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Intervention de Tariq Kabbage, député-maire de la ville d’Agadir sur le thème du Manifeste pour la ville : “Le combat pour un avenir durable se gagnera dans les villes en préservant les campagnes”




Intervention de Tariq Kabbage, député-maire de la ville d’Agadir sur le thème du Manifeste pour la ville  : “Le combat pour un avenir durable se gagnera dans les villes en préservant les campagnes”
L’Histoire de l’humanité se confond avec l’apparition de la ville au Moyen-Orient il y a plusieurs millénaires. La ville est passée par de nombreuses phases, elles ont évoluées avec l’exode rural pour donner à la fin du XXème siècle ces mégapoles. Aujourd’hui 50% des humains vivent dans les villes où se côtoient les plus grandes inégalités. On dit de la ville qu’elle est l’avenir. Elle peut annoncer aussi la fin de la civilisation la fin de l’humanité à l’ère de la mondialisation.
Ce manifeste pour la ville ne doit pas rester un vœu pieux. Nous devons militer pour que ce manifeste du 21ème siècle autour d’idées fortes puisse annoncer une rupture par rapport à un mode de vie : «la société du gaspillage, des inégalités, d’un capitalisme débridé» et nous avons l’exemple des pays d’Europe du Sud où la crise économique menace en particulier les villes créant un malaise profond.
Ce matin en me rendant au Forum urbain mondial le chauffeur de taxi nous a dit « pour faire avancer la ville, il faut changer les élus».
Ce discours nous l’entendons dans beaucoup de pays et en particulier chez nous au Maroc où pourtant une évolution certaine a été enregistrée ces dernières années.


La gouvernance est la question centrale
Nous les maires nous sommes en contact direct avec les citoyens, de plus en plus exigeants. Le Maire a ses domaines de compétence et le citoyen exige de l’élu des solutions dans des domaines qui sont de la responsabilité de l’Etat qui, plus est, a souvent un pouvoir de tutelle qui freine le développement local alors qu’il doit le promouvoir.
Le Maroc s’est engagé avec la nouvelle Constitution à un renforcement de la régionalisation.
Une bonne gouvernance est fondée sur une décentralisation, une déconcentration, un réel pouvoir aux élus locaux dans le cadre d’une vraie régionalisation
La ville d’Agadir s’est engagée depuis 2003 dans des chantiers qui ont permis d’améliorer le cadre de vie des citoyens.
1) les services de base : eau, assainissement, éclairage public, collecte, propreté et mise à niveau des voiries
2) des équipements de proximité, de grands espaces verts avec intégration d’équipements sportifs et de maisons de quartier, lieux de culture,
3) la création d’espaces publics avec une corniche maritime piétonne et une politique des déplacements.
Mais beaucoup reste à faire. Beaucoup d’erreurs du passé doivent être corrigées.
Le manifeste pour la ville contient des idées fortes.

Une ville inclusive
La lutte contre les bidonvilles est une problématique mondiale, une politique forte qui peut être détournée, par absence de gouvernance.
La mise en œuvre de Ville sans Bidonvilles (objectif de nombreux pays) peut avoir des effets pervers en renforçant l’exclusion des populations vers la périphérie et en particulier vers les communes éloignées et sans infrastructures de base, d’éducation et de santé. L’absence de politique d’accompagnement social et la politique de destruction des bidonvilles et d’affectation de lots ou de logements à des populations en grande précarité avec des systèmes de financement inadaptés renforce la spéculation et contribue à une migration vers l’habitat illégal dans de nouvelles zones. Le logement accessible aux pauvres est souvent détourné par les promoteurs. Il faut des mécanismes de contrôle et surtout l’expertise des pays qui ont réussi. L’emploi se développe loin des quartiers d’habitation et la problématique des déplacements ne peut que renforcer la situation de précarité des populations. On ne peut dissocier emploi, mobilité et planification de l’espace urbain.

Une ville productive, génératrice d’emplois
Dans la ville d’Agadir un programme de développement d’une Technoparc a été initié pour avoir une zone universitaire et du savoir au centre de l’agglomération et où on pourra, a l’instar des business-pépinières, offrir du foncier pour les entreprises engagées dans les domaines des nouvelles technologies.

Une ville écologique
et durable
Agadir présente un climat tempéré sous influence atlantique mais le changement climatique se traduit par des périodes hivernales froides et sèches ou avec des pluies excessives suivies de périodes estivales chaudes. Les matériaux utilisés renforcent la consommation d’énergie et on assiste à l’abandon des techniques ancestrales du pisé dans les villes et les villages de l’intérieur. Aujourd’hui des constructions anti-écologiques se font avec l’utilisation de la brique de ciment.
La ville d’Agadir encourage les déplacements doux et s’engage dans une politique de réutilisation des eaux usées, un gisement important pour l’arrosage des espaces verts. Les villes doivent échanger les bonnes pratiques sur les techniques et les expériences.

Une ville planifiée
La ville doit regrouper l’emploi, l’habitat et les loisirs. Les images de ces méga villes du monde compactes à l’extrême sans verdure ne peuvent que rappeler les films de science fiction devenus réalité: il faut éviter les grandes villes et encourager des régions équilibrées.
La ville d’Agadir, reconstruite après le tremblement de terre est un modèle. C’est une ville compacte où habitats, administrations, culture, sport, espaces verts, espaces publics et bassins d’emploi coexistent mais depuis la fin des années 70 une nouvelle conception s’est développée. On assiste, en effet, à la naissance d’une ville patchwork étalée, discontinue, où quatre communes, réunies depuis 2003 autour d’Agadir constituent la locomotive du développement avec 400.000 habitants dans une agglomération de plus de 700.000 habitants.
De plus on assiste depuis les années 80 à une absence totale de réflexion sur le futur. Il en résulte une politique de lotissement dont le seul but est de profiter des opportunités du foncier. C’est cette politique qu’il faut réorienter en encourageant dans la région le renforcement du réseau urbain des petites et moyennes villes par une attractivité basée sur l’offre d’une meilleure qualité de vie.
Le combat pour un avenir durable se gagnera dans les villes en préservant les campagnes.
Ce manifeste ne doit pas rester un vœu pieux, il doit se traduire localement par une mise en pratique sur le terrain.

Libé
Mardi 11 Septembre 2012

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