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Ils ont planché sur le contexte mondial et la production agricole : Les économistes et les ingénieurs agronomes marocains tirent la sonnette d’alarme




Ils ont planché sur le contexte mondial et la production agricole : Les économistes et les ingénieurs agronomes marocains tirent la sonnette d’alarme
Le contexte mondial, marqué notamment  par le changement climatique et la hausse des prix des produits agricoles, conduit le Maroc à revoir sa stratégie agricole  dans un sens de mise à niveau, de restructuration et de redéfinition des missions.
En dépit des efforts déployés par les pouvoirs publics pour améliorer la productivité du secteur agricole au Maroc et celui du blé plus particulièrement, les résultats  enregistrés en général  ne suffisent pas à couvrir les besoins du marché local en cette matière. En 2010 par exemple, les quantités de blé importées pour satisfaire les besoins nationaux ont été de près de 27 millions de quintaux tandis que le blé écrasé de production locale fut de seulement 18,5 millions de quintaux.
 Pour la campagne 2007-2008, les écrasements du blé importé ont été de 33,3 millions de quintaux, et ceux du blé local de 6,3 millions de quintaux. Des difficultés structurelles, liées à la dépendance envers des aléas climatiques, continuent à influer sur la production locale désavantagée également par la lenteur de la diffusion des progrès techniques, de l’éclatement des superficies exploitables et de la difficulté d’accès des producteurs au système de crédit.
Face à cette situation et compte tenu de la demande en céréales, à l’horizon 2020, qui s’établirait selon plusieurs études menées à cet effet à environ 120 millions de quintaux, le déficit  céréalier à combler à partir des importations  s’aggraverait de plus en plus, induisant ainsi une forte pression sur le budget de l’Etat.
Les importations de blé tendre proviennent essentiellement des pays de l’UE (France, Allemagne), des Etats-Unis, de l’Ukraine, de la Russie et dans une moindre mesure du Canada et de l’Argentine. Pour le blé dur, le Canada se place au premier rang des pays fournisseurs de ce produit pour le Maroc.
Les Etats-Unis étant le plus gros exportateur mondial de maïs et de soja, le degré de répercussion de leurs hausses de prix sur les marchés intérieurs d’autres pays sera fonction de trois  éléments :
- Dans quelle mesure le pays en question est tributaire de ses importations ?
- La capacité qu’a le pays de se prémunir contre les chocs extérieurs ;
- Et dans quelle mesure le pays laisse l’évolution des prix internationaux se répercuter sur son marché intérieur ?
Dans l’ensemble, les pays du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne affichent les plus forts taux d’importations nettes de céréales en pourcentage de leur consommation. Et c’est dans ces pays que l’alimentation représente la plus grosse part des dépenses totales des ménages, surtout au niveau des populations pauvres. Ces régions sont par conséquent les plus vulnérables aux flambées des prix internationaux de l’ordre de celle causée par la sécheresse qui sévit aux États-Unis.
Pour leur part, les pays d’Amérique du Sud, d’Asie du Sud et, dans une moindre mesure, d’Europe de l’Est et d’Asie centrale sont des exportateurs potentiels qui sont susceptibles de tirer profit de la situation sur le plan financier, quoiqu’ils risquent dans le même temps d’être soumis à un surcroît de pressions sur les prix au niveau de leurs marchés intérieurs.
Mais l’impact que les hausses des prix aux Etats-Unis auront en définitive dans chaque pays sera aussi fonction de facteurs internes :  la situation des cultures locales, l’accessibilité portuaire et l’état des infrastructures ; les chocs d’ordre interne, tels que les conflits et les catastrophes naturelles ; la marge de manœuvre budgétaire disponible ; et les solutions de politique générale sur lesquelles le pays peut tabler pour se prémunir contre la volatilité des prix mondiaux (stocks de céréales, interventions commerciales, contrôle des prix, filets de protection et investissements en agriculture).
Les interactions entre ces différents facteurs caractéristiques et choix de politiques varient d‘un pays à l’autre ; Beaucoup de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord connaissent une situation politique et budgétaire difficile qui limite leur aptitude à amortir l’impact des hausses de prix.
Dans un communiqué commun, José Graziano Da Silva, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Kanayo F. Nwanze, président du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), et Ertharin Cousin, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM) appellent à ‘“affronter les causes profondes de la hausse des prix alimentaires”.
“La situation régnant sur les marchés alimentaires mondiaux, caractérisée par une forte hausse des cours du maïs, du blé et du soja, a suscité la crainte de voir se reproduire la crise alimentaire de 2007-2008. Cependant, une intervention rapide et coordonnée à l’échelle internationale peut empêcher sa répétition”, estiment les trois responsables.
Si ces cinq dernières années, des phénomènes météorologiques (épisodes de sécheresse ou inondations) ont contribué au fait que le monde connaisse trois épisodes de flambée des prix des aliments, les trois agences onusiennes dénoncent également le “rôle déterminant” joué par “la conversion croissante des cultures vivrières en agrocarburants et la spéculation financière” dans la hausse des niveaux de prix et leur volatilité.
Car même lors des années où le climat est clément, soulignent-ils, “la production céréalière mondiale suffit à peine à satisfaire les demandes croissantes de nourriture, d’alimentation animale et de combustible  et ce, dans un monde qui compte 80 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque année.
Partant du principe que “les prix alimentaires élevés sont un symptôme, et non la maladie”, la FAO, le PAM et le FIDA affirment qu’il appartient à la communauté internationale “de prendre des mesures préventives pour empêcher des hausses excessives”.
Les trois Agences préconisent encore une “approche sur deux fronts visant à soutenir les investissements à long terme dans l’agriculture, notamment la petite agriculture, tout en veillant à mettre en place des filets de sécurité en faveur des consommateurs et des producteurs pauvres pour leur éviter d’être victimes de la faim, de perdre leurs actifs et de plonger dans la pauvreté à court terme”.
Ils pointent les écueils à éviter : “Les pays doivent s’abstenir de réagir par des achats dictés par la panique et des restrictions à l’exportation qui, tout en aidant de façon temporaire certaines catégories de consommateurs nationaux, sont généralement inefficaces et rendent la vie dure à tous les autres”.
Les organisations renouvellent par ailleurs une recommandation du G20 de Paris en 2011, qui est d’”ajuster les mandats de production de biocarburants lorsque les marchés mondiaux sont sous pression et que les disponibilités vivrières sont menacées”.
La mise en place d’une  filière ‘’céréales’’ performante peut se révéler d’une importance capitale pour :
- Optimiser la production céréalière et assurer, en conséquence,  une production minimum de 60 millions de quintaux en vue de consolider la croissance économique et de réaliser un taux minimum moyen stable de 7% par an, condition nécessaire pour une dynamique économique soutenue à même de faire face au fléau du chômage dont les premières victimes sont les jeunes et notamment les plus instruits parmi eux.
- Alléger les dépenses budgétaires  destinées à l’atténuation des effets d’une sécheresse récurrente  et réallouer des dépenses ainsi économisées pour financer d’autres besoins ayant un caractère stratégique.
- Eradiquer ou, au moins et alléger, par ricochet, le fardeau supporté par les villes en termes d’infrastructure et de prolifération de la pauvreté et de l’insécurité, atténuer le flux de l’exode rural, éradiquer l’habitat insalubre notamment.
La place  accordée à la pluviométrie dans le suivi de la sécheresse,  constitue l’élément principal dans le raisonnement et les stratégies des agriculteurs vis-à-vis des risques de production, tant est que l’utilisation des facteurs d’intensification par la majorité des producteurs est tributaire des conditions climatiques. Sans pluie, le producteur préfère en général cesser les dépenses liées à la protection phytosanitaire et à la fertilisation et faire pâturer les parcelles.
Ce phénomène dont le coût socio-économique est de plus en plus lourd, associé à une tendance à la hausse des prix internationaux des produits alimentaires, hypothèque particulièrement le développement.
Une partie, de plus en plus importante, des moyens financiers dont dispose l’ Etat est allouée pour notamment faire face aux conséquences des sécheresses: approvisionner le marché local en produits alimentaires importés, secourir les populations fragilisées, aider les zones sinistrées et faire face aux conséquences de l’exode rural.
L’Etat n’est plus en mesure de faire face à lui seul au fléau de la sécheresse devenue structurelle. Le temps où ce phénomène n’était pas aussi contraignant et ne grevait pas aussi lourdement les finances publiques est révolu.
Dans le contexte du Plan Maroc Vert,  les projets d’agrégation préconisés  impliquent  un grand nombre d’agriculteurs de différentes catégories utilisant les  techniques modernes et traditionnelles.
Sécuriser le revenu de l’agriculteur et l’inciter à s’occuper davantage de son exploitation nécessite  l’implication des Pouvoirs publics (ministère de l’Agriculture, des Finances, Agence de Développement agricole), des professionnels du secteur céréalier  (agrégateurs, coopératives, organisations professionnelles et leurs fédérations et confédérations) et des institutions concernées (compagnies d’assurances, organismes de crédit) .
Ces partenaires sociaux ont un rôle déterminant pour promouvoir la culture du risque et ouvrir de nouvelles perspectives pour une  meilleure maîtrise des risques liés aux aléas climatiques et du marché international.
Ainsi des actions importantes doivent être prises d’urgence pour augmenter le niveau de la production nationale, en agissant particulièrement sur la productivité, la maîtrise des coûts de production et la généralisation du régime de l’assurance agricole.
La sécurisation de la production agricole nationale doit être conçue par les ministères de l’Agriculture, des Affaires générales (Compensation) et de l’Economie et des Finances, pour des raisons qui peuvent être antagonistes (défendre le producteur, protéger le consommateur, équilibrer le budget).
L’Etat, malgré les contraintes de budgétisation et de suivi-évaluation des actions depuis le lancement du PMV, tente d’impliquer un nombre de plus en plus élevé de producteurs dans une relation contractuelle nouvelle. Aussi, les résultats obtenus  sont  encore  en deçà de ceux escomptés.
En effet, les niveaux de production moyens sont en dessous du potentiel génétique des différentes cultures et espèces animales. Les manques à gagner en termes de productivité dépassent parfois les 50% même en zones irriguées. Le rattrapage de ces manques à gagner nécessite l’exploitation rationnelle des ressources naturelles (eau, sol, environnement …) dont jouissent les différentes régions du Royaume. Cela va de pair avec la mobilisation des différents acteurs du secteur agricole dans une complémentarité  des rôles. Force est de constater que les niveaux d’encadrement des différents systèmes de production sont loin de ce qui est le cas dans des pays développés et même dans certains pays arabes.
Conscients de cette réalité, les agronomes et les économistes marocains ont organisé une table ronde le 18 octobre 2012 à 12h au siège de la MAMDA à la Rabat.
Le débat a été introduit par des exposés sur les caractéristiques du nouveau contexte mondial notamment l’évolution des prix des produits alimentaires.
C’est une lecture de l’évolution de la politique agricole marocaine, des résultats et des perspectives d’avenir notamment en termes de transfert de technologie.


Libé
Lundi 29 Octobre 2012

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