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Jean Michel Ducomte : «Le Maroc a eu l'intelligence d'organiser des réformes pour la parlementarisation de la Monarchie»




Jean Michel Ducomte : «Le Maroc a eu l'intelligence d'organiser des réformes pour la parlementarisation de la Monarchie»
Jean-Michel Ducomte,
avocat spécialiste de droit public, maître de
conférence de droit public
à l'Institut d'études
politiques de Toulouse,
et président de la Ligue de l'enseignement Terranova,  a accordé un entretien à Rachid Wahib, directeur responsable du site web Maghrebinfo sur le thème : Le monde arabe et le Maghreb aujourd'hui.


A propos de la différence sémantique entre révolte et révolution, il explique que dans le monde arabe, ce sont les révoltes qui ont eu lieu contre des dictatures, des régimes tyranniques, et en réponse à la négation des libertés individuelles et des besoins les plus élémentaires d'une société. Ce sont ces révoltes qui ont permis aux peuples de Tunisie, d'Egypte, et de Libye de se débarrasser  de leurs dictateurs. Mais tout reste à faire en terme de révolution et du chemin démocratique. Selon lui, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions lorsque l'on voit le temps qu'il a fallu à la France pour mettre en pratique les revendications de 1789. Surtout lorsque l'on sait que dans certains pays comme la Tunisie, la révolte n'a pas abouti à ce qu'espéraient ses initiateurs. En effet, l'accès au pouvoir des frères musulmans a mis fin à la laïcité du régime de Ben Ali.
Lorsque Rachid Wahib lui demande s'il faut se concentrer dans les pays concernés sur les droits de la femme ou les droits de l'Homme en général, il répond que toute infériorisation faite à la femme « ruine » la conception même que se fait une société des droits humains.
Selon lui, le Maroc et la Tunisie sont les pays qui s'en sortent le mieux. La Tunisie pour le rôle de détonateur qu'elle a joué dans le «Printemps arabe», et le Maroc pour «l'intelligence» qu'il a eue pour engager des réformes vers une parlementarisation de la monarchie. En effet, il a expliqué que le Maroc est une monarchie de droit divin, une des dernières avec le Vatican et la Jordanie car le Roi Mohammed VI est le Commandeur des croyants. La prochaine étape que la Constitution de 2011 vise à mettre en place  que le Roi devienne juste une autorité morale, un recours, et que « l'essentiel du fonctionnement des institutions résulterait d'une interlocution entre un Parlement démocratiquement élu et un gouvernement issu de la majorité parlementaire ». Le deuxième facteur qui fait que ces réformes engagées sont importantes, c'est l'attention accordée à la société civile( syndicats, associations, presse…), « ce qui fait tenir une société debout », mais il ajoute que cela ne peut être efficace sans une éducation car le Maroc a un retard important dans ce domaine, et il faut mettre l'accent sur celle-ci.
Le droit de vote est attribué de façon souveraine et non pas réciproque, explique-t-il, suite à la question qui concerne le droit de vote accordé par le Maroc aux résidents étrangers par l'article 30 de la Constitution,  de 2011 stipule que «les étrangers jouissent des libertés fondamentales reconnues aux citoyennes et citoyens marocains, conformément à la loi. Ceux d'entre eux qui résident au Maroc peuvent participer aux élections locales en vertu de la loi, de l'application de conventions internationales ou de pratiques de réciprocité». M. Ducomte se dit pour l'introduction du droit de vote aux étrangers en France car il estime que si une personne passe un certain nombre d'années en France, y travaille, y paye ses impôts, elle devrait être en mesure de participer par son vote à la vie locale.
Sur les relations « excellentes » qui existent entre la France et le Maroc, il a affirmé qu'il ne voyait pas de raison à leur non continuité sous le mandat de François Hollande parce qu'elles sont relativement fortes grâce aux liens historiques et à la présence d’une communauté française importante au Maroc et réciproquement. De plus, la réussite de cette coopération émanerait du «véritable bilatéralisme» qui existe entre les deux pays. Une coopération qui repose non seulement sur des échanges économiques mais également sur une confiance mutuelle, et cela c'est capital «vu l'état actuel des relations internationales». Il prône donc le renforcement du  bilatéralisme d'Etat à Etat mais il espère le «bilatéralisme d'une société civile à société civile ».
Le soutenir économiquement par les fonds structurels affectés à la coopération internationale, renforcer la coopération qui existe déjà entre le Maroc et l'union européenne dans le domaine économique concernant l'aide à l'émergence, mais aussi permettre aux citoyens marocains de « participer à l'envol de leur économie » puisque cela sera bénéfique aux deux partenaires en limitant le choix d'une « émigration contrainte», c'est la réponse qu'il a donnée à la question de savoir ce que l'Union européenne pourrait apporter au Maroc dans cette phase de grands projets dans laquelle il est engagé: le programme autoroutier, les aménagements urbains, le Port Tanger-Med, le projet du TGV Tanger-Casablanca, le plan émergence pour l'industrie, le développement des énergies renouvelables, le plan Azur pour le tourisme et le plan Maroc vert pour l'agriculture.
« Problème compliqué », c'est ainsi qu'il qualifie l'épine qui existe entre le Maroc et l'Algérie à propos du Sahara. Il pense que toute avancée en vue de pacifier les relations entre ces deux pays serait une bonne chose. Le plan d'autonomie de cette région proposé par le Maroc est un premier pas.
Concernant  l'avenir des relations entre les pays arabes et l'Occident, il dépendra de l'oubli des rôles de colonisateur et colonisé, et la rancœur qui lui est corolaire, en apprenant à se parler, et s'habituer à des relations d'égal à égal. Mis à part les relations interétatiques, il faut favoriser le dialogue et l'établissement de relations cordiales entre les sociétés civiles, a-t-il conclu.

Najoua FRIGUECH Stagiaire
Vendredi 28 Septembre 2012

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