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Jef Aérosol : Je ne pratique pas le vandalisme et je suis très respectueux du patrimoine et des lieux




Jef Aérosol : Je ne pratique pas le vandalisme et je suis très respectueux du patrimoine et des lieux
Jef Aérosol est un artiste 
pochoiriste français issu de la première vague de l’art 
urbain des années 80. Un des pionniers incontournables du street-art, reconnu aux quatre coins du monde : 
de Beaubourg à la Grande Muraille de Chine 
en passant par Rome, 
Chicago ou Tokyo.  Il est 
actuellement au Maroc pour une exposition intitulée 
«Jef Aérosol part en flèche». Entretien.
 
Libé : Pourquoi avoir fait le choix du street-art ?
 
Jef Aérosol : « Je n’ai pas choisi, car quand j’ai commencé, le concept de «street-art » n’existait pas encore. En 1982, lors de mes débuts, je suis arrivé dans une ville que je ne connaissais pas et où j’avais été marqué par le « pop art » et tout ce qui  s’était passé auparavant. J’ai toujours dessiné, peint, fait de la photo, beaucoup de peinture, du travail à la plume... Je n’ai pas commencé par la rue. 
 
Vous avez créé de nombreuses œuvres d’art, notamment dans des lieux mythiques. Comment procédez-vous au choix des lieux ? 
 
Il y a beaucoup de choses que je fais sans autorisation. Par exemple, quand j’étais en Chine, à Pékin ou au Japon, j’ai été invité pour des événements officiels. Une fois sur place, j’en ai profité pour me balader et poser des œuvres dans la rue. C’est également ce que j’ai fait quand je suis allé à la Grande Muraille où j’ai créé le «sitting kid» ; je n’ai demandé d’autorisation à personne.  Après j’étais  invité dans des expositions et j’emportais souvent des choses à coller comme pour Essaouira, Marrakech ou encore ici. Quand il s’agit de fresques qui sont officielles, c’est très différent, car il y a une logistique, c’est-à-dire des structures et des autorisations nécessaires.
 
Votre art est-il parfois considéré comme du vandalisme ? 
 
Je n’ai jamais eu de problème en trente ans de carrière. Je ne pratique pas le vandalisme et je suis très respectueux du patrimoine et des lieux. Le but n’est pas de vandaliser, détruire ou dégrader. Je fais tout pour essayer d’être en harmonie avec mon âme ainsi qu’avec les lieux que je visite. C’est ce qui explique que je n’ai pas connu de problème avec la police. Parfois, je crée des œuvres plus provocatrices mais elles sont très souvent en papier collant. Ainsi, il suffit d’un coup d’éponge pour faire disparaître mon œuvre. De même, quand je travaille sur de vieilles pierres, c’est toujours du collage. Au contraire, quand je peins directement, je l’effectue sur des maisons en ruine, des palissades … Parfois, il arrive que des gens considèrent que je vandalise, mais je n’ai jamais eu de procès ou d’amende, contrairement à certains de mes confrères. 
 
Que conseillerez-vous aux jeunes qui souhaiteraient faire du street-art ?
 
Je ne conseille rien à quiconque. J’ai toujours été autodidacte. Il est ainsi dur pour moi de concevoir que j’ai quelque chose à enseigner. Quand j’étais enfant, la musique et les images étaient des brèches pour échapper au contrôle sur l’ensemble de la société. Il était donc hors de question que je reproduise les mêmes schémas. En discutant avec les jeunes, je me rends souvent compte qu’ils m’apprennent bien plus que ce que je peux leur apprendre. Il y a un dynamisme chez la jeunesse qui m’impressionne. Je n’ai rien à leur apprendre si ce n’est de la patience et ne pas rechercher l’argent ou le succès. Je peux transmettre des manières de voir la vie et de concevoir l’existence. Chez les jeunes, il y a parfois une impatience et une envie de réussir qui n’existaient pas à notre époque. Dans les années 70, nous roulions en 2 CV et c’était notre façon de se distinguer... Je déplore parfois que la jeune génération recherche la richesse  immédiate. 
 
Préférez-vous exposer dans la rue ou en galerie ? 
 
J’ai exposé en galerie avant même d’être dans la rue. Ce que je présente dans les galeries n’est pas forcément ce que je présenterais dans la rue et vice-versa...  Le travail sur toile/papier/bois est un travail sur le format, c’est-à-dire  une image limitée par quatre angles et quatre côtés. Ce travail sera forcément hors contexte, c’est-à-dire qu’il sera dans une galerie, un appartement... et peu importe que le mur soit blanc, rouge ou bleu ; il faut que le travail soit présent.
Dans la rue, au contraire, l’image apporte peu. C’est le choix du contexte qui importe, car la rue fait partie intégrante de l’œuvre. Dans la rue, je ne vais pas faire un portrait serré ou un cadrage. Si je modifie le format de la toile, c’est qu’il y a une ligne naturelle pour créer une rupture (diagonale d’une gouttière, forme d’un mur...). La rue est un lieu de travail très particulier car c’est un art purement contextuel. 
 
Au Maroc, comment est accepté cet art urbain ?
 
Au Maroc, j’ai vu assez peu d’œuvres dans la rue. Cependant, j’ai vu des choses intéressantes dans l’ancienne Médina de Casablanca.  Je pense que l’art urbain est en train de se développer dans le Royaume. 
Le Maroc tend à une libéralisation, et de ce fait, il y a un côté positif qui peut également s’avérer être un danger. L’universalité fait qu’on tend tous vers une seule et même chose dans tous les pays. Si l’image dans la rue au Maroc est la même qu’à New York ou Paris, ce serait dommage. Il faut une identité, qui passe par l’affranchissement de certaines règles imposées tout en étant très respectueux.
J’ai pour projet avec la «  Galerie 38 » d’aller travailler dans le Haut Atlas avec, si possible, la population locale. J’aimerais prendre en photo les habitants et peindre leurs portraits dans leur village sans les heurter ni les choquer...
Je souhaite que l’art marocain se développe de façon populaire. C’est d’ailleurs pour cela que je travaille dans la rue ; c’est rendre ainsi aux passants les images qui viennent d’eux. Il est important de rester en phase et en contact direct avec les populations. 

Propos recueillis par Danaé Pol
Samedi 29 Mars 2014

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