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Il y a 100 ans, le Protectorat s’installait au Maroc




Il y a 100 ans, le Protectorat s’installait au Maroc
Au moment où Moulay Hafid signait le traité, cinq mille soldats campaient sous les murs de son palais. «Ce fut une consternation générale. Le traité de protectorat, écrit le Dr. Weisberger, observateur perspicace qui se trouvait à Fès, était considéré comme un acte de vente, et toute la ville, depuis les chorfas et les oulémas, jusqu’au dernier des bekkals (épiciers), réprouvaient la transaction par laquelle l’imam, le Commandant des croyants, élevé sur le pavois, quatre ans auparavant, comme sultan du djihad avait vendu aux chrétiens une partie de Dar Al Islam.»
Les tabors, récemment constitués et encadrés par des Français avaient été les premiers à s’insurger, soutenus par la population et par les tribus avoisinantes. L’armée française réprima, violemment, les manifestations, laissant sur le terrain des centaines de victimes. La foule menaça le palais et faillit pénétrer dans les appartements du sultan.
Malgré la signature du traité, la France ne voulait pas faire confiance à un sultan que son peuple rejetait. Lyautey négocia, donc, les conditions de son départ, «en essayant, note Ch. A. Julien, de le mettre en état de moindre résistance, par d’abondantes libations de vins fins et de champagne«. Les compensations financières furent arrêtées, après un marchandage très serré : un chèque de 40.000 livres sterling et l’assurance d’une rente annuelle de 375 000 francs. Après quoi Moulay Hafid abdiqua et quitta Fès, le 5 août 1912 pour s’installer à Tanger. «Alors que le «Du Chellah» levait l’ancre vers Tanger, Lyautey et Moulay Hafid se tenaient face à face, ayant entre leurs mains, l’un, le chèque et l’autre, l’acte d’abdication. Pendant un instant, ils tinrent chacun un bout des papiers à échanger, chacun craignant de lâcher le sien tant que l’autre ne serait pas donné«. Le sultan rejoignit son frère Abdelaziz, cet autre sultan déchu, cédant le trône à cet autre frère, Moulay Youssef, qui fut un sultan modèle pour une France qui eut, toute latitude, d’agir à sa guise et d’instaurer un régime colonial, sous l’apparence d’un «Protectorat qui commençait mal», affirme Ch. A. Julien.
Lyautey l’inaugurait, en effet, par deux mesures contraires à l’esprit du traité de Fès : pression exercée sur un homme traqué (Moulay Hafid) dont le renoncement ne fut acquis que par l’usure et, obligation imposée au Maghzen d’introniser, par une béi’a l’autre frère des deux sultans déchus. Ni le Résident Général Steeg, pour le choix de Sidi Mohamed, ni Guillaume pour le déposer et le remplacer par Moulay Arafa, ne manquèrent de s’inspirer de l’exemple de leur illustre devancier, en imposant au peuple marocain des décisions unilatérales qu’elles avaient prises en son nom. «On peut, donc, incontestablement affirmer qu’en novembre 1955, pour la première fois dans l’histoire monarchique du Maroc, un roi ne revint sur le Trône ni par une «bei’a», ni par un soulèvement de tribus, ni encore moins par une intervention étrangère, mais par la seule volonté de son peuple qui en avait fait son idole», peut incontestablement affirmer Abderrahim Bouabid.
Un siècle après, le peuple marocain pourra faire le flash-back de son histoire en le faisant débuter à l’heure où le sultan Moulay Hafid signait, le 30 mars 1912, le traité du Protectorat. Il faisait de la sorte, subir au pays la plus terrible défaite de son histoire millénaire, une abdication funeste d’un régime à la dérive qui avait confiné le pays, durant des siècles, dans une totale autarcie et une léthargie séculaire. Le lecteur revivra, ainsi, ces instants critiques qui avaient fortement secoué le peuple marocain et l’avaient incité à lutter, dans un premier temps par les armes contre l’occupant pour ensuite engager, à compter des années trente un combat politique lui ayant permis de recouvrer, en 1955, son indépendance.
Durant le XIXème siècle, les puissances coloniales, France, Angleterre, Pays-Bas, Espagne, Portugal, etc.. s’étaient, partagé le monde ; l’Afrique, toute entière, avait succombé sous le joug de leur impérialisme ; en Asie, seuls la Chine et le Japon avaient pu échapper à son emprise. La dynastie alaouite avait, contre vents et marées, réussi à défendre et à sauvegarder l’indépendance et l’intégrité du pays. Mais à la fin de ce siècle, sa mauvaise gestion de la chose publique, maintenant le pays dans la décadence et l’isolationnisme, avait fait que le Maroc, dernier bastion de ce qui deviendra plus tard le Tiers-monde, dût s’incliner et tomber, à son tour, dans l’escarcelle du colonialisme. Grâce au combat qu’il mena, durant quatre décennies, le peuple marocain réussit à s’en dégager et à sonner le glas du joug colonial.  J’ai essayé, en cette année 2011, de rechercher et de fouiller dans une mémoire, censée garder, en souvenirs, le déroulement des événements et l’action des hommes qui ont façonné et modelé l’histoire de notre pays, en la rafraîchissant, comme dirait Mme de Sévigny, ″de tout ce que tout un siècle aurait un peu effacé.
Je ferai, tout d’abord, revivre au lecteur le Maroc tel qu’il fut, à l’aube du 20ème siècle, avec sa décadence, sa décrépitude et les retards qu’il avait accumulés, durant des siècles, dans les domaines politique, économique, social et culturel, un Maroc terrassé, dévasté, ravagé, livré en proie au colonialisme. J’évoquerai, ensuite, l’histoire qu’a vécue le Maroc durant le vingtième siècle, celle des luttes engagées contre le Protectorat puis, une fois libéré, celle des années de plomb qui avaient souillé, par ses répressions et ses tortures, le régime de liberté fraîchement acquis et celle, depuis la fin du siècle dernier, d’une marche cahin-caha vers la démocratie.
Tout au long de cette lutte, le Maroc a été à ces moments de son histoire, comme dirait Marcel Proust, :
A la recherche des temps perdus pendant lesquels il n’avait pas su saisir les occasions qui lui étaient offertes, en 1944, en 1955 puis en 1998, d’assurer, avec force, la modernisation et la démocratisation de ses institutions. «Nous avons été insoucieux des vicissitudes de l’avenir» et perdu un «temps devant lequel les efforts… de notre intelligence échouèrent toujours».
Le Maroc a, certes acquis son indépendance, mais les conditions qui l’avaient accompagnée, n’avaient pas contribué à la renforcer par la création d’institutions démocratiques qui avaient été renvoyées aux calendes grecques. Certains événements l’ont, au contraire affaibli : scission intervenue avant terme, au sein de l’Istiqlal, soutien apporté par les potentats de l’ancien Makhzen et par une bourgeoisie mercantile et rentière, à une démocratie falsifiée, gestion défaillante de l’affaire du Sahara face à une Algérie arrogante ne faisant aucun mystère sur ses volontés hégémoniques.
En ce début de siècle, notre pays fort de l’expérience qu’il a faite de l’alternance, de la marche cahin-caha de la démocratie qui la suivit, doit reprendre son souffle et aller de nouveau. A la recherche des temps perdus afin d’en tirer les conséquences et rectifier le tir. L’occasion lui est, aujourd’hui, offerte par l’appel du Souverain, l’invitant à s’engager, pour de bon, dans la voie de la démocratie. Le discours qu’il prononça, ce jour mémorable du 9 mars 2011, marque un tournant décisif que le Maroc saura prendre avec sérénité, dotant le pays, d’un régime de monarchie parlementaire et démocratique. Il confirmera, de la sorte, la longueur d’avance qu’il a eue, au début de ce siècle, sur ses frères arabes en se libérant d’un système de gouvernance dépassé et archaïque.
La nouvelle ère coïncidera avec la commémoration, le 30 mars 2012, du centenaire du Protectorat que le Maroc avait, par la faute d’un Makhzen irresponsable, été obligé, cent ans auparavant d’avaliser ; il tournera, ainsi, une page non glorieuse de son histoire et inaugurera, par la même occasion, avec ferveur, l’An un de la démocratie qui ouvre la voie à une ère nouvelle où la liberté, la justice et l’Etat de droit règneront en maîtres.

Mohamed Aouad
Vendredi 6 Avril 2012

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1.Posté par jawad le 07/04/2012 23:05
note sans relation avec le sujet.il parait que la photo date du maroc actuel.quelle ironie du sort.

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