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L’Euro, une histoire de compromis




L’Euro, une histoire de compromis
Pour bâtir une maison, un architecte se doit de respecter des principes : il ne peut faire de compromis avec les lois de la physique. A bien des égards la construction de l’Euro a été une suite de compromis, qui ne pouvait inévitablement que mener à l’écroulement de la maison Eurozone.
Le premier des compromis vient sans doute de l’histoire tourmentée du continent et de ses deux rivaux continentaux, la France et l’Allemagne. Après trois guerres épuisantes avec le turbulent voisin teuton, la pilule de la réunification a été dure a avaler en France. Et face à la montée inexorable du Deutschemark depuis les années soixante, il s’agissait pour les français en perte de vitesse de neutraliser le monstre allemand : le deal fut « ta réunification contre l’Euro ».
Le deuxième compromis a été celui avec la théorie même qui justifiait supposément l’Euro : celle de la zone monétaire optimale. Deux conditions n’en ont pas été respecté :
- la mobilité des facteurs (l’absence de langue unique est un obstacle majeur) et la flexibilité des marchés (voir les marchés du travail de la Grèce, de l’Italie ou de la France…)
-  la présence d’un système de transferts entre régions pour amortir les chocs (une discipline budgétaire commune suffirait…).
Le troisième compromis est un « compromis à l’intérieur du deuxième compromis » : la France et l’Allemagne furent les premières dans les années 90 et à nouveau dans les années 2000 à s’exonérer de la discipline budgétaire.
Le quatrième compromis suit logiquement : la Grèce, démocratie dysfonctionnelle à État fortement clientéliste et à finances publiques plus que très opaques , n’aurait jamais dû intégrer l’aventure. Mais n’était-elle pas le berceau de la démocratie européenne, comme le rappelait Giscard ? N’allait-elle pas accueillir les Jeux Olympiques, vitrine de l’Europe ? Elle ne pouvait pas, politiquement, ne pas rejoindre la zone Euro.
Le cinquième compromis est celui fait dès le lancement de l’Euro avec la vision monétaire traditionnelle de l’Allemagne (pour qui la monnaie est synonyme de contrat – et non de pouvoir comme en France). La politique monétaire européenne a été menée pour rétablir une Allemagne alors homme malade de l’Europe, pour doper sa machine à exporter. Cette politique monétaire européenne par définition « moyenne » (un compromis là encore) a généré des bulles dans les pays du Sud comme l’Espagne, aggravé leurs problèmes de compétitivité et de déficits de comptes courants.
 Le sixième compromis touche au non-respect de la clause de no-bailout de la part de la BCE. On sait que le 10 mai 2010, après avoir tenu bon devant des hommes politiques qui réclamaient « une vraie banque centrale » (comprenez : qui fasse tourner la planche à billets pour financer la mauvaise gestion des deniers publics), Jean-Claude Trichet a avalé son chapeau (et son « in-dé-pen-dan-ce ») pour racheter des obligations grecques. Les traités n’ont plus de valeur…
 L’Euro devait mener la stabilité des prix. En Grèce les prix ont grimpé deux fois plus vite qu’en Allemagne sur la première décennie de l’Euro. Et quand la monétisation actuelle des dettes du Sud ne pourra plus être stérilisée par le biais de la banque centrale allemande, ce qui devrait arriver d’ici peu, l’inflation va pointer son nez. Autre compromis donc, avec une « mission » fondamentale de l’Euro.
 Au total ces sept « pêchés capitaux » de l’Euro ont mené à une trahison : on avait promis aux peuples européens la prospérité par cet instrument qu’est l’Euro ; ils ont aujourd’hui le chaos. Et alors que l’Euro était supposé n’être qu’un instrument, il devient une fin en soi, « irréversible », et ce, alors même qu’il a failli. Le MES, n’est de ce point de vue, que la continuation de cette suite de compromis, amplifiée par un aléa moral gigantesque.
 L’Euro est d’essence purement politique, et donc, fondamentalement, de « compromis ». Les européens paient aujourd’hui le prix  de cette compromission compulsive de la part de leurs élites politiques. Leur porte de sortie se trouverait, non pas dans un retour aux monnaies nationales, mais dans l’ouverture monétaire : l’Euro ne serait qu’une monnaie parmi d’autres, toutes libres de circuler sur le territoire européen, chacune rendant les services monétaires à des populations qui ne seraient plus enfermées dans le carcan du monopole – du compromis. Alors que l’innovation monétaire libère peu à peu le voisin africain, faudrait-il que l’Europe se verrouille ?
*Analyste sur www.unmondelibre.org.

Par Emmanuel Martin
Vendredi 12 Octobre 2012

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