Intégration régionale en Afrique et possibilités économiques


Samedi 4 Octobre 2014

Intégration régionale en Afrique et possibilités économiques
Une analyse des 
limitations du potentiel de développement 
régional montre 
que toute une série de 
facteurs sociaux, 
religieux, économiques, culturels 
et institutionnels 
ont entravé l’évolution de l’intégration 
régionale en Afrique.
 
L’unification des pays africains est indispensable tant à l’aspect économique, social, culturel que politique du développement.  Durant les dernières décennies, nous avons vu les efforts remarquables des différentes organisations continentales et régionales sur la question. Mais ces efforts n’ont pas aboutit à des résultats vraiment fructueux et souhaitables. Ces organisations ont accumulé et continuent d’accumuler plus d’échecs que de succès dans ces dernières années.
Par exemple, un des buts de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est de promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l’activité économique, particulièrement dans les domaines de l’histoire, des transports, des télécommunications, de l’énergie, de l’agriculture, des ressources naturelles, du commerce, des questions monétaires et financières et dans le domaine des affaires sociales et culturelles avec pour objectif d’élever le niveau de vie de ses peuples, d’accroître et de maintenir la stabilité économique, de renforcer les relations entre les membres et de contribuer au progrès et au développement du continent africain. Il en est certainement de même pour les autres organisations sous-régionales. Nos expériences sur cette question sont loin de confirmer ces objectifs atteints.
Les communautés économiques régionales (CER) et les organisations d’intégration régionale sont tous confrontées à beaucoup de difficultés enclavées par la corruption et le manque de volonté de mettre en vigueur les textes adoptés lors des sommets, conférences et meetings.
Un autre grand frein à l’intégration régionale tient au manque de moyens financiers. Bon nombre de gouvernements n’ont pas alloué de budget spécifique aux activités et programmes sur la question.
En outre, les nombreux rapports et études concernant les communautés économiques constatent tous l’inefficacité de ces organisations. Ainsi n’ayant pas de ressources politiques et seulement quelques ressources financières limitées, « l’aspiration à tout faire signifie qu’on ne parvient à rien faire ». Quant aux obstacles politiques ils sont très importants, s’agissant de la faiblesse sinon du manque de volonté politique des états membres (comme évoqué dans les paragraphes qui précèdent), mais aussi d’une certaine crainte vis-à-vis du Nigeria, non seulement en raison de sa puissance économique, mais aussi du fait d’une certaine approche culturelle et psychologique.
Les discours officiels tenus par les dirigeants et les engagements pris par ceux-ci contrastent avec les réalités. Les discours sont destinés à la consommation extérieure et les textes pour l’instant sont faits pour les beaux yeux de ceux qui veulent bien les lire.
Pourtant, le processus d’intégration entamé dans différentes régions depuis des années est un outil de développement important pour l’Afrique.
La libre circulation des biens économiques, par exemple, implique l’élimination des droits de douane intérieurs, des restrictions quant à l’entrée et à la sortie des marchandises, des taxes d’effet équivalent, de toute autre mesure d’effet équivalent susceptible d’affecter les transactions entre les états membres. A titre d’exemple, il n’y aurait plus de barrière douanière à la frontière Ghana-Togo  pour les produits ghanéens exportés vers le Togo et vice versa. Les Etats pourraient alors établir une politique commerciale commune envers les Etats tiers pour les importations et exportations dans l’espace de l’union. Les règles de l’immigration seraient communes, impliquant l’abolition de toute discrimination fondée sur la nationalité et peut-être la religion et la culture. Le droit d’entrer, de séjourner sur le territoire des Etats de l’union pourrait se voir restreint ou interdit en cas de danger quant à la moralité publique du pays d’arrivée ou d’accueil, par exemple en ce qui concerne les produits prohibés tels que la drogue.
Et, c’est aussi impératif que nous analysons l’avenir économique de ce continent d’une manière concrète vis-à-vis à son intégration.
Conformément aux engagements pris dans le cadre du traité d’Abuja de 1991, les dirigeants africains cherchent à accélérer l’intégration régionale. Ce texte, qui prévoyait la création d’une Communauté économique africaine (CEA) en vue de créer un marché et une monnaie uniques, afin de renforcer la compétitivité du continent, est entré en vigueur en 1994. Tous les pays africains ont ratifié le traité, à l’exception du Maroc  qui s’était retiré de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) aujourd’hui Union Africaine (UA) en 1984. La lenteur de sa mise en œuvre, les différentes étapes ayant pris du retard par rapport au calendrier convenu, soulève de nombreuses inquiétudes et interrogations. Les responsables se voient prendre conscience de la nécessité de passer à la vitesse supérieure – mais la corruption et le manque de volonté sont très visibles dans leurs démarches.
Un certain nombre de pays africains, peu puissants économiquement, se heurtent à une vive concurrence sur les marchés mondiaux et manquent de poids dans les négociations internationales, menées sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ou lors de la signature d’accords de partenariat économique (APE).
Les échanges entre pays africains sont estimés à 10 % ou 12 % des exportations totales du continent – loin derrière les autres régions. D’après des données de 2009, le commerce avec les pays d’Amérique du Nord représentait environ 48 % du total, contre à 72 % pour l’Europe et 52 % pour l’Asie.
Pour doper les échanges intra-africains, l’Union africaine (UA), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (United Nations Economic Commission for Africa – Uneca), la Banque africaine de développement (BAD) et les communautés économiques régionales (CER) élaborent des politiques et des cadres visant à renforcer l’intégration continentale. Les efforts doivent porter sur le niveau d’échanges entre pays d’Afrique et des pays d’Afrique avec le reste du monde, trop faible actuellement.
Le Marché commun d’Afrique australe et d’Afrique orientale (Common Market of Eastern and Southern Africa – Comesa), la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) – trois des huit CER constituées en Afrique – sont en passe de créer un espace unique. Leurs 27 pays membres composeront alors un marché unique. Mais leurs dirigeants ont du mal à fixer les règles commerciales et doivent prendre des décisions audacieuses s’ils veulent donner chair à une zone de libre-échange tripartite.
Le traité d’Abuja avait défini une intégration en six étapes. Mais le manque de ressources, la présence de barrières tarifaires et non tarifaires, la lenteur de l’entrée en vigueur du protocole relatif à la libre circulation des biens et des services et, dans certains cas, des conflits internes ont freiné le processus. La perspective d’une intégration panafricaine, qui se traduirait par la création d’un marché encore plus vaste, semble très éloignée.
Lors d’un sommet de l’UA, en janvier 2012, les chefs d’Etat et de gouvernement ont adopté un nouveau plan d’action pour relancer les échanges à l’échelle du continent, sur la base des liens plus étroits noués entre le Comesa, la CAE et la SADC. Le sommet a acté le retard pris pour mettre en œuvre le traité d’Abuja et a fixé à 2017 la date butoir pour la constitution d’une Zone de libre échange continentale (Zlec) qui permettra de fédérer au sein d’un marché unique toutes les économies africaines, pénalisées par leur taille et leur fragmentation. La crise économique mondiale a accru la pression sur les pays africains, incités à se préparer à de nouveaux défis. La mise en place de la Zlec pourrait jouer un rôle moteur.
Les principaux objectifs de la zone de libre-échange continentale en Afrique visent à :
•Créer un marché unique de biens et de services, qui assure la libre circulation des agents commerciaux et de l’investissement et ouvre la voie à une union douanière continentale.
•Développer le commerce intra-africain grâce à une harmonisation plus poussée et à une meilleure coordination des régimes de libéralisation des échanges entre les CER et dans toute l’Afrique.
•Résoudre les défis que posent l’appartenance à plusieurs CER et le chevauchement de leurs mandats pour améliorer l’intégration régionale et continentale.
•Renforcer la compétitivité des entreprises commerciales et industrielles en exploitant les possibilités de production à plus grande échelle, en développant l’accès à un marché continental et en redistribuant les ressources de manière plus judicieuse.
Le retard pris par la mise en œuvre du traité d’Abuja handicape l’Afrique sur une scène économique de plus en plus mondialisée. En donnant un coup d’accélérateur pour la création d’une zone de libre-échange continentale, les dirigeants africains contribueraient à accroître considérablement les échanges intracontinentaux mais procureraient aussi à leurs économies un moteur pour la croissance et le développement durable. La zone de libre échange tripartite voulue par les Etats membres du Comesa, de la CAE et de la SADC pourrait servir de modèle à une nouvelle approche. D’autres CER devraient leur emboîter le pas pour relancer leurs efforts.
Par ailleurs, sans mécanisme adapté de suivi, la prise en compte de cette question dans les politiques nationales sera inutile. Plusieurs pays n’ont pas de dispositif leur permettant de signaler leurs avancées sur ce front aux organes régionaux et continentaux en charge de l’intégration régionale. Il va falloir trouver un système pour faire remonter les informations. Malgré les efforts de l’UA et des CER, aucun mécanisme ne permet de faire appliquer les décisions adoptées en matière d’intégration régionale – ni de sanctionner les pays qui ne s’y conforment pas. Or, l’intégration des économies des pays africains pourra être un outil très fort de développement durable et accéléré pour le continent.

Article publié en 
collaboration avec le think tank ghanéen Imani
 


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