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L'Afrique du Sud, un terreau de choix pour les auteurs de polars




Une touriste américaine court à en perdre haleine dans les rues du Cap pour échapper à des tueurs qui ont déjà égorgé son amie: cette scène de fiction, au début du dernier roman policier du Sud-Africain Deon Meyer, n'a rien de réel. Ou presque rien.
L'actualité sud-africaine est un terreau de premier choix pour les auteurs de polars: une cinquantaine d'homicides y sont commis chaque jour, l'ancien chef de la police vient d'être condamné pour avoir accepté des cadeaux d'un de ses amis mafieux, le président de la République a dans le passé été acquitté de viol...
"Pour moi, il n'y a aucun lien entre la criminalité réelle en Afrique du Sud et le crime fictionnel", assure pourtant Deon Meyer, auteur de best-sellers traduits dans 20 langues dont le dernier opus, 13 Heures, est sorti en février en français.
"La grande majorité des crimes commis en Afrique du Sud ne sont ni spectaculaires ni sensationnels. Ils ont lieu dans des communautés pauvres et cela n'a rien de sexy", souligne-t-il en marge du Salon du livre du Cap (sud-ouest).
Il n'empêche que les réflexions existentielles de son héros sont bien sud-africaines: l'inspecteur blanc Benny Griessel ne cesse de se demander quelle est sa place dans la nouvelle démocratie, où ses collègues noirs se retrouvent au premier plan.
"Je ne voulais pas écrire des polars, je voulais écrire sur l'Afrique du Sud et le roman policier s'est imposé comme une évidence", confie pour sa part Margie Orford, auteur de « Les Captives de l'aube » et « Roses de Sang » qui évoquent l'industrie du sexe au Cap ou le fléau du sida.
Les auteurs de fiction ne sont pas les seuls à se nourrir de la réalité locale et les essais sur la criminalité foisonnent sur les étagères des librairies.
L'analyste Anthony Altbeker a ainsi écrit trois ouvrages à partir des statistiques de la police et remporté un franc succès dans son pays avec "A country at war with itself" (Un pays en guerre avec lui-même, non traduit en français).
"On a beaucoup de matière ici pour écrire", reconnaît-il. "Mais ce n'est pas facile de l'utiliser pour le marché local, parce que nos lecteurs ont souvent été victimes de la criminalité et restent traumatisés." Cette hyper-sensibilité explique peut-être pourquoi Deon Meyer est plus connu à l'étranger que dans son pays, où s'arrache en revanche la trilogie du Suédois Stieg Larsson, Millénium.
C'est peut-être aussi la raison pour laquelle Louis-Ferdinand Despreez rédige les aventures du "superintendant" (commissaire) Zondi en français: « La Mémoire courte », Le Noir qui marche à pied, plutôt que dans l'une des onze langues officielles d'Afrique du Sud.
S'adresser à un public d'étranger a toutefois un revers. "Je me demande souvent si mes livres ne renforcent pas les préjugés du reste du monde sur l'Afrique du Sud", explique Deon Meyer.
"Est-ce ma responsabilité de changer ces idées préconçues, s'interroge-t-il. En fait, je ne crois pas. Ma responsabilité est de raconter une bonne histoire qui divertisse mes lecteurs, pour qu'ils aient l'impression d'en avoir eu pour leur argent." Pour lui, la recette idéale impose de finir sur un épilogue heureux.
"Je pense que nous lisons des polars parce qu'à la fin, la justice prévaut", dit-il. "Ca ne se passe pas comme ça dans la vie. Mais dans les romans policiers, les gens sont satisfaits quand le méchant reçoit ce qu'il mérite."

AFP
Lundi 9 Août 2010

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