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Kerry menace Moscou et l'ONU dénonce des "crimes de guerre" à Alep

Les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelle de la seconde ville syrienne bombardés et contraints de suspendre leurs activités




Les Etats-Unis ont menacé de geler leur coopération avec Moscou sur la Syrie tandis que le secrétaire général de l'ONU a qualifié de "crimes de guerre" les bombardements des deux principaux hôpitaux de la partie rebelle de la ville d'Alep.
Pour les ONG et des habitants, ces bombardements, mercredi à l'aube, sont des attaques délibérées du régime syrien et de son allié russe et visent à annihiler les infrastructures encore en service dans les secteurs assiégés qui manquent déjà de tout et vivent sous une pluie de bombes.
Lors d'une conversation téléphonique, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a informé son homologue russe Sergueï Lavrov que "les Etats-Unis se préparaient à suspendre leur engagement bilatéral avec la Russie sur la Syrie" si Moscou, allié du régime syrien, ne mettait pas fin aux bombardements sur Alep (nord).
A Moscou, le ministère russe de la Défense a répondu en évoquant l'envoi d'experts militaires à Genève pour une "reprise des consultations" avec les Etats-Unis. "Nous ne laisserons pas Alep devenir le Guernica du 21e siècle", a averti de son côté le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault.
Mercredi à l'aube, les deux plus grands hôpitaux de la partie rebelle d'Alep ont été contraints de suspendre leurs activités après avoir été endommagés, l'un par un raid, l'autre par un tir d'artillerie, a annoncé la Syrian American Medical Society (SAMS), l'ONG basée aux Etats-Unis qui les gère.
Au moins deux patients ont été tués et deux membres du personnel soignant blessés dans ces attaques, selon Médecins sans frontières (MSF).
"Ceci est une guerre menée contre les travailleurs de santé en Syrie", a dénoncé Ban Ki-moon, en rappelant que le droit international obligeait à protéger le personnel et les installations médicales. "Les attaques délibérées contre les hôpitaux sont des crimes de guerre", a-t-il rappelé.
Pour Diana Semaan, d'Amnesty International, de telles frappes visent à contraindre les 250.000 habitants des secteurs rebelles d'Alep à fuir vers les zones gouvernementales. "Le seul objectif de ces attaques contre les hôpitaux est d'accroître les souffrances des civils", a-elle expliqué à l'AFP.
La deuxième ville de Syrie est divisée depuis 2012 entre des quartiers ouest contrôlés par le régime du président Bachar al-Assad et des zones est rebelles. Qualifiant les attaques de "délibérées", Adham Sahloul, de SAMS, a précisé qu'il "ne restait plus que six hôpitaux en activité" dans les quartiers est d'Alep. Et "s'il y a une nouvelle offensive, cela signera l'arrêt de mort pour des centaines de personnes".
"Les gens blessés et malades qui se trouvent dans un état grave doivent être évacués d'Alepest", a plaidé MSF. "Pour le moment, ils sont piégés et peuvent mourir". "Une solution politique n'est plus une option viable dans le climat actuel" de violences, notamment à Alep, a estimé Mouwafaq Nyrabia, vice-président de la Coalition nationale syrienne (CNS), la principale formation de l'opposition syrienne en exil.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), plus de 165 personnes, en très grande majorité des civils, ont été tuées dans les quartiers rebelles d'Alep depuis le 22 septembre, début d'une vaste offensive du régime visant à reprendre ces secteurs.
L'armée syrienne avait alors appelé les habitants d'Alepest à partir vers les zones gouvernementales. Mais la majorité des habitants en zone rebelle craignent d'être arrêtés s'ils passent à Alep-ouest.
"Nous ne savons pas ce qui nous attend les prochains jours. Je crains que nous restions assiégés et que le régime avance encore vers les quartiers résidentiels. Il nous tuera tous avec des balles, pas avec les bombardements. Il n'y a pas moyen de fuir. Tous les quartiers sont visés", a confié à l'AFP Mohammad al-Rifaï, 37 ans, résident du quartier al-Chaar où il loue des voitures.
Au moins six civils ont été tués mercredi dans un bombardement d'artillerie du régime près d'une boulangerie dans la partie rebelle d'Alep, selon l'OSDH et des secouristes.
D'après le correspondant de l'AFP, le quartier de Maadi est particulièrement touché par l'armée qui frappe depuis la citadelle historique dans la Vieille ville.
Raed Saleh, le chef des Casques blancs syriens (la Défense civile en territoire rebelle, ndlr), a averti qu'Alepest ne tiendrait "pas plus d'un mois" en raison de la destruction des services publics. "Il n'y aura plus d'eau, plus d'électricité, plus de carburant et les hôpitaux ne pourront plus continuer à fonctionner", a-t-il dit. Dans la partie gouvernementale, à Aziziya, deux civils ont été tués et 10 autres blessés par des roquettes tirées par les rebelles, selon une source hospitalière.
La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante de manifestations pro-démocratie. Elle a fait plus de 300.000 morts.

 

Vendredi 30 Septembre 2016

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