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Insoumis, rebelles et libres

“Il y a des résistances honnêtes et des rébellions légitimes”. Alexis de Tocqueville




Celles et ceux qui ont traversé le siècle dernier n’ont pas manqué d’être fascinés par les personnages hors pair de cette époque tourmentée par tant de conflits et de maux. L’Histoire leur garde des places spéciales dans son Panthéon universel de paix éternelle Ils étaient des étoiles qui avaient brillé dans un siècle sombre pour guider l’Humanité malade (Russel, Gandhi, Luther King, Mère Teresa et Nelson Mandela). Ils ont dit non aux guerres et aux massacres en masse des hommes par d’autres hommes. Ils ont résisté à l’oppression et l’exploitation de leurs peuples soumis par la force militaire. Ils ont refusé les vestiges de l’esclavagisme sous toutes ses formes des Blancs envers les Noirs. Ils ont lutté contre la misère et les maladies des démunis alors que les nantis sont dans l’aisance. Ils se sont opposés à la discrimination, à la marginalisation et au mépris des peuples autochtones. Ils se sont révoltés contre les colonialistes qui prétendaient étendre les «bienfaits» de leurs civilisations. Ils se sont avec force révoltés contre l’occupation déguisée en faux protectorats. Ils ont expliqué, résisté, refusé et lutté souvent sans armes.   
Bertrand Russel était un aristocrate anglais, grand homme, pipe et humour à la bouche. Il était à la fois mathématicien, logisticien, philosophe, moraliste, pacifiste et Prix Nobel. Il partageait tout son temps entre les domaines intellectuels où il excellait, rénovait, créait et l’activité pour la paix entre les hommes. Il voulait laver leur cœur de la haine et la convoitise. Il s’était opposé, lui l’aristocrate et le libéral avec fermeté à la Première Guerre mondiale.
 Jean Jaurès avait fait de même en tribun syndicaliste et socialiste et il fut assassiné en 1914.
Russel fut emprisonné nonobstant son statut de noble et fils de grande famille de nobles.  Cambridge l’exclut de son poste à cause de ses activités pacifistes qui allaient à l’encontre de l’opinion publique. Il était abasourdi par les réactions des foules qui exprimaient leur haine. Elles manifestaient leur joie d’aller en guerre pour se faire tuer ou tuer d’autres hommes. Le résultat en fut des dizaines de millions de morts entre les deux guerres, la destruction de l’Europe, du Japon et l’usage de deux bombes atomiques. Il s’était opposé avec force à l’utilisation des bombes atomiques et avait lutté pour les interdire et en détruire le stock. Il avait envoyé une lettre de pétition dans ce sens à Einstein qui est demeurée sans réponse et il en a été fort déçu. Il se trouvait dans un avion et le pilote annonça aux voyageurs la mort d’Albert Einstein. Arrivé chez lui il trouva la pétition signée de la main de ce dernier. Ce fut le dernier acte public de ce grand physicien.
Il a été offusqué, par ailleurs, par la guerre meurtrière menée par les USA contre le lointain Vietnam. Il a alors soulevé l’opinion internationale contre les Etats-Unis par le biais de son célèbre Tribunal international (qui rappelle celui de Nuremberg qui a jugé les criminels nazis). Il avait fait appel entre autres à Sartre et à Luther King. Pour organiser son tribunal, il avait vendu au Canada ce qu’il avait de plus cher, à savoir sa bibliothèque (qui contenait des livres annotés, des manuscrits, des lettres, etc.).
 Au seuil de sa longue vie (98 ans), Russel s’est déclaré heureux d’avoir mené des luttes au service des hommes et  des femmes sans distinction de race, de religion ou de nation.
Comment ne pas être impressionné par pareil itinéraire d’un homme qui s’était opposé à l’opinion dominante, aux grandes puissances, et qui était resté libre de ses prises de position et décisions.
Pour sa part, Einstein disait s’agissant de Mahatma Gandhi : «Les générations à venir vont douter que  pareil homme ait vraiment vécu sur terre au XXème siècle». En effet, il surprenait le monde entier par son pacifisme. Petit homme, maigre, au teint basané et toujours engoncé dans ses habits traditionnels. Avocat de formation, cet Indien avait osé s’attaquer à deux systèmes de cruauté qui ont marqué le XXème siècle (l’apartheid et l’empire britannique).
 Jeune juriste, diplômé de Londres, ville de liberté et de démocratie, il débarqua en Afrique du Sud. Là, il affronta vite et de front les vilénies du système de ségrégation raciale exercé par les colons blancs. Ils se croyaient les élus de Dieu et que le pays où ils vivaient était leur Terre promise. Ils considéraient avec mépris tous les Indiens comme leurs serviteurs. Gandhi s’opposa à ce système abject par la non-violence.
 Il fut battu et emprisonné. Mais il réussit en partie son oeuvre.  Riche de cette pénible expérience, il décida de rentrer au pays et d’y lutter pour les mêmes idéaux. L’Inde, vaste pays d’Asie, est le berceau de grandes civilisations, de cultures et de religions. Elle était peuplée à l’époque de Gandhi de 350 millions d’habitants de confessions hindoue et musulmane. Gandhi parcourut le pays de long en large et découvrit la misère des populations rurales. Il a constaté l’injustice délibérée des colons et des nantis envers les millions de démunis. Il s’opposa au système des castes en vigueur depuis des  siècles et le statut des intouchables. Il prôna l’insoumission aux colons, organisa des grèves, le jeune collectif, la non-violence, la consommation des produits du terroir et de l’artisanat. Les Anglais, mis en difficulté par les deux guerres mondiales, se trouvèrent ainsi privés de ce grand débouché de leurs produits industriels. De plus, Gandhi a organisé de grandes manifestations non violentes qui furent réprimées. Emprisonné à de nombreuses reprises, il réussit à soulever tout un continent contre les colons britanniques. Les médias du monde entier furent vite conquis par ses idées et désapprouvèrent totalement la politique menée par Londres dans ses colonies.
Le fakir nu comme Churchill se plaisait à le nommer, fut même reçu au Palais Royal et l’Inde devint indépendante.
Gandhi s’est également opposé à la division entre hindous et musulmans de son pays, mais en  vain. Il a été assassiné par un extrémiste hindouiste.
Il était et demeure donc pour nous tous une référence en matière  de tolérance et d’amour. Il a laissé  derrière lui un pays libre que les fanatiques religieux divisèrent en deux. Les colons anglais et les nantis du pays avaient réduit l’Inde à la misère et c’est dans cette Inde pauvre que Mère Terasa, albanaise de naissance, allait passer l’essentiel de sa longue existence (88 ans) parmi les démunis. Elle y débarqua à 18 ans. Elle fut d’abord enseignante dans un couvent avant de quitter rapidement ce milieu feutré très éloigné des réalités de l’Inde. Elle s’installa alors dans les campements de  baraques de Calcutta. Là, elle  vécut aux côtés de la misère, des douleurs et des souffrances insoutenables des masses populaires et lutta durant des décennies et de toutes ses forces pour ouvrir les yeux du monde entier sur la triste vie des gens qu’elle côtoyait quotidiennement. Elle n’a pas hésité à s’adonner elle-même à la mendicité pour nourrir des affamés qui en avaient plus besoin qu’elle. Sans hésiter, elle portait secours à des personnes atteintes de maladies graves et bannies par la société. Avec acharnement et  abnégation, elle est arrivée à faire construire des léproseries,  des orphelinats et des hôpitaux à travers toute l’Inde. Elle avait ensuite étendu son action à plusieurs pays où régnaient la misère et la souffrance. Dans son action, elle ne prenait nullement compte des religions, des races ou des nationalités des nécessiteux.
Au crépuscule de  sa vie, la communauté des nations lui a décerné le Prix Nobel de la paix. Elle  mourut exténuée, heureuse et ne possédant rien d’autre que son célèbre « Haïk» blanc bordé de bleu.
Il est difficile, sauf pour les barbus et les voilés d’esprit de ne pas admirer Mère Teresa  qui  a mis  sa vie au service de  l’humanité et de la justice.  
Sur un autre continent, et précisément en Amérique, les colons européens exterminèrent les Amérindiens, s’approprièrent leurs terres. Ils ont fait venir de force des centaines de milliers d’esclaves noirs d’Afrique. Au XIXème siècle, la conscience humaine s’est néanmoins réveillée de sa longue léthargie et a découvert, médusée, l’injustice de l’esclavage.
Suite aux guerres de Sécession, Abraham Lincoln abolit l’esclavage en 1863. Mais un siècle plus tard,  les vestiges de celui-ci persistaient encore sous diverses formes (ghettos, mépris, brimades, invectives, misère, ségrégation, droits civiques bafoués).
 Martin Luther King est un pasteur américain noir, bel homme, instruit et tribun de talent. Il s’inspire de la non-violence de Gandhi pour lutter contre les injustices faites aux Noirs de son pays; il organise le boycott des transports communs pour obtenir la mixité. Il organise des manifestations pour que tous les Américains puissent accéder aux mêmes écoles et universités selon le mérite. Il pousse des millions de Noirs à opposer la non-violence à la violence des Blancs au pouvoir. Il organise de grandes marches pour obtenir l’opérationnalisation des droits civiques inscrits dans la Constitution depuis un siècle. JF Kennedy qui soutenait les revendications des Noirs a été assassiné. Ce qui n’a pas empêché Martin Luther de continuer sa lutte et d’avoir de plus en plus l’écoute des Blancs.  Il est connu et reconnu dans le monde  entier et obtient le Prix Nobel de la paix. Fort de sa notoriété, il organise  une marche pacifique sur la capitale pour les droits civiques. Il obtient gain de cause et toutes les entraves et obstacles du vote noir sont levés. Martin Luther King a voulu et rêvé d’une Amérique pour tous sans distinction de race ou de religion. Il s’est opposé avec force à la guerre au Vietnam aux côtés de Mohamed Ali et d’autres personnalités de renom. Il a été assassiné par un raciste durant les années 60.

 * Professeur universitaire retraité

Mohamed Azergui *
Mercredi 20 Janvier 2016

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