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Kamal Daissaoui: Un Exécutif qui se respecte se doit de procéder par anticipation

C’est sans doute trop demander à un gouvernement qui manque totalement de vision




Kamal Daissaoui: Un Exécutif qui se respecte se doit de procéder par anticipation
«Avec toutes ces grèves annoncées, cette fronde sociale devenue, par la faute d’un gouvernement qui malmène, à force de décisions unilatérales et a fortiori impopulaires, les classes moyenne et défavorisée, parler d’une rentrée sous tension, c’est peu dire», dixit Kamal Daïssaoui.
S’il y a une rentrée de réussie, c’est bel et bien celle de l’émission phare de Luxe Radio, «Avec ou sans parure». Rachid Alaoui avait vu juste en ayant l’idée d’organiser son premier face-à-face de la saison avec la participation du membre du Bureau politique de l’USFP et président de l’Arrondissement casablancais de Sidi Belyout. Face à Nabil Benomar Belkhayat, député et président du groupe parlementaire du Mouvement populaire, l’une des composantes de l’actuelle majorité numérique, la voix du parti de la Rose et par là même, celle de l’opposition et de toutes ces couches sociales déçues ou écrasées par la politique du gouvernement Benkirane, s’est fait entendre de belle manière. Vu la force des arguments par lesquels Daissaoui  étayait ses remarques ou analyses, Belkhayat, quand il n’acquiesçait pas, avait manifestement quelque peine à soutenir le contraire.
Ainsi Kamal Daissaoui a-t-il donné le ton d’emblée. Si la FDT, en coordination avec l’UGTM, rejointes par la suite par l’ODT ont décidé de la grève du 23 septembre et si le SNESup s’est prononcé pour sa part pour une grève de trois jours (23, 24 et 25 septembre), ce n’est sûrement pas de gaité de cœur. L’enseignement justement allait occuper une place importante dans le débat. Et pour cause ! Le dirigeant ittihadi fustigera dans les normes le cavalier seul voulu et pratiqué par le gouvernement dans ses prises de décisions comme cela a été le cas pour les changements devant concerner l’âge de la retraite pour les professeurs-chercheurs qui passe à 65 ans puis à 69 ans par la suite ou celui contraignant le reste du corps enseignant à aller au terme de l’année scolaire en cours même si l’âge limite (60 ans) avait été atteint  au cours de la même année.
«C’est insensé que de prendre des décisions d’une aussi grande importance, sans passer par le dialogue social, sans faire participer les syndicats … ».
Belkhayat Benomar tentera une sortie genre :« … c’est pour parer à tous ces départs anticipés qui se font de plus en plus nombreux … » Peine perdue. Daissaoui rétorquera : «Mais c’est une aberration. Voilà donc un gouvernement qui vient de découvrir la chose comme par enchantement. Il n’a donc pas vu venir le risque de déficit en enseignants. Un gouvernement qui se respecte se doit de procéder par anticipation. Il fallait y penser depuis 2011. Mais c’est sans doute trop demander à un gouvernement qui manque totalement de vision».
Et de rappeler la situation tout aussi effarante des diplômés chômeurs : «On pouvait très bien en retenir un bon nombre pour les faire bénéficier d’une formation pédagogique notamment d’une assez longue durée (…) Mais l’actuel gouvernement doit  à l’évidence avoir un faible pour les solutions de facilité».
Gouverner, c’est surtout ne pas faire dans l’approximatif ni l’improvisation. «Il faut avoir une politique volontariste d’emploi, entonne Kamal Daissaoui. Investissement, croissance et emploi. Cela va de pair. Il n’y a pas de secret».
Croissance. Eh oui ! Avec les 2,3% actuels, on est loin, trop loin, comme il ne manquera  pas de le rappeler, des 7% promis et criés sur les toits, le temps d’une campagne, par le PJD, le parti menant l’actuelle majorité.
De la retraite, Nabil Belkhayat Benomar dressera un tableau noir pour justifier les décisions précipitées et de rafistolage auxquelles recourt Benkirane.
Si l’on en est là, précise le membre du Bureau politique de l’USFP, c’est parce que, pendant trop longtemps, l’Etat avait omis de s’acquitter de la part qu’il était  tenu de verser alors que le fonctionnaire, n’avait pas le choix pour ce qui est de sa cotisation s’élevant à 10% de son salaire. «Avec l’avènement du gouvernement Abderrahmane El Youssoufi, ce sont 11 milliards de dirhams qui ont été décaissés pour remédier à une situation devenue alors inextricable».
Le Premier ministre socialiste n’avait nullement cherché à en faire subir les conséquences aux classes défavorisées. Pour ceux qui, aujourd’hui, comptent repousser l’âge de la retraite ou qui cherchent à placer les cotisations des fonctionnaires pour la CMR à 14% au lieu des actuels 10%, c’est tout le contraire.
L’autre aberration, et non des moindres,  relevée par Daissaoui, concerne la nature des placements de toute cette manne issue desdites cotisations, et surtout à un taux dérisoire : 4%. «Le même fonctionnaire quand il sollicite un prêt, c’est un 14% qu’on lui applique comme taux !».
De cette paix sociale, dont le Maroc est en mesure de se prévaloir, et que certains tentent aujourd’hui de s’en accorder les mérites, cette paix sociale instaurée, pour rappel, depuis le gouvernement El Youssoufi. Aujourd’hui, il est question, plus que jamais, de la sauvegarder. Et pour ce faire, «il ne faut en aucun cas chercher à faire payer aux citoyens les erreurs commises par d’autres», prévient encore Daissaoui.
L’Education par la force des choses s’imposera de nouveau dans cette édition réussie de «Avec ou sans parure». «Contraindre un parent à inscrire son enfant dans le privé,  c’est porter atteinte à son pouvoir d’achat … ». Kamal Daissaoui saisira au vol la petite phrase placée par le député MP soutenant que « c’est un choix». «Justement, dira le dirigeant USFP, le problème, c’est que ce n’est pas un choix. Aujourd’hui, l’école publique ne joue plus son rôle d’ascenseur social. On l’a mis en panne. C’est d’autant plus grave que l’école publique a fait partie des premiers grands acquis du Maroc au lendemain de l’indépendance».
Il n’y a pas que l’Education, il y a aussi la Santé et la Culture. «A ces trois niveaux, l’Etat donne de plus en plus l’impression de dormir sur ses deux oreilles se contentant de donner des agréments à certains pour qu’ils investissent ces secteurs clés aux dépens des couches défavorisées ».
De la loi de Finances 2015, le représentant de l’USFP à ce débat dira ceci :«Nous ne pouvons juger sur pièce qu’une fois qu’on aura le document officiel sous les yeux. Mais, bien entendu, nous sommes pour une loi de Finances à même de répondre aux attentes des Marocains et qui privilégie l’investissement en général et celui public en particulier. Et que l’on s’abstienne de taper sur les classes moyenne et pauvre ».
En gros, Kamal Daissaoui prône que l’on favorise la consommation intérieure en passant par le renforcement du pouvoir d’achat, que l’on privilégie au mieux la qualité de l’enseignement public, que l’on investisse dans l’industrie, que l’on pense à la baisse des prix par la baisse de la pression fiscale …
« Au lieu de cela, le gouvernement ne fait que flouer les citoyens ». Le mot est lancé. L’explication est cependant aisée avec l’exemple des carburants, notamment, et tous les impôts qui profitent  à l’Etat et qui ne cessent d’augmenter au fil des hausses consécutives de prix.
Avec ce gouvernement, ce sont toujours les mêmes qui payent les ouvriers, les fonctionnaires … avec l’IGR, l’impôt à la source … et autres. « L’USFP a proposé l’instauration de l’impôt sur la fortune. Ce ne serait pas trop difficile de s’expliquer les raisons de leur refus». Eux, c’est le gouvernement, mais aussi ceux sensibles à leurs seuls intérêts.
Et s’il est clair qu’il lui reste fort à faire, à l’actuel gouvernement qui croyait que l’on pouvait gouverner avec les seuls slogans et sans programmes définis, son chef, Benkirane en l’occurrence, gagnerait, comme a tenu à le rappeler Daissaoui, à s’occuper des vrais problèmes du pays et de se garder de s’immiscer dans les affaires intérieures des syndicats, comme quand il a détourné la représentation légitime à l’étranger de la FDT. 

Mohamed BENARBIA
Lundi 22 Septembre 2014

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