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L’Egypte au bord du chaos : Des heurts meurtriers devant la présidence au Caire




L’Egypte au bord du chaos : Des heurts meurtriers devant la présidence au Caire
L'armée égyptienne a déployé jeudi des chars devant le palais présidentiel après des affrontements nocturnes meurtriers entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi, qui a divisé le pays en s'octroyant des pouvoirs exceptionnels.
Dans les pires violences depuis l'élection en juin de M. Morsi, au moins cinq manifestants ont été tués et des centaines blessés lors des heurts entre camps rivaux qui ont éclaté mercredi soir aux abords du palais, selon des sources officielles.
Durant toute la nuit, des batailles à coups de bâtons, de cocktails molotov et de jets de pierres ont eu lieu avec de brèves périodes d'accalmie, et des coups de feu se sont fait régulièrement entendre.
M. Morsi ne s'est pas exprimé depuis les violences. Les Frères musulmans, le mouvement dont il est issu, ont indiqué sur Twitter qu'il s'adresserait à la nation jeudi pour "discuter des initiatives pour résoudre la crise", mais une source à la présidence a dit que son intervention n'était pas encore confirmée.
Aux premières heures du matin, au moins trois chars et trois véhicules blindés ont pris position près de l'entrée du complexe présidentiel et sur une grande avenue qui le longe, dans le quartier d'Héliopolis.
Des centaines de partisans du président y étaient toujours présents, de nombreux islamistes ayant passé la nuit devant la présidence, dormant dans des tentes ou enroulés dans des couvertures.
Le calme prévalait aux abords immédiats du palais, où les manifestants scandaient des slogans en faveur du chef de l'Etat et conversaient avec les équipages des chars et leurs officiers.
Les environs du palais et les rues avoisinantes étaient encore jonchés de pierres et de bris de verre, avec de nombreuses voitures aux vitres cassées lors des affrontements.
L'Egypte traverse une grave crise politique depuis un décret du 22 novembre par lequel M. Morsi, le premier président islamiste d'Egypte, a étendu ses prérogatives et les a placées au-dessus de tout contrôle judiciaire, une situation qui s'apparente à des pleins pouvoirs de fait.
L'opposition, qui dénonce une dérive autoritaire du pouvoir, proteste aussi contre la tenue le 15 décembre d'un référendum sur un projet de Constitution, accusé d'offrir peu de garanties pour les libertés d'expression et de religion et d'ouvrir la voie à une application plus étendue de la loi islamique.
La commission dominée par les islamistes qui a adopté en toute hâte ce projet avait été aussi mise à l'abri de tout recours en justice.
M. Morsi affirme que ses pouvoirs élargis sont "temporaires" et destinés à accélérer une transition tumultueuse.
 A la suite d'appels à manifester mercredi de l'opposition et des Frères musulmans devant le palais présidentiel, la situation a dégénéré avec des heurts entre les deux camps malgré une intervention des forces anti-émeutes.
Cinq manifestants ont été tués près du palais, quatre par balle et l'un après avoir été atteint près du coeur par une décharge de chevrotine, selon l'agence officielle Mena. Le ministère de la Santé a fait état de 450 blessés.
Cinquante personnes ont été arrêtées, selon le ministère de l'Intérieur.
Des opposants à M. Morsi ont incendié des locaux des Frères musulmans à Ismaïliya et Suez (nord-est).
Sur son compte Twitter, la confrérie des Frères musulmans a qualifié les anti-Morsi de "voyous armés appartenant à l'opposition" et de "restes du régime Moubarak", provoquant la fureur des opposants dont certains l'ont accusée de "fascisme". "Mohamed Morsi. Vous êtes le responsable", a accusé la page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", qui avait contribué à lancer la révolte ayant renversé Hosni Moubarak en février 2011.
"Nous sommes ici pour la liberté, ils sont là pour la violence", a dit un anti-Morsi, Ali Gamal, devant le palais. "C'est une guerre civile qui va nous brûler tous", a déploré Ahmed Fahmy.
L'opposition a de nouveau exigé mercredi le retrait du décret de M. Morsi et l'annulation du référendum.
Mohamed ElBaradei, chef de la coalition de l'opposition, a fait porter à M. Morsi "l'entière responsabilité" des violences. "Le régime perd de sa légitimité jour après jour", a-t-il dit en le qualifiant de "répressif et autocratique".
A l'étranger, l'Union européenne et la Grande-Bretagne ont appelé à la retenue et les Etats-Unis au dialogue.

AFP
Vendredi 7 Décembre 2012

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