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L’Aïd Al Adha vu d’ailleurs

Récit d’une journée particulière




L’Aïd Al Adha vu d’ailleurs
Le jour attendu est arrivé, l’Aïd El-Kebir dont on m’avait tant parlé. Tous les Marocains de mon entourage m’avaient psychiquement préparée et nous en avions discuté au préalable. En passant de la conversation sur les joies de cette fête qui permet à toutes les familles de se réunir, à d’autres soulignant le caractère sanguinaire qui pourrait sûrement me « choquer », j’avais été prévenue, et pourtant, je ne m’attendais pas à cela.
L’organisation de la fête commence  bien avant le jour J et il est aisé de constater qu’une atmosphère différente plane sur le pays. Les moutons, tous rassemblés, sont gardés et attendent le sacrifice rituel, et on en voit quelques uns, la veille de l’Aïd partir en camion ou en voiture. C’est d’ailleurs lors de cette journée, quand il est séparé de ses congénères et ramené à domicile que l’animal bêle allègrement dans tout le pays. Pendant ce temps, les hommes s’activent et portent déjà la blouse bleue ou blanche en aiguisant dans la rue leurs coutelas.
Le jour venu, la prière matinale, réveille tout un chacun. Une fois effectuée, il est temps de célébrer la soumission d’Ibrahim à son Dieu, symbolisée par le sacrifice du mouton. La pauvre bête ne semble pas comprendre pourquoi le sort s’acharne sur elle, et on l’entend souffrir  à chaque coin de rue quand l’heure de l’abattage est venue. Les bouchers passent de maison en maison, couverts de sang  et s’empressent d’immoler l’animal selon la tradition musulmane. Les garçons s’emparent des têtes et des pattes pour les griller sur un brasier, répandant alors une forte odeur. Tandis que le mouton est dépecé, les peaux sont étendues pour les laisser sécher et les brochettes « boulfafes » sont préparées. Un spectacle impressionnant pour l’Européenne que je suis, très peu habituée à une société qui ne laisse, ne serait-ce qu’entrevoir, par quel processus la viande finit dans nos assiettes. Un sujet jugé presqu’interdit qui apparaît brutalement sous mes yeux, se combinant aux odeurs et à la vision du mouton, je tressaillis.
Il est vrai que la viande change quelque peu : les enfants mangent des nuggets dans les fastfoods sans comprendre l’origine animale, la viande se colore, se décolore, se coupe dans toutes les formes pour attirer tout un chacun et le tabou se cultive.
Faire face à un mouton mort pendu par les pattes dont on arrache tranquillement la peau peut ainsi choquer. C’est en cela que réside les critiques faites à ce rite qui peut, aux yeux des Occidentaux, paraître bizarre : cette chair montrée à tous et ces têtes de mouton brûlées arborées fièrement ne font pas partie de la culture occidentale. Un choc des cultures ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, l’Aïd Al Adha est une fête conviviale qui réunit tous les musulmans pour un moment de bonheur et de partage.

Danaé Pol (Stagiaire)
Mardi 22 Octobre 2013

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