diversité » signifie la participation à des pratiques politiques et culturelles communes. Il serait faux et d’ailleurs impossible de fixer les frontières de l’UE.
Principaux problèmes : selon les critiques, cette vision des choses surestime la capacité des citoyens à s’adapter à un monde en mouvement et sous-estime le besoin de stabilité. Trop de diversité peut finalement entraîner une perte d’identité, d’orientation et de cohérence, et ainsi nuire à la démocratie et aux communautés établies.
Cependant, en dépit de différences fondamentales, il existe un certain nombre de facteurs qui sont perçus par beaucoup comme des conditions préalables à l’émergence d’une identité européenne : 
1) politique : renforcer la participation démocratique à tous les niveaux et accroître la démocratie au niveau européen ; 
2) éducation et culture : renforcer la dimension européenne dans certains domaines (notamment en histoire), mettre davantage l’accent sur l’apprentissage des langues étrangères, plus d’échanges, etc.
3) cohésion économique et sociale : réduire les différences économiques et sociales.
 
Positions
Les représentants de l’Eglise catholique ont été parmi les acteurs les plus importants dans les débats sur l’identité européenne. Dans un message adressé aux membres du Parti populaire européen (PPE) le 30 mars 2006, le pape Benoît XVI a déclaré que l’Europe devait mettre en valeur ses racines chrétiennes et renforcer son sentiment d’appartenance à une civilisation commune afin de mieux relever les défis à venir.
Selon la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), une référence explicite à Dieu ou au christianisme « aurait constitué un signal fort vers l’idée d’identité européenne ». Les droits et valeurs universels, comme la démocratie ou l’Etat de droit, se sont développés à partir de l’héritage chrétien. Dans le même esprit, le PPE estime que l’Europe est parvenue à préserver un héritage culturel commun. L’idée de vivre ensemble ne peut que reposer sur des valeurs et des convictions culturelles communes. Sur cette base, il est grand temps de définir les frontières de l’UE.
A l’inverse, le groupe libéral ALDE au Parlement européen défend l’idée de l’UE en tant que communauté politique « fondée non pas sur la religion ou la foi, mais sur le respect mutuel des valeurs démocratiques et fondamentales communes ». La perspective d’adhésion de la Turquie, et le fait qu’il y ait des millions de musulmans vivant déjà dans l’UE devraient faire avancer ce processus, au moins pour éviter un «choc des civilisations ».
Durant l’été 2002, un groupe de réflexion sur l’UE, comprenant des professeurs et des politiciens renommés a conclu que l’Europe et ses valeurs ne pouvaient être «clairement définies et délimitées». Ses frontières étaient forcément ouvertes. Ainsi, «ce sont les lois sur l’immigration et les conditions d’adhésion négociées des nouveaux membres qui permettront de répondre à la question de l’identité européenne».
Dans son rapport intitulé « Construire l’Europe politique » (2004), Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre socialiste des Finances en France, écrit : « Son projet est en panne : aux questions de savoir pourquoi l’Europe et où va l’Europe, personne aujourd’hui ne donne de réponse satisfaisante. Son territoire est incertain : pour la première fois, l’Union se pose véritablement la question de ses frontières ultimes. » Les incertitudes entourant le projet européen résultent, selon Dominique Strauss-Kahn, d’une crise de légitimité et de l’absence d’identification populaire. La France et la Pologne sont les deux pays où les débats ont été les plus vifs au sujet de la référence à Dieu et au christianisme dans la constitution européenne. Dans son programme politique de 2005, le parti polonais Droit et justice (PiS) a exprimé sa satisfaction après l’échec du Traité constitutionnel, car ce dernier a, selon lui, « nié l’apport du christianisme dans la formation de la culture et de la morale de notre continent [...], il a introduit une censure antichrétienne dans la pratique constitutionnelle européenne ».
La France, par ailleurs, a été l’un des plus ardents défenseurs de la conception laïque du projet européen. Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères entre 2004 et 2005, a ainsi relayé le point de vue de la plupart des hommes politiques français en déclarant que l’UE devait rester une entité laïque respectant ses différentes traditions et religions. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a souligné qu’en acceptant la Turquie comme membre, l’UE montrerait qu’elle « n’est pas un club chrétien, mais un lieu de rencontre entre les civilisations ».
Les Européens musulmans peuvent œuvrer au rapprochement des cultures d’inspiration chrétienne, ou judéo-chrétienne et musulmane. Ainsi, et ainsi seulement pourra s’incorporer la riche culture musulmane à l’entité occidentale. Le mélange Occident-monde musulman semble totalement hétérogène, mais un amoureux comme moi de l’islam ne peut accepter cet échec. C’est oublier cette part d’Européens de confession musulmane. Il doit être possible, pour les musulmans, de trouver une voie vers l’ajustement à la modernité de le pensée, et s’approcher ainsi de l’idée grecque de démocratie intériorisée par le judéo-christianisme, fondatrice de nos sociétés occidentales. Mais pour arriver à cela, chez les non-musulmans (mais parmi eux aussi), il convient de :
    1) Se défaire de l’idée selon laquelle l’islam en France constitue un bloc monolithique.
    2) Ne plus accorder la priorité aux scénarios de la gestion sécuritaire, de l’investigation policière et de la suspicion. C’est une approche positive et réaliste de l’islam en France qui chassera tous les spectres de la radicalisation, et de la haine et de la réaction.
    3) Eviter de confondre représentation de l’islam et organisation du culte musulman.
    4) Poser des questions de fond et s’adapter avec lucidité et réalisme dans un cadre républicain ne doivent en aucun cas permettre aux politiques ni d’édicter ce qu’il faut accomplir ni d’en déterminer les modalités.
    5) Que les musulmans en France puissent élargir le débat sur la pratique et l’expression islamiques à la totalité de la communauté musulmane ; cela n’est possible qu’à la condition qu’ils s’accordent entre eux et s’appliquent à questionner les universaux islamiques pour vivre en bonne intelligence avec la collectivité globale, multiconfessionnelle et multiculturelle, dont la floraison de chaque partie nécessite la présence non pas d’une seule mais de plusieurs hirondelles. En outre, la permanence du Printemps français ne sera possible que par l’essor des diversités françaises en harmonie avec l’intérêt général.
 

Par Hamid Chriet Géopolitologue
Lundi 3 Février 2014

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