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L'Afrique confrontée aux maladies du mode de vie occidental




Quand Rose Kariuki remarqua pour la première fois la présence d'une grosseur sur un de ses seins, le cancer, une maladie dont elle n'avait entendu parler qu'à la télévision, était la dernière chose qu'elle avait en tête.
"Pour moi, le cancer ça n'existait pas pour nous. Ça a été un choc, j'ai eu peur de mourir, j'ai eu peur de tellement de choses", explique à l'AFP cette enseignante kényane de 46 ans.
Rose figure parmi le nombre croissant d'Africains à souffrir d'un cancer. Cette maladie liée au mode de vie fait, avec le diabète et les maladies cardio-vasculaires, de plus en plus de ravages sur le continent.
Dans une étude publiée mardi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que "la plupart" des Africains présentent au moins un des principaux facteurs de risque pour les maladies non transmissibles (MNT), tels que le fait de fumer ou le manque d'activité physique.
Et selon cette étude portant sur 33 pays africains, les femmes sont les plus à risques. Rose a dû subir une mastectomie, a vu ses cheveux tomber et ses ongles devenir noirs avec la chimiothérapie, avant de guérir.
Mais ses ennuis avec le cancer ne se sont pas arrêtés là. Sa mère, âgée de 64 ans, souffrait de diabète et dépérissait à vue d'oeil. Rose l'a encouragée à faire des examens et il s'avéra qu'elle avait un cancer du pancréas.
"Je me dis que c'est peut-être le mode de vie de ma mère qui a provoqué ça. Elle vit à Nairobi, ne bouge pas beaucoup, elle ne va pas chercher de l'eau comme les femmes du village", avance Rose.
Rose s'efforce désormais de pousser sa fille de 16 ans à faire de l'exercice et à surveiller son alimentation. Elle prend aussi des cours de yoga et de danse au Faraja centre, chargé de soutenir des patients du cancer à Nairobi.
Plus grande ville d'Afrique de l'Est, la capitale kényane est l'exemple-type de ces grandes agglomérations africaines où s'étend un mode de vie de plus en plus urbain et sédentaire.
Les travailleurs passent de longues heures au volant de leur voiture coincés dans les embouteillages et restent assis à leur bureau toute la journée.
Les weekends sont passés dans des centres commerciaux, où la "malbouffe", pizzas et hamburgers, est omniprésente.
Selon l'OMS, 35% des Africains sont obèses. Alors que l'industrie alimentaire a dû s'adapter en Occident, face à la prise de conscience croissante de la population en matière de santé, c'est loin d'être le cas en Afrique. "Ils voient l'Afrique comme un terrain fertile, à cause de la faiblesse des législations et des politiques dans notre région. Ils y voient une opportunité de faire beaucoup d'argent", observe l'auteur du rapport de l'OMS, Abdikamal Alisalad.
Pour Philip Ouma, membre de l'encadrement du Faraja centre, le risque ne concerne pas seulement la classe moyenne, mais aussi les populations les moins aisées. "Au départ, ils disaient que le cancer est une maladie de riches, mais on trouve beaucoup de gens qui l'ont et sont pauvres", affirme-t-il, tout en admettant qu'il est "possible que le système de détection soit meilleur".
Quatre millions d'Africains par an mourront d'une MNT en 2020, estime l'OMS. Ce chiffre dépassera en 2030 le nombre d'Africains mourant de maladies infectieuses comme le sida ou le paludisme.
Être malade en Afrique signifie traditionnellement que vous avez attrapé une maladie infectieuse. Et les gens ne pensent pas au cancer, note Rose. "Ici, quand les gens se sentent mal, ils pensent qu'ils ont peut-être quelque chose comme la typhoïde ou le paludisme. (La plupart des) cancers se présentent de manière bizarre, donc vous pensez rarement que vous pouvez souffrir d'un cancer", dit-elle.
Alors que les hôpitaux en Afrique ont déjà souvent du mal à gérer les maladies les plus communes, le défi représenté par celles liés au mode de vie est considérable.
Dans les principaux hôpitaux publics kényans, on peut rester sur une liste d'attente pendant un an avant de bénéficier d'une chimiothérapie ou d'une radiothérapie. Il est souvent trop tard.
"Dans le même temps, les machines des hôpitaux privés restent inutilisées, parce qu'elles coûtent cher et que la majorité des gens n'ont pas les moyens de se les payer", regrette Philip Ouma.
Les patients les plus riches ont plus de chance. Nairobi compte quatre hôpitaux privés. Et les voisins, Ougandais, Ethiopiens, Erythréens, Tanzaniens, Malgaches et Seychellois ne se privent pas d'y venir.

 

Vendredi 23 Décembre 2016

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