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Journée mondiale de cinéma d'animation : Un art qui peine à trouver son chemin au Maroc




Journée mondiale de cinéma d'animation  : Un art qui peine à trouver son chemin au Maroc
Aujourd'hui, les professionnels du cinéma d'animation célèbrent leur Journée mondiale. Lancée en 2002 par l'Association internationale du film d'animation (ASIFA) pour commémorer la première projection publique du théâtre optique d'Emile Reynaud à Paris, au Musée Grévin, le 28 octobre 1892, cette célébration est une occasion unique de mettre la lumière sur un art qui connaît un engouement sans précédent dans le monde, mais dont la diffusion reste encore restreinte et donc difficile d'accès pour une grande partie du public. Cette année, et pour célébrer cette Journée internationale, l'Institut français de Meknès associé à l'AFCA (Association française du cinéma d'animation) et à l'ASIFA prévoit la diffusion  aujourd'hui à Meknès, en avant-première au Maroc, de l'"Illusionniste" de Sylvain Chomet, d'après un scénario inédit de Jacques Tati. Une action pour attirer l'attention sur la situation d'un art en gestation.
En effet, pour beaucoup de professionnels marocains, le cinéma d'animation national est à ses débuts. Il fait ses premiers pas et se cherche encore. Ses débuts remontent aux années 90 avec le pionner de ce genre Hamid Samlali.
"On est en train d'apprendre les ba-ba de cet art et je n'exagère pas si je dis qu'on est à des années-lumière des productions mondiales qui évoluent à des vitesses ahurissantes", a indiqué Rachid Zakie. Même son de cloche du côté de Bouslham Addaaif, acteur et metteur en scène, qui estime qu'on ne peut pas parler de cinéma d'animation purement national. Pour lui, "il y a des tentatives et des expériences disparates, genre court-métrage, pubs… mais qui restent très attachées au circuit de diffusion lié à la télévision et incapables de donner naissance à un vrai cinéma d'animation marocain".
Les professionnels du secteur sont unanimes : L'essor d'un cinéma d'animation national est pénalisé par  la carence des moyens financiers et techniques ainsi que par le manque de formation adéquate. "On manque énormément de fonds et un film d'animation demande des budgets colossaux. Pire, rares sont les producteurs marocains prêts  à investir dans ce secteur. Ils affichent peu d'intérêt à ce genre de cinéma. Je crois qu'au Maroc, on n'a pas encore saisi les enjeux économique et social d'un tel cinéma", a expliqué Rachid Zakie, critique et journaliste à 2M.
Mais si les fonds font défaut, la formation académique constitue également un handicap. Le pays manque d'établissements d'enseignement approprié, malgré l'émergence de plusieurs écoles privées.
L'ensemble des jeunes créateurs sont issus des écoles des Beaux-Arts, des écoles de design, de graphisme ou d'infographie. Des établissements qui travaillent beaucoup sur la technique et le dessin. "On a "des écoles" et  "des formateurs" dans ce genre de cinéma, mais le hic, c'est que ces formateurs ont besoin eux-mêmes de formation", ironise M. Zakie, avant d'ajouter : "L'émergence de ce genre d'écoles privées n'a pas changé la donne. Et même s'il est vrai que les écoles des Beaux-Arts donnent une formation de qualité, techniquement parlant, il n'en demeure pas moins que ces formations souffrent de faiblesse au niveau de l'écriture et de la narration qui restent simples voire simplistes".
M. Zakie estime que beaucoup de jeunes lauréats de ces établissements s'appuient dans leur travail sur l'utilisation de l'outil numérique car il est plus simple. Mais ils ratent l'essentiel, à savoir des idées claires et un scénario bien écrit pour raconter une histoire. "C'est précisément ce que je reproche à ces jeunes et c'est pourquoi j'insiste sur la formation par rapport à l'écriture et le langage cinématographique", a-t-il précisé.
Les professionnels sont donc catégoriques : "Pour qu'on puisse parler d'un cinéma d'animation, il faut évoquer la formation. Il faut créer des filières dans les écoles d'art, comme le cas des Beaux-Arts de Tétouan ou Casablanca", a insisté Mohamed Beyoud, initiateur du Festival international de cinéma d'animation de Meknès (FICAM).
Aujourd'hui, la situation est telle qu'il est difficile de citer des réalisateurs ou des créateurs marocains de cinéma d'animation. Mais, certains noms ont réussi à se frayer un chemin et s'imposer au niveau national. C'est le cas de Rachid Jadir, Farid Yazami  ou d'Issam Mohamed Hanin, l'un des pionniers de la 3D au Maroc, il y a 10 ans et qui vient de signer son premier film "Alhikma" considéré  comme une expérience unique en son genre. En effet, c'est le premier film marocain à avoir utilisé dans 50% des scènes  les techniques de l'image de synthèse et le fond bleu, avec pour la première fois des acteurs créés par ordinateur qui jouent avec des acteurs  réels.
"Le film m'a demandé un effort colossal de six mois de préparation, de repérage et story-board.  Cette  période est  importante pour le film, car les productions à l'image 3D et fond bleu demandent une très grande précision et un grand soin pour chaque détail. C'est en  même temps la période de préparation des concepts-art  pour les personnages 3D  et les décors du film", a-t-il précisé.
Le réalisateur d'"Alhikma" estime que la 3D est encore à ses débuts au Maroc et demande un grand effort de la part des écoles qui, pour la plupart, débutent dans ce genre qui pourtant a de l'avenir au Maroc. "Dommage qu'il y ait vraiment très peu d'écoles qui accordent une importance à cette spécialité", s'est-il désolé. Mais notre réalisateur ne compte pas croiser les bras, il vient de créer sa propre école de formation.
Au Maroc, on ne peut pas évoquer le cinéma d'animation sans parler du FICAM, qui a su se faire reconnaître par les professionnels comme le premier Festival de cinéma d'animation d'Afrique et du Maghreb. Créé sous l'impulsion du directeur de l'Institut français Serge Grazziani, le Festival a participé aux conditions d'une professionnalisation des talents marocains du monde de l'animation, en proposant des rencontres professionnelles propices à la construction de projets au sein des industries créatives élargies à de nouveaux secteurs (Internet, jeux vidéos, publicité). Pour les professionnels du cinéma d'animation marocain, le FICAM a suscité la question de l'existence de ce cinéma. Il a même changé le visage de l'animation au Maroc et donné l'occasion aux jeunes d'acquérir une formation solide. "S'il est vrai qu'il y a d'autres initiatives comme le Festival de Tétouan ou Casa, le FICAM reste un rendez-vous incontournable pour les professionnels du secteur", a affirmé M. Zakie.
De son côté, M. Bayoud pense que l'idée de ce Festival était née précisément pour faire bouger les choses face au vide constaté à ce niveau: "L'idée de départ était d'accueillir les jeunes créateurs marocains et  d'essayer de participer à leur formation, en leur offrant de nouvelles perspectives et l'opportunité de se frotter à d'autres expériences beaucoup plus riches et fortes". Cette stratégie a fini par payer. Elle a donné naissance à une génération de jeunes réalisateurs, même s'ils ne sont que cinq ou six. C'est l'exemple de Amine Bakouri, un diplômé des Beaux-Arts qui, grâce au FICAM, a pu achever ses études et travailler avec d'autres jeunes pour leur premier film d'animation. Ce même groupe a pu créer sa propre boîte de production et initier le Festival Casa-anime.
"Les espaces de formation restent très limités en dehors des ateliers du FICAM. Ce dernier a pu dynamiser ce champ cinématographique. Certes, beaucoup de chemin reste à faire, mais l'entreprise est prometteuse ", a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Jeudi 28 Octobre 2010

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