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Jack Lang : Il est primordial que la France et le Maroc soient sur la même longueur d’onde pour lutter contre le terrorisme et le fanatisme




Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, revient dans cet
entretien avec Libé sur plusieurs points ayant trait, entre autres, aux
relations maroco-françaises et à la question des réfugiés syriens.
L’ex-ministre français socialiste de la Culture rappelle que Rabat et Paris doivent veiller à encourager la tolérance et le respect mutuel.



Libé: On a suivi ces derniers jours les vagues de réfugiés syriens, afghans et irakiens qui viennent en Europe. Mais en même temps,  l’Europe  a peur et ses dirigeants sont divisés sur une solution. Il y a  ceux qui demandent des quotas et ceux qui refusent absolument de recevoir des refugiés chez eux. Que faire ?

Jack Lang: Je ne dirai pas cela, ce sont des discussions, des débats, des réflexions surtout liés à l’histoire. Certains pays sont  plus ouverts que d’autres. L’Europe n’est pas un seul pays, une seule nation.  C’est une addition d’histoires différentes et le poids de l’histoire pèse. L’histoire de la Hongrie, de la Bulgarie ou de la Slovaquie n’est pas la même que l’histoire de la France ou d’autres pays situés à l’Ouest. Il est donc normal qu’il y ait des divergences de  visions et de sensibilités, mais en même temps,  dés que l’Union européenne aura adopté une doctrine pour fixer entre les différents pays les règles d’accueil des  refugiés, chaque pays devra s’y conformer.
Par ailleurs, il y a des questions plus importantes, comme  apporter de l’aide aux pays qui reçoivent  beaucoup de réfugiés. Je pense aux voisins  de la Syrie et de l’Irak, la Turquie, la Jordanie et le Liban. L’Union européenne s’y emploie,  mais je trouverai normal que les Etats-Unis,  qui sont les premiers responsables à travers la présidence Bush des chaos irakien et Syrien,  apportent au Haut-commissariat aux refugiés  et aux camps de réfugiés une aide très importante. Ils sont  à l’origine d’une guerre totalement illégale fondée sur des mensonges.
Ils ont fait tuer, des milliers d’Irakiens et d’Américains et d’autre part, ils ont détruit des villes et surtout disloqué l’Irak. Il aurait été tout à fait normal qu’ils payent le prix. Pour moi, ils ont le devoir de réparer matériellement les immenses dégâts qu’ils ont causés. C’est étonnant de ne pas réclamer la réparation des dégâts,  un  financement très important et une aide aux réfugiés.

Quel rôle pourra jouer la France? Vous avez dit que la France n’a jamais été autant aimée et respectée dans la région et dans le monde arabe

C’est vrai, on n’en parle jamais, mais dans la période la plus récente, la France et le président français bénéficient un peu partout d’une véritable considération.  J’accompagne François Hollande  dans presque  tous  ses déplacements dans la région et j’observe combien les dirigeants de ces pays  ont une amitié, un respect, une considération et une confiance aussi pour le président de la République. Il a été reçu avec honneur à la conférence des pays du Golfe à Riyad, dans les pays du Maghreb où il est parvenu à être reçu avec les mêmes égards et la même amitié en Tunisie, en Algérie et au Maroc, sans compromettre les relations de la France avec aucun de ces trois pays. Cela donne à la France une autorité morale dans une période très difficile pour le monde.

Peut-on dire dire que la crise ayant touché  les relations entre le Maroc et la France est derrière nous et qu’un nouveau chapitre  a commencé ?

Absolument, ce contentieux qui a refroidi les relations officielles franco-marocaines est aujourd’hui derrière nous. Le Souverain marocain et le  président français ont la volonté d’aller de  l’avant et de tourner la page de cet incident et surtout de construire, de concevoir et d’imaginer des relations encore plus fortes, encore plus denses.  Sa Majesté a  réservé au président français un accueil spécial et particulièrement chaleureux.

Ne croyez-vous pas que ces relations qualifiées de  tout temps de singulières  aient connu un certain vieillissement ?

Je ne sais pas ce que veut dire vieillir ou rajeunir. Les liens entre le Maroc et la France sont très profondes. Certes, il y a des moments  douloureux dans l’histoire des deux pays. Je pense à l’époque noire du colonialisme où le Sultan Mohammed V a été déposé et exilé. Depuis l’indépendance, la France et le Maroc ont noué des liens très profonds, très chaleureux, très étroits. Les relations entre les deux pays sont en renouvellement permanent. Les deux peuples s’apprécient et aiment travailler ensemble. Leurs dirigeants sont   aussi en harmonie, toutes les voies sont ouvertes. Des entreprises françaises ont participé à la réalisation du  port de Tanger, le fruit d’une volonté obstinée du Roi Mohammed VI.  La naissance du  train à grande vitesse, c’est l’oeuvre de la coopération franco-marocaine. Les mots comptent  autant que la réalité.  Ce que le Roi a décidé en faveur du bilinguisme au lycée marocain est,  à mon avis,  très important, pour les  Marocains eux- mêmes. Donner la chance aux jeunes Marocains d’apprendre deux langues, la langue arabe et la langue française, leur ouvre des perspectives en matière d’emploi et d’avenir. Voilà une manière renouvelée d’établir des liens avec la France. En  ce moment même,  s’ouvre l’Ecole centrale à Casablanca, née  de la volonté du Roi et du président. Voilà une nouvelle preuve. Les occasions de coopération et d’échanges  sont multiples, j’allais dire quotidiennes.

La menace terroriste est aujourd’hui un défi pour les deux pays et pour  toute la région. Comment Paris et Rabat travaillent-ils dans ce domaine pour faire face à ce phénomène dangereux?

Ce qui est important, c’est l’accord des deux pays pour combattre l’extrémisme, le fanatisme et le terrorisme. Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’est exprimé sur le sujet avec beaucoup de force et de clarté, en particulier dans son discours du Trône en juillet dernier. Il a une fois de plus plaidé pour un islam éclairé, ouvert, tolérant qu’il incarne par sa politique.  C’est une conception humaine et humaniste de l’islam qui n’a évidemment rien à voir avec les caricatures de l’islam que certains fanatiques ont forgées. Alors on se demande ce que Daech a à voir  avec une religion comme l’islam. Il se sert de l’islam pour camoufler ses crimes. Mais en réalité, tous les comportements de ces hommes de Daech sont une trahison contre l’islam. Ce qui est important, c’est que la France et le Maroc soient sur la même longueur  d’onde pour lutter contre le terrorisme et le fanatisme et encourager la tolérance et le respect mutuel. Il est important aussi que les deux pays coopèrent pour protéger la sécurité, ici et là, des deux côtés de la mer, la sécurité des habitants et des visiteurs. Le Maroc a  pris depuis longtemps une série de mesures, en associant les citoyens. Ce sont  les points les plus importants du discours du Trône. Les citoyens eux-mêmes doivent être responsables de leur conception de la tolérance et de la paix contre toutes les formes de fanatisme et de terrorisme.

L’islam de France est un sujet sensible qui touche les deux pays. Comment travaillent-ils au niveau de ce dossier ?

Déjà certaines mosquées, certains centres culturels sont épaulés  et accompagnés par le Maroc, par exemple la mosquée de Saint-Etienne. Il y a d’autres mosquées dans d’autres  villes pour lesquelles  le Maroc a  apporté une contribution  importante. Sur ce sujet, on doit travailler ensemble pour que rien ne se mélange. Il faut distinguer  les vrais musulmans pacifiques,  respectueux de l’ordre public  d’une poignée de voyous et d’assassins qui sont étrangers à  l’islam.

Quel rôle joue encore l’Institut du monde arabe dans les relations entre la France et le monde arabe ?

L’Institut du monde arabe a été créé comme un pont entre le monde arabe et le reste du monde. Je m’efforce depuis que je suis à sa tête de multiplier les évènements, les rencontres, les colloques pour permettre de faire reculer la méfiance et l’ignorance et de favoriser un dialogue tolérant. C’est le cas dans ce laboratoire d’idées, c’est un lieu d’échanges,  de rencontres pour un public de plus en plus nombreux à venir dans cette institution pour participer aux activités que nous proposons. Je me réjouis d’ailleurs que le président de la République vienne souvent ici. C’est une exception. Son prédécesseur n’y a pas mis les pieds. L’actuel a visité l’Institut 6 fois en deux ans et demi. Ce n’est pas seulement par égard à l’IMA ni par  d’amitié à mon égard, c’est  une volonté du président de la République d’assurer une véritable présence de la France dans le monde arabe.

On a constaté jour après jour le renouveau de l’Institut du monde arabe avec une politique culturelle très ambitieuse pour maintenir un lien avec la culture du monde arabe. Est-ce que vous avez  les moyens de cette politique?

Il faut d’abord imaginer des projets,  les réaliser et entraîner des équipes. Si  on parle de moyens matériels, c’est  un combat permanent. Le gouvernement français assure l’essentiel de la subvention de fonctionnement. Pour le reste, on doit se débrouiller pour trouver des financements complémentaires pour chacune des expositions et  chacun des évènements.

Propos recueillis par Youssef Lahlali
Mardi 29 Septembre 2015

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