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Insolite : Guerre contre les rats




Insolite : Guerre contre les rats
La population de la métropole du nord-ouest pakistanais Peshawar a connu les attentats à la bombe, les attaques sanglantes et les kidnappings au cours des dernières années, mais est aussi confrontée aujourd’hui à un tout autre fléau: la prolifération des rats.
Les habitants de cette ville en première ligne de la guerre contre les talibans, accusent les rongeurs, qui n’ont rien à voir avec le sympathique rat Rémy du film d’animation “Ratatouille”, de manger des poulets dans les bazars, de mordre des adultes, de propager des infections et même d’avoir tué un bébé.
Et pour cette guerre inusitée contre les rats, des Peshawaris s’en remettent de plus en plus à Naseer Ahmad. Armé de son poison, d’un râteau, d’une brouette et de gants en plastique, et accompagné de ses trois filles, cet homme de 40 ans s’est investi d’une mission: purger la ville de ses rats.
En 18 mois, Naseer affirme avoir ainsi tué 100.000 rats... “J’ai entamé cette mission après que la femme d’un ami a été mordue par un rat. Les soins de santé lui avaient coûté 5.000 roupies (40 euros), elle avait dû être traitée contre la rage”, confie-t-il, à la chasse ce jour-là dans le quartier densément peuplé de Zaryab.
La population locale de rats semble avoir explosé au cours des dernières années en raison de fortes crues subites, lors de la saison des pluies, dans les campagnes avoisinantes qui ont poussé les rongeurs en ville, disent des habitants de Peshawar.
Les rats, des colosses de 20 à 30 centimètres sans la queue, “sont partout, dans les rues, les bazars et les commerces”, soupire Naseer. “Ils se planquent le jour, mais attaquent la nuit, ils abîment les tissus dans les maisons et les commerces, contaminent la nourriture et mordent les femmes et les enfants”, affirme-t-il. Et pour chasser ces proies nocturnes, Naseer commence ses patrouilles antirats à la tombée de la nuit, traquant les rongeurs rue par rue, maison par maison, boutique par boutique. Il dépose du sucre sur un bout de pain qu’il asperge d’un poison “fait maison” dont il préfère taire le secret.
“Ces rats sont immunisés contre les poisons d’ici, c’est pourquoi j’ai dû concocter mon propre poison”, se targue-t-il. Pendant que Naseer et ses filles disposent le pain empoisonné dans des ruelles poussiéreuses, Gul Zada répare le trou creusé par des rats dans le plancher de sa modeste demeure.
“Les rats ont mordu mon jeune neveu de 18 mois l’an dernier, nous l’avons transporté d’urgence à l’hôpital mais il est mort”, déplore-t-il.
Si la majorité des habitants de ce quartier pauvre de Peshawar ont installé des pièges à rats dans leur maison, seul le traitement spécial de Naseer Ahmad et ses filles parvient à venir à bout de ces voraces rongeurs, plaide le grand-père de Gul, Faqir Zada.
“Ils attaquent comme une armée à environ 22H00”, renchérit Ammanullah Khan, un couturier qui se plaint de voir les rats ronger les manteaux en cuir qu’il confectionne.
Après la chasse nocturne, vient le moment de la collecte des rats morts, au petit matin. Des habitants cueillent eux-mêmes à la pelle les rongeurs inertes pour les jeter dans des coins de rues qui servent de poubelles publiques.
Naseer, lui, dépose des rats morts dans un sac de plastique placé dans sa brouette. Ce matin-là, il récolte une centaine de cadavres qu’il ira ensuite brûler dans un champ des environs.
S’il est populaire auprès des habitants, cet étrange chasseur urbain ne touche pas un sou des autorités pour son travail ingrat. Mais il reste déterminé. “C’est plus qu’une mission pour moi”, clame l’homme, en première ligne de cette guerre menée contre les rats.

Vendredi 9 Janvier 2015

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