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Jeff Sessions, l'inflexible éminence grise de Donald Trump




Avec ses cheveux blancs soigneusement peignés et le calme dont il ne se départ jamais, Jeff Sessions affiche a priori une bonhomie rassurante. Mais cet ultra-conservateur très proche de Donald Trump, qui l'a nommé ministre de la Justice, est un tacticien radical, inflexible dans la tourmente.
Quand les deux hommes du même âge sont à côté, difficile d'imaginer un tel contraste.
M. Trump est plutôt grand et corpulent, M. Sessions est petit et frêle d'apparence. Le premier est exubérant et a le verbe outrancier. Le second a une voix flûtée et choisit ses mots avec soin.
Sur le terrain des origines et de la famille, l'opposition se vérifie: Donald Trump est un milliardaire né à New York, Jeff Sessions est issu du Sud profond de l'Amérique, où son père tenait un magasin avec une clientèle rurale. L'un se voit reprocher ses goûts bling-bling, l'autre est parfois raillé pour son train de vie frugal.
Le président s'est vanté d'accumuler les conquêtes féminines et s'est marié trois fois, avec une actrice et deux anciennes mannequins. Son fidèle ministre a, lui, choisi une bien sage professeure d'école, active dans les bonnes œuvres paroissiales, le couple cinglant vers ses noces d'or.
Il existe toutefois un point commun crucial entre MM. Trump et Sessions: il y a quinze mois, rares étaient ceux qui leur voyaient un brillant avenir politique.
Le premier était un magnat des affaires doublé d'un bateleur télévisuel. Le second n'était que sénateur du petit Etat de l'Alabama et un acteur marginal au sein du Parti républicain.
Ils ont scellé une alliance anti-establishment et accroché ensemble leurs ambitions sur une voie qui les a conduits jusqu'à Washington.
Ils partagent les mêmes convictions d'une Amérique gangrénée par l'immigration clandestine, où les travailleurs blancs sont injustement écartés, où les valeurs chrétiennes ne sont plus respectées et où l'ordre public est sacrifié au laxisme ambiant.
Voilà désormais Jeff Sessions dans la tourmente, accusé d'avoir caché des contacts l'an dernier avec l'ambassadeur russe à Washington. Le ministre a promis de se récuser, au moment opportun, de l'enquête en cours. Il sait que le président peut difficilement se permettre de perdre son bras droit.
Jefferson Beauregard Sessions III a reçu le prénom de son père et de son grand-père, qui lui-même le tenait de Jefferson Davis, le président des Etats confédérés sudistes pendant la guerre de Sécession.
Ce contexte doit être pris en compte pour se figurer la jeunesse du futur sénateur, dans un Alabama émergeant très laborieusement de la ségrégation raciale.
Jeff Sessions est né à Selma, ville connue pour la répression policière qui s'était abattue sur des militants pacifiques marchant pour les droits civiques.
Pour ses détracteurs, cet ancien scout diplômé de l'université de droit de l'Alabama continue de porter cet héritage raciste, en plus de ses autres convictions en faveur de la peine de mort ou contre l'avortement.
Des propos très critiqués qu'il a tenus dans les années 1980 l'ont poursuivi toute sa carrière, sans entraver cependant sa confirmation au poste d'"Attorney general" le mois dernier, par un Sénat à majorité républicaine.
En 1986, alors procureur fédéral en Alabama, il avait reproché à un avocat blanc de faire "honte à sa race" en défendant des clients noirs. Il avait plus tard reconnu avoir tenu ces propos.
Il se serait aussi adressé à un procureur noir en l'appelant "boy", un terme à forte connotation raciste aux Etats-Unis.
Ces propos avaient été mentionnés lors d'une audition en 1986 devant le Sénat qui examinait sa candidature au poste de juge fédéral. Il avait réfuté l'utilisation du mot "boy" et fait passer des commentaires semblant excuser le Ku Klux Klan comme un trait d'humour ne pouvant être pris au sérieux.
De manière tout à fait inhabituelle, sa nomination avait été rejetée. Cela ne l'a pas empêché d'être élu et réélu plus tard au Sénat sur un programme conservateur pur et dur, dans lequel il vantait sa fermeté dans la guerre contre les drogues.
Jeff Sessions, 70 ans, est convaincu que plus les peines de prison sont longues, moins il y a de criminalité, une idée qui a pourtant été fortement remise en question ces dernières années.
L'homme aux fines lunettes et au fort accent méridional supervise désormais le FBI, les procureurs fédéraux, le Bureau de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF), l'administration pénitentiaire, le Marshals Service (USMS) et l'agence de lutte antidrogue (DEA).
On estime qu'il a largement inspiré la politique anti-immigration controversée de Donald Trump et que, concernant le récent retrait de directives protégeant les droits des transgenres, il a obtenu le dernier mot face à sa collègue de l'Education, Betsy DeVos.

Libé
Samedi 4 Mars 2017

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