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Journée d’étude des Groupes socialistes au Parlement

PLF2016 Grands risques de paupérisation




 
Habib El Malki  : Le budget général de l’Etat est en totale contradiction avec les orientations économiques du Maroc
 
Ahmed Laâqed  : Le gouvernement hypothèque l’avenir du pays

Tarik El Malki : Le Maroc doit penser à instaurer une véritable politique d’incitation à l’innovation
Le PLF 2016 a été décortiqué, sous toutes ses coutures mardi dernier, à Rabat, par les Groupes socialistes. De troublantes données ont été mises en lumière par un panel d’experts en économie et auxquels il n’est pas superflu de tirer chapeau puisqu’ils ont permis à l’assistance et à travers les médias, aux communs des mortels de saisir l’ampleur du PLF en question ainsi que son réel impact sur l’économie du pays et par ricochet sur le citoyen marocain.
«Le PLF 2016 est en totale contradiction avec les objectifs fixés et les orientations globales de la politique économique du pays». Tels ont été les maîtres-mots de Habib El Malki, président du Conseil national et membre du Bureau politique de l’USFP, qui a affirmé que le paradoxe se manifeste principalement par les deux indicateurs cités dans le PLF, à savoir ramener le déficit budgétaire à 3,5% et fixer le taux de croissance de 3%. Et d’expliquer que la logique économique n’admet pas cela, parce que tout simplement, une vraie réduction dudit déficit exige un taux plus élevé !  M. El Malki n’a pas manqué également de faire savoir que ce sont l’activité économique, la création de richesse et l’élargissement de l’assiette fiscale à travers des ressources, qui aident concrètement à réduire le déficit budgétaire et non le contraire ! Le la est ainsi donné. Ce qui démontre encore une fois, s’insurge-t-il, la grande immaturité politique de ce gouvernement actuel doublée de son manque de logique économique ainsi que de la non-maîtrise de tout ce qui se rapporte, de près ou de loin, à l’analyse économique.  Cela prouve également que ces chiffres sont loin de refléter ce qui pourrait aider, de manière concrète, dans l’exécution de ce que le gouvernement est en train de promettre, à tout-va, a-t-il ajouté, avant de déclarer, sans équivoque, que le budget de 2016, serait de nature à paupériser les citoyens.
«Nous ne disons pas cela parce qu’on fait partie de l’opposition mais parce que la logique voudrait que l’on assimile qu’en fixant le taux de croissance à la baisse, le gouvernement chercherait à engranger des moyens facilement pour s’approcher des 3,5% concernant le déficit budgétaire», souligne M. El Malki qui précise que ces solutions sont plutôt traditionnelles sans oublier que les intentions de l’actuel Exécutif serait de faire augmenter les impôts et, surtout,  ceux qui se rapportent aux produits de grandes consommations, tels ceux destinés au logement social et à l’alimentation (maïs, blé, beurre…). Pis encore, M. El Maki a insisté pour relever qu’il y a eu diminution des subventions pour arriver au montant de 15,5 MMDH au lieu de 23 MMDH en 2015. D’après toutes ces données, il s’avère que cela peut entraîner une crise de confiance politique du côté des citoyens ainsi que l’approfondissement des écarts sociaux et territoriaux, dit-il. Et d’ajouter qu’il y a persistance de la crise de confiance chez les opérateurs économiques, notamment ceux du BTP.
Aussi, M. El Malki a-t-il fait état d’un autre point négatif dans le PLF. Il concerne la régionalisation. «A vrai dire, ce PLF est rétrograde en comparaison avec ce qu’apporte le plan de régionalisation, qu’on espère et ambitionne, avancé dans son contenu, sa gouvernance et ses attributions», signale-t-il ajoutant que le gouvernement devait ouvrir de nouvelles perspectives pour le PLF et permettre, à travers cela, que la région devienne un acteur économique, social et politique, voire un véritable partenaire.  Ce qui prouve donc que le gouvernement reste prisonnier de la conjoncture actuelle et dénué de toute vision nouvelle concernant les affaires économiques et sociales, relève-t-il.
Quant au financement des régions, on est vraiment loin du compte. Habib El Malki a affirmé, à ce propos, que les 4 MMDH prévus dans le cadre de la régionalisation est loin d’être au diapason des nécessités induites par un plan de régionalisation avancé censé être une entrée pour une réforme structurelle et profonde, ajoutant que toutes ces données confirment que le temps est arrivé d’établir de nouvelles bases pour un nouveau modèle de développement. Et d’expliquer que si  l’actuel modèle s’est épuisé et qu’il est devenu dépassé parce qu’il n’a pas pu établir une base économique et sociale solide et durable pour garder un niveau de croissance correct entre 4 et 5%. Et ce n’est pas tout. En économiste averti, il a mis en exergue la moyenne de ce taux durant les 5 dernières années qui n’a guère dépassé les 3,1-3,2%. Cela dénote et confirme, poursuit-il, le recul de l’économie marocaine ainsi que sa vulnérabilité.
Autre bémol, depuis 50 ans, le moteur essentiel de l’économie marocaine demeure la pluie et ce, quand elle tombe en temps opportun, affirme-t-il se demandant comment peut-on, alors, espérer que notre économie devienne émergente ?
«Notre ambition est donc d’avertir l’opinion publique que le gouvernement n’est pas un gouvernement responsable et qu’il ne nourrit pas de grandes ambitions pour l’avenir », conclut-il, non sans amertume mais loin, en tous cas, de toute volonté de dorer la pilule.
Lui emboîtant le pas, Ahmed Laâqed, chercheur, a tiré à boulets rouges aussi sur l’actuel gouvernement.  A la lecture du PLF 2016, l’on peut déceler une pointe de démarches traditionnelles sans aucun brin ni soupçon de renouveau ou forme de vigueur à l’horizon ainsi que l’absence manifeste d’une stratégie globale et en phase avec les différents domaines économiques et sociaux. En clair, pour M. Laâqed,  la conception du gouvernement semble être restée focalisée sur une vision fragmentaire de l’économie nationale qui considère que tous les secteurs ne sont pas nécessairement complémentaires entre eux. L’autre point inquiétant soulevé par cet expert est que le PLF 2015 ne nous renseigne pas sur les tenants et les aboutissants des panoplies de visions stratégiques et plans sectoriels en tous genres lancés entre 2012 et 2015.
De même, l’argumentaire en la défaveur de l’actuel Exécutif continue de plus belle en s’assortissant d’interrogations légitimes : fallait-il vraiment injecter des sommes exorbitantes pour l’installation progressive de radars fixes à travers le Royaume pour, soi-disant, lutter contre le phénomène des accidents de la route ? Et la liste est loin d’être exhaustive des décisions prises à la hâte et qui se révèlent, au bout du compte, très onéreuses pour le contribuable. A l’instar aussi de la question de l’investissement public, dont une enveloppe de 740 MMDH a été allouée sous l’ère de ce gouvernement et programmée dans les projets de loi de Finances consécutifs entre 2012-2014, renchérit-il, se demandant, dans ce sillage, quels sont, véritablement, les états des lieux de ces programmes ? Et quels sont leurs impacts économique et social sur la société marocaine ? 
Sur le plan régional, M. Laâqed touche au vif en évoquant la répartition inégale des budgets d’investissement accordés aux régions faisant savoir que deux régions, en l’occurrence celle de Casablanca et de Rabat, ont raflé la mise sur les 10 autres existantes.
En décodé,  a priori rien de nouveau à l’horizon, selon M. Laâqed, à part peut-être un scénario catastrophique qui pointe son nez et ce, à la vue du grand manquement du PLF : il ne comporte aucunement de mesures concrètes qui seraient à même de concrétiser les attentes prioritaires de la population.  Ce qui amène M. Laâqed à évoquer, à juste titre, un danger qui hypothèque l’avenir du pays, qui est le poids de la dette extérieure, qui concerne l’endettement d’institutions publiques, comme l’ONEE à hauteur de 52 MMDH, l’ADM à 36 MMDH  et l’ONCF avec plus de 17MMDH, selon les chiffres officiels de 2013. Traduction pour les néophytes : des institutions publiques endettées et assommées à coups de lourdes impositions se verront  contraintes et forcées de répercuter sur le consommateur marocain. De ce fait, l’impact réel de ce PLF ou de ces prédécesseurs s’avère négatif sur les bourses des citoyens avec d’abord, l’entrée en vigueur depuis janvier dernier du taux de la TVA à 20% au lieu de 10% imposable à la société des Autoroutes du Maroc (ADM). Ensuite l’ONCF se devra aussi de payer 20% contre 14% à partir de janvier prochain…Et ainsi continuera ce cycle vicieux dont les premières victimes sont les citoyens.
A la lumière de cela, le chercheur conclut en dressant un tableau prévisionnel assombri doublé d’un bilan triste, voire inquiétant dans certains secteurs vitaux  notant que le gouvernement n’a non seulement pas respecté ses engagements mais il a aussi cherché à adopter une politique d’austérité en usant de mesures austères…
Même son de cloche du côté de Tarik El Malki, professeur à l’ISCAE, qui a, non seulement, fait une sorte de rétrospective de la rencontre, mais aussi présenté les grandes lignes d’un nouveau modèle de croissance soutenable et durable dont aurait besoin le Maroc pour les 10 voire 20 prochaines années. 
Ainsi, il a fait ressortir, d’emblée, des tendances qui ont caractérisé l’évolution du Maroc depuis 15 ans et dont le premier constat qui émerge est que la croissance nationale est faible, volatile, instable et est largement tributaire des aléas climatiques contrairement à ce que le gouvernement fait croire. Plus  grave encore, elle est très peu créatrice d’emplois. L’économiste dévoile, à ce titre, un chiffre pour bien mesurer cette donne : depuis les 5 dernières années, la moyenne de la croissance a été en deçà de 4%, alors que durant la décennie 90, elle était de 5% ! Nous avons donc reculé en termes de seuil de croissance, ce qui prouve l’échec cuisant du gouvernement, dégage-t-il ajoutant que les équilibres macroéconomiques fondamentaux sont déjà mis à mal malgré l’amélioration notable de certains indicateurs, notamment le déficit budgétaire qui a pu être ramené de 7% en 2012 à peu près 5% en 2014. «Au niveau de la dette, l’on dépasse les 70% du PIB avec une dette extérieure qui totalise les 300 MMDH aujourd’hui et un déficit de la balance des paiements qui est aux alentours de 6%, ce qui fait en sorte que le Maroc affronte un déficit jumeau, un double déficit qui est celui du trésor et de la balance des paiements», a-t-il développé.
Par ailleurs, l’intervenant a eu également le mérite de s’attarder sur la dramatique situation de non emploi des jeunes. La compétitivité à l’export est également mise à mal, signalant, par la même occasion que l’environnement des affaires au Maroc est assez instable et ne permet donc pas l’instauration d’un climat de confiance pérenne.
D’où l’importance  des orientations stratégiques du futur modèle de croissance, affirme-t-il précisant qu’il s’agirait, d’abord, de mettre en place un système de croissance qui soit extraverti, tourné vers l’export et qui permette véritablement, la mise en place d’une base compétitive pour les entreprises marocaines.
Pour ce qui est du cadre d’intervention de ce futur modèle, cet économiste se base sur un certain nombre de scénarii et de simulations faites en la matière. Ainsi, il indique, de prime abord, que la politique de l’offre sera corrélée au raffermissement et à la consolidation de l’ensemble des politiques sectorielles qui existent en expliquant que la consolidation de la politique de l’offre serait liée à la réhabilitation du rôle de l’Etat. « L’Etat doit pratiquer ce que j’appellerai un interventionnisme intelligent. Comment ? En créant une structure de pilotage ad hoc qui sera chargée de coordonner et de mettre en cohérence l’ensemble des plans sectoriels, et ce sous l’égide du Haut-commissariat au plan, mais qui reste cantonné dans un rôle  de producteur de statistiques», propose-t-il.
Toujours à propos de ce nouveau modèle, l’économiste donne l’exemple du secteur des énergies renouvelables dont l’idée serait de mettre progressivement en place une véritable politique de valorisation du secteur. Il faut savoir, poursuit-il, que ce dernier secteur peut d’ici 2030 représenter à travers notamment le photovoltaïque et l’éolien à peu près 5 % du PIB ainsi que la création d’une dizaine de milliers d’emplois. Et d’éclairer l’assistance sur l’externalité positive qui permettra au pays de diversifier ses sources d’approvisionnement, ses sources d’énergie à travers la réduction de sa dépendance énergétique. Et elle peut diminuer de moitié si l’on monte en gamme au niveau du secteur des énergies renouvelables, conseille-t-il.
Le secteur industriel n’est pas en reste dans l’exposé de Tarik El Malki puisqu’il le qualifie carrément de sorte de planche de salut du Maroc.
Quoique, selon cet expert, le bilan sous le ciel marocain reste mitigé, eu égard à l’annonce de la création d’un Fonds d’investissement industriel lancé par le ministère de tutelle et doté d’un budget de 20 MMDH alors que seulement 3 MMDH seront approvisionnés sur la période 2015-2020.
Il s’agirait également pour ce docteur en sciences économiques, par rapport au rôle de l’Etat, d’une réorientation d’une partie de l’épargne publique à travers la mise en place et la création de fonds souverains dans des secteurs à forte valeur ajoutée. De même, il estime que le Maroc doit penser à instaurer une véritable politique d’incitation à l’innovation qui doit notamment reposer sur l’augmentation de la part de la recherche-développement dans le PIB, arguant qu’il faut savoir qu’aujourd’hui moins de 1% du PIB marocain leur est consacré, alors que dans certains pays, il est de 5%! Donc l’objectif pour le Maroc est d’au moins consacrer 2% du PIB à la R&D, appuie-t-il.
Il enchaîne ensuite sur la fiscalité au Maroc qui reste, hélas, aussi très injuste et inéquitable. La preuve par quelques chiffres, dit-il, en soulevant la fiscalité sur les revenus du travail qui est à peu près à hauteur de 35% et la fiscalité sur le capital qui est de 16%. Selon lui, l’idée serait de faire converger ces deux taux à travers une véritable réforme de l’IR qui serait basée sur une baisse de l’imposition sur les classes moyennes tout en favorisant la création d’emploi dans notre pays. Et toutes ces mesures fiscales, d’après des simulations, peuvent générer près de 50 MMDH de recettes supplémentaires. Et de conclure que tout cela n’est, en fait, qu’une ébauche de conditions à même de permettre au Maroc de passer du statut de pays en développement à celui de pays véritablement émergent.
 

Meyssoune Belmaza
Samedi 31 Octobre 2015

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