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Japon: près d’un demi-siècle dans le couloir de la mort




Japon: près d’un demi-siècle dans le couloir de la mort
En 1966, Iwao Hakamada avait 30 ans. La Guerre froide battait son plein, Star Trek n’en était qu’à ses débuts et les premières télés couleurs sortaient au Japon. Et depuis tout ce temps-là, Iwao compte les années, les décennies, dans le couloir de la mort à la prison de Tokyo.
Cet ancien employé d’une usine de soja, qui fut aussi un temps boxeur professionnel, a été condamné en 1968 à la peine de mort pour un quadruple meurtre qu’il nie: celui de son patron, de la femme de ce dernier et de leurs deux enfants.
A 77 ans, il est probablement le détenu qui a passé le plus d’années dans l’antichambre de la mort, dans l’attente d’une pendaison dont de toute façon on ne sait jamais la date: Au Japon les condamnés sont prévenus juste quelques instants avant. La famille, souvent après.
“Ce qui me préoccupe le plus c’est sa santé. Si vous enfermez quelqu’un pendant 47 ans, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il garde toute sa tête”, raconte à l’AFP Hideko, la soeur d’Iwao.
Abritée sous son parapluie qui la protège d’un crachin déprimant, elle attend devant la muraille d’enceinte de la prison. Car à 80 ans, elle s’obstine à venir tous les mois à la prison pour tenter de rendre visite à son petit frère mais “il perd la boule et refuse de me voir”. Elle ne l’a pas vu depuis deux ans.
“Avant, quand je lui disais +ça va?+, au moins il me répondait. Juste +oui+, mais moi ça me suffisait. Je voulais juste entendre ce mot”.
Il y a actuellement 134 détenus en attente d’exécution au Japon. Ils sont à l’isolement, sans pratiquement de contacts avec les autres prisonniers. Quelques séances d’exercice par semaine, pas de télévision, quelques livres et très peu de visites, et encore étroitement surveillées.
“Tout est trop secret ici”, affirme Roseann Rife, la responsable d’Amnesty International pour l’Asie de l’Est.
“Il faut que les gens sachent ce qui se passe au Japon, qu’ils comprennent à quel point le système est cruel, ça ferait changer les choses”, témoigne de son côté Sachie Monma, venue soutenir le vieux condamné devant la prison.
Les abolitionnistes sont en tout cas bien seuls dans leur combat sur l’archipel: les uns après les autres les sondages d’opinion confirment un très large soutien des Japonais à la peine capitale, un sujet qui ne fait que très rarement l’objet d’un débat politique.
En poste depuis décembre, le ministre de la Justice Sadakazu Tanigaki a d’ailleurs répété en plusieurs occasions qu’il n’avait aucunement l’intention d’ouvrir ce dossier, et ce malgré les protestations à l’étranger, notamment en Europe après chaque exécution annoncée.
Mais voilà que la science s’est invitée dernièrement au débat: des nouveaux tests ADN sembleraient prouver que le vieux Iwa serait innocent du quadruple meurtre.
Son comité de soutien, mais aussi l’association du barreau japonais, réclament du coup une révision du procès de 1968 qui l’avait condamné à mort. Mais le ministère public n’y semble pas résolu, estimant que ces tests ADN ne sont pas probants.
Même l’un des juges qui avaient prononcé la peine capitale dit aujourd’hui qu’il n’avait jamais été convaincu de la culpabilité d’Hakamada mais qu’il n’avait pu “retourner” le vote de ses collègues.
Du fond de sa cellule, Hakamada n’a cessé de clamer son innocence, même si dans un premier temps il avait avoué avant de se rétracter en dénonçant un interrogatoire policier musclé. Cela n’avait pas suffi à la Cour suprême qui avait confirmé la sentence en 1980.
Il est vrai qu’au Japon, on connaît plus la culpabilité que la relaxe: 99% de ceux qui sont poursuivis devant les tribunaux sont condamnés.
“Je suis certaine que mon frère n’a pas fait ça. Mais dès que la police vous suspecte, vous êtes cuit”, affirme Hideko.
Même si passer des années dans le couloir de la mort n’est pas rare au Japon, certains se demandent tout de même si l’exceptionnelle “longévité” d’Hakamada ne tiendrait pas justement au fait que, compte tenu de doutes sur sa culpabilité, aucun ministre n’a encore osé signer le papier qui l’enverra à la potence.
“Chaque fois que j’entends aux infos qu’il y a eu une exécution, je frémis. Je me demande si c’est pas Iwao”, dit la vieille Hideko qui s’éloigne de la prison en trottinant sous son parapluie rose. Comme l’espoir.
Le mois prochain, elle sera là.

AFP
Samedi 6 Juillet 2013

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