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Interview exclusive d’Amina Benkhadra, DG de l’ONHYM : Le Maroc, futur pays pétrolier ?




Interview exclusive d’Amina Benkhadra, DG de l’ONHYM : Le Maroc, futur pays pétrolier ?
Y a-t-il une chance sur mille pour que le Maroc devienne un pays pétrolier ? Comment expliquer tous les contrats de recherche que l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) ne cesse de signer à tour de bras avec des compagnies étrangères dont des majors, des super-indépendants et des indépendants afin qu’ils opèrent dans les différentes régions du Maroc aussi bien en offshore qu’en onshore? Comment justifier le dynamisme dont cet office fait montre pour  porter la densité des forages d’exploitation qui est de 0,04 puits/ 100 km2 à 10 puits /100 km2 conformément à la norme internationalement admise ? Comment  expliquer l’optimisme dont ont fait montre les sociétés australienne Pura Vida Energy concernant le gisement dit Mazagan offshore et britannique Longreach Oil & Gaz qui officie au Bassin de Zag, à Tarfaya onshore, à Sidi Moussa offshore, à Sidi Moktar et à Foum Drâa offshore?
A en croire leurs responsables, il y aurait bien du pétrole au Maroc. Mais, pour rester prudents, ils préfèrent parler de « potentiel pétrolier » tout en avançant, néanmoins, des estimations très précises; ce qui constitue une première dans l’histoire de la recherche pétrolière au Maroc où, à part le feuilleton de Talsint,  jamais une société étrangère ne s’est hasardée à le faire.
Si pour la directrice générale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, «ce genre d’annonce est souvent lié à un besoin d’augmentation de capital ou à une phase précédant la cession d’une partie ou de la totalité des intérêts d’une société sur des permis d’exploration (farm-out)», d’aucuns croient dur comme fer qu’il n’y a généralement pas de fumée sans feu et soutiennent mordicus que ces effets d’annonce témoignent d’une existence probable de pétrole en quantités suffisamment importantes pour avoir fait saliver Total, Shell, Conoco-Phillips, Eni, Repsol, Statoil-Hydro, Maersk, Petrocanada, Anadarko, EOG Resources, Kosmos, Genting Oil, Tethys, Hunt Oil,  Wintershall,  Energy Africa (Tullow), Keer Mc Gee, etc. Soit une trentaine d’entreprises.
De fait, le mouvement de l’histoire semble s’accélérer de jour en jour. L'exploration pétrolière au Maroc qui a été initiée au début du siècle dernier n’a pas fait beaucoup de chemin depuis. Et ce malgré la découverte du gisement d’huile d'Ain Hamra en 1923, celle de pétrole et de gaz dans le Prérif et Sidi Fili durant les années 50 et celle d’accumulations commerciales de pétrole et de gaz dans les bassins d'Essaouira et du Gharb vers le début des années 80.
Ce n’est qu’au début des années 2000 que les choses sérieuses ont commencé avec, nous dira Amina Benkhadra, dans l’interview exclusive qu’elle nous a accordée, « un nouvel élan, porté par une stratégie réactualisée ». Résultat : «Les différentes études géologiques, géophysiques et géochimiques, réalisées dans les bassins sédimentaires aussi bien en offshore qu’en onshore ont démontré la possibilité d’existence d’un potentiel pétrolier favorable à l’accumulation d’hydrocarbures dans le sous-sol marocain», a-t elle poursuivi en précisant qu’en cas de découverte de gisements, il faudra entre 8 à 12 ans pour qu’ils entrent dans la phase de production.

 KAMAL MOUNTASSIR
Lire le texte de l’interview en page 4






Amina Benkhadra, ancien ministre de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement et actuelle directrice générale de l’Office des hydrocarbures et des mines, est lauréate de l’École nationale supérieure des mines de Nancy en 1978.
Elle obtient ensuite un
doctorat d’ingénieur en sciences et techniques minières à «Mines Paris Tech» en 1981 et un certificat
en formation de gestion de l’Université Columbia en 1990. Dans cet entretien accordé à «Libé», Amina Benkhadra explique la
mission, la stratégie et les objectifs de l’ONHYM en étant l’opérateur clé du Royaume en matière
d’exploration pétrolière et minière avant de mettre au clair la politique de l’Office dans le domaine de la
prospection. Elle expose
 les détails techniques
du programme de
prospection qui devrait
logiquement aboutir aux objectifs escomptés, à savoir entrer dans la phase de
production. La directrice générale de l’ONHYM est
animée par la volonté de développer «l’exploration pétrolière en renforçant  la dynamique d’ouverture sur le marché mondial et le
développement des
partenariats avec les
investisseurs nationaux et/ou internationaux  en vue  de promouvoir le potentiel en hydrocarbures».


Libé : En tant que directrice de l’Office des hydrocarbures, pouvez-vous nous éclairer sur le rôle et les  prérogatives de cette institution?

Amina Benkhadra : L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) a été créé le 17 août 2005, par la fusion du Bureau de recherches et de participations minières (BRPM) et de l’Office national de recherche et d’exploitations pétrolières (ONAREP).
Depuis leur création, en 1928 pour le BRPM et en 1981 pour l’ONAREP, ces deux organismes ont été les pionniers et les leaders au Maroc dans leurs domaines d’activité respectifs, et ont bénéficié d’une grande renommée auprès des opérateurs internationaux.
C’est donc avec un nouvel élan, porté par une stratégie réactualisée dans le droit fil que l’ONHYM reprend et développe les acquis des organismes fusionnés : l’expertise dans la recherche, la promotion des mines et hydrocarbures, la production des hydrocarbures, les relations et les partenariats avec les opérateurs et investisseurs.
L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) est l’opérateur clé du Royaume en matière d’exploration pétrolière et minière.  

Plusieurs accords pour la prospection pétrolière onshore et offshore ont été signés entre l’ONHYM et  des compagnies internationales. Peut-on dire que cet engouement pour notre pays atteste du fait qu’il dispose d’un potentiel pétrolier important ?

Au Maroc, les différentes études géologiques, géophysiques et géochimiques, réalisées dans les bassins sédimentaires aussi bien en onshore qu’en offshore ont démontré la possibilité d’existence d’un potentiel pétrolier favorable à l’accumulation d’hydrocarbures dans notre sous-sol.
Ces bassins sédimentaires se caractérisent par la diversité et la variété de leurs objectifs pétroliers mis en évidence par les différentes campagnes sismiques exécutées par l’ONHYM et ses partenaires.  Le choix des sociétés pétrolières est généralement tributaire de leur propre stratégie et des moyens techniques et financiers dont elles disposent.
C’est ainsi que les grandes compagnies s’intéressent souvent à des objectifs pétroliers, susceptibles de contenir des réserves importantes en hydrocarbures. Ces objectifs sont souvent difficiles à mettre en évidence et nécessitent une expertise très développée au niveau de l’exploration mais aussi des techniques de forage et de production très avancées et onéreuses.
L’offshore Atlantique profond du Maroc, de par son potentiel prometteur, fait partie de ces zones frontières convoitées par les sociétés majors. D’autres sociétés, de taille moyenne, sont souvent intéressées par des bassins à objectifs pétroliers bien définis, peu profonds, facilement exploitables et nécessitant des investissements relativement réduits. C’est le cas par exemple des bassins onshore du Gharb et du Prérif.

Qu’en est-il de la zone de Meskala dont la prospection avait conclu  à l’existence d’hydrocarbures en quantités économiquement exploitables et de Talsint qu’on avait présenté comme un gisement à fort potentiel ?

Au cours de la période 1928-1950, l’exploration pétrolière au Maroc, s’est limitée aux objectifs superficiels et n’a permis d’explorer que la tranche de sédiments située à moins de 500 m de profondeur. De plus, les puits forés ont été implantés essentiellement sur des indices et des structures de surface ou des anomalies géochimiques et plus rarement sur la base d’une sismique à couverture simple combinée aux méthodes électriques et magnétiques.
Avec le développement de la technologie de l’enregistrement des données sismiques, les travaux d’exploration ont été orientés vers les zones à objectifs pétroliers plus profonds. Ainsi, la recherche pétrolière a permis, durant les années soixante et soixante-dix, le forage de plusieurs puits, ce qui a conduit à la découverte de petits gisements de gaz dans le bassin du Gharb et d’huile et de gaz dans celui d’Essaouira.
Au début des années 80, des efforts ont été consentis par l’Etat marocain pour l’appréciation du gisement de Meskala, découvert en 1979. Depuis, l’exploitation de ce gisement se poursuit.
Le gisement de Meskala est considéré comme étant la plus importante découverte réalisée à ce jour dans l’onshore marocain. Onze puits ont été forés depuis 1976 à 1985. Ce gisement est exploité depuis 1987 et la production de gaz est délivrée à travers un réseau de gazoducs au centre minier de l’OCP à   Youssoufia.
Une campagne de  sismique 3D sur une superficie de 185 km2 a été acquise en 2007 par l’ONHYM  et a permis de révéler des extensions potentielles de ce gisement non exploitées à ce jour. Un puits d’appréciation de ces extensions est en cours de réalisation par l’ONHYM. Les résultats de ce puits permettraient de confirmer le potentiel de ces extensions.
Quant à Talsint, le premier forage, réalisé par Lone Star, avait démontré la présence de gaz qui devrait être confirmée par d’autres puits d’exploration et d’appréciation.
L’opérateur, Lone Star, devenu, après une restructuration, Maghreb Petroleum Exploration (MPE), a redéfini une nouvelle stratégie d’exploration. De nouvelles études géologiques et géophysiques ont été menées pour mieux cerner les objectifs à explorer avant d’entreprendre de nouveaux travaux de forage.
Dans ce cadre, MPE a acquis une campagne sismique 3D de 450 Km² (Trois dimensions), dans la région pour réévaluer le potentiel pétrolier de la zone et minimiser davantage le risque géologique. L’interprétation de ces nouvelles données a permis de préciser un certain nombre de prospects pétroliers dont l’un a été testé par forage et a montré la présence de gaz. Pour pouvoir se prononcer sur le potentiel réel de cette zone, la réalisation d’autres forages s’impose.

Quels sont les sites de prospection qui présentent actuellement les prémices d’une future exploitation à rentabilité garantie ?

Comme nous l’avons toujours précisé, l’exploration pétrolière est un processus complexe, très coûteux, à risques et de longue haleine et nécessite la réalisation de plusieurs forages avant d’espérer aboutir à une découverte. L’ONHYM et ses partenaires sont confiants et espèrent atteindre les objectifs escomptés dans les meilleurs délais.
Les puits forés sur une très grande superficie en onshore et en offshore au Maroc, bien que n’ayant pas encore rencontré d’accumulations exploitables, ont fourni des informations précieuses sur les paramètres des systèmes pétroliers. En effet, les données de ces puits ont mis en évidence des indices d’huile et de gaz, des roches potentiellement prolifiques pour la génération des hydrocarbures, démontrant ainsi la fiabilité de ces systèmes.
 L’exploration pétrolière, dans ce vaste domaine, est encore à ses débuts comme en témoigne la faible densité des forages d’exploration qui est de 0,04 puits/100 km² au Maroc contre 10 puits/100km² à l’échelle internationale. Les nombreuses campagnes sismiques programmées prochainement ou en cours de réalisation par nos partenaires démontrent l’intérêt de ces régions et appuient ce constat. L’intégration de toutes les nouvelles données acquises contribuera à la compréhension de la géologie de ces zones et permettra d’appréhender davantage les différents paramètres déterminant les systèmes pétroliers définis et répertoriés et d’augmenter les chances d’une éventuelle découverte.
Pour confirmer la présence des accumulations d’hydrocarbures, il est indispensable de réaliser le maximum de forages d’exploration et d’augmenter ainsi les possibilités de réaliser des découvertes commerciales.

En tant que première responsable de l’ONHYM, pouvez-vous nous dire si le Maroc pourrait à moyen ou long termes devenir un producteur de pétrole ou de gaz naturel aussi important que l’Algérie ou la Libye ?

Les experts internationaux des compagnies qui opèrent en onshore et en offshore marocain concordent à qualifier celui-ci de région potentiellement favorable à l’accumulation des hydrocarbures.
Les partenaires de l’ONHYM, en se basant sur les résultats encourageants des évaluations géologiques et géophysiques entreprises sur leurs permis, aussi bien en onshore qu’en offshore, s’apprêtent à finaliser les derniers travaux de recherche pour prendre des décisions quant à la réalisation de forages d’exploration durant les années à venir. En cas de découverte, des opérations d’appréciation seront nécessaires pour estimer les réserves en place avant de commencer la phase de développement. Ces différentes étapes peuvent durer entre 8 à 12 ans selon la nature et le type de gisement avant de rentrer dans la phase de production.  
Nous espérons que les efforts déployés vont aboutir, dans un proche avenir à des découvertes à la hauteur de nos ambitions pour ainsi réaliser notre mission dans un cadre de pérennité et de croissance durable conformément aux orientations stratégiques de l’ONHYM.

Propos recueillis par KAMAL MOUNTASSIR
Lundi 5 Novembre 2012

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1.Posté par nabil le 05/11/2012 12:59
cette dame,avec tout mon respect,répete depuis qu´elle était ministre la même cassette,des sismiques aprés sismiques pas plus,peut être qu´on pourrait croire a une possibilité blabla...il faut un dirigeant aventurier et plus ambitieux a ce poste pour tapper sur la table et pousser vers une cadence superieure,y´en a marre de cette prudence post-talsint qui freine et joue a la faveur des ptites spéculateurs boursièrs.

cette dame n´a jamais osé même donner la moindre étincelle d´optimisme aux marocains,défendre une approche plus agressive de son organisme et suivre un plan ambitieux vers plus de forages et moins de blabla sismique qui confirme toujours ce que les précedents montrent,tout ce qu´ils font c´est de s´attendre a ce que les managers étrangers planifient peut être dans quelques années le maroc dans leur programme de forage,des pays sont venus apres,vite fait des sismiques et foré et ont deja découvert,comme israel dernierement et autres pays,et nous on sismise toujours et encore..

grossomodo,la stratégie marocaine du fiscalement avantageux et licenses bon marché a complétement échoué a attirer des grands sérieux qui travaillent vite pour rentabiliser leurs investissement,au lieu de ca on a attiré des start-up que personne ne connait et tout ce qu´ils font c´est de gagner des sous sur notre dos a la bourse avec un portfolio plein mais qu´ils cedent directement apres quelques années leur but atteint,et le jeux continue avec son acheteur et ansi de suite..

2.Posté par Samir oujda le 07/11/2012 12:12
Permettez moi de vous dire que cet interview est tros vague et n apporte rien comme nouvelle, à mon avis Mme Benkhadra doit etre plus realiste et moins technique dans ses declarations.

3.Posté par said le 01/01/2013 23:26 (depuis mobile)
pourquoi ce texte fatigant pour ne rien dire
ya benkhadra dit nous en deux mots ya ou ya pas de petrole au maroc

4.Posté par Hicham le 03/01/2013 16:58
Bonjour,
Etant donnée que suis licencié en géologie depuis 1994, je peux vous dire que le petrole existe au Maroc, pour la simple raison est que la couche petrolifère s'éttend du moyen orient jusqu'en Algérie, donc il est impossible qu'elle s'arrête à ce niveau vue que les condtions géologiques qui reigent dans cette zone étaient les mêmes et ceux depuis la création séparation des continents.
A mon avis, le faite que le Maroc ne déclare pas cette existence, est dû au problème du sahara marocain, et c'est l'une des raisons qui pousse les militaires en Algérie de contrarier le maroc sur ce dossier

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