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Il faut réduire l’interventionnisme étatique et supprimer les obstacles bureaucratiques : Le mirage de l’Union Africaine




Le continent africain a célébré le 25 mai le jour de l’Union Africaine. Peu de pays, cependant, ont déclaré le jour férié pour le célébrer dignement et se passer ainsi de millions d’heures de travail productif. Peu a été dit en ce jour du potentiel de progrès et des défis du continent face à la crise. On a glosé encore et encore sur l’objectif (illusoire ?) de débarrasser le continent des faiseurs de coups d’État et du terrorisme subventionné par certains Etats. Bizarrement, l’Erythrée a été le seul coupable pointé du doigt, alors que d’autres tels que le Soudan, Madagascar ou la Mauritanie par exemple nient la vraie démocratie à leurs citoyens.
L’Erythrée a répliqué, comparant l’Union Africaine à un jeu désenchanté de chaises musicales, notoirement inefficace et peuplée de penseurs simplistes. En fait, l’Erythrée n’a peut-être pas tort. Récemment le président de l’Union Africaine, le colonel Mouammar Kadhafi s’est moqué de la démocratie sur le continent lors d’un discours d’un sommet de l’UA à Addis Abeba, expliquant qu’elle n’y produisait que des bains de sang. Cela pourrait être la pensée dominante chez les dirigeants africains. En 2005 Franklin Cudjoe, responsable de www.AfricanLiberty.org et de l’institut Imani au Ghana, eut un débat avec l’ancien président Tanzanien benjamin Mkapa à propos d’un appel de ce dernier en faveur d’un clone africain de la démocratie ainsi que la nécessité de résister à la mondialisation, dernière forme de l’exploitation selon lui, après l’esclavage et la colonisation.
Que propose l’UA, qui clame à l’unité du continent ? Elle envisage une intégration politique et économique entre les frontières, où pauvreté, conflits et maladies auront disparus. Naturellement les divers groupes économiques régionaux s’attèleront à l’intégration avant que le continent entier soit unifié. Une telle union pourrait affecter les vies de plus 800 millions d’africains.
Pourtant en Afrique nous sommes les amis du protectionnisme. Le Nigéria et le Ghana, proches voisins au sein de la communauté économique d’Afrique de l’Ouest font toujours usage du protectionnisme, le Nigéria imposant une quasi-interdiction d’entrée à 74 produits ghanéens et le Ghana demandant aux marchands nigérians une somme conséquente pour entrer sur le marché ghanéen. En 2005 le Rapport de la Commission pour l’Afrique expliquait tristement que livrer un véhicule du Japon à Abidjan en Côte d’Ivoire coûtait par exemple 1500$. Transporter le même véhicule d’Abidjan à Addis Abéba en Éthiopie coûtait 5000$. Éliminer les barrières commerciales régionales représenterait un gain de 1,2 milliards par an pour l’Afrique selon la Banque Mondiale. En matière de commerce international, l’UA a donc tendance à se focaliser sur la paille dans l’œil du voisin (les pays plus riches qui ont dressé des obstacles gênant à l’accès à nos produits) et oublier la poutre dans le sien.
La crise actuelle nous rappelle que le monde est interconnecté, et que notre croissance en dépend : les difficultés économiques mondiales ont fait baisser la confiance des consommateurs dans les pays riches et, par extension, ont ralenti la croissance des économies tirées par les exportations agricoles. En avril de cette année, le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Mme Obiageh Ezekwesil, a noté qu’au début de 2008, le taux de croissance de l’Afrique d’abord prévu à 6,4% a chuté à 4,9% ; le taux pour 2009 s’élève maintenant à 2,4%.
Mais la cacophonie des demandes d’aide pour surmonter la tempête provoquée par la récession économique a occupé le centre de la scène dans le débat mondial sur les plans de relance. Ainsi, les dirigeants africains demandent des aides de relance aux pays occidentaux au lieu de relancer … la réflexion critique sur la façon de construire leurs propres économies de l’intérieur. Toutefois, il semble se dégager d’une récente conférence économique à Dakar, au Sénégal, qu’ils vont compter davantage sur eux-mêmes pour trouver des solutions à ces problèmes. Ces solutions ne consistent pas à imposer des taxes supplémentaires sur les 30% de petites entreprises visibles et les travailleurs du secteur formel, mais à veiller à ce que près de 70% de l’économie souterraine de l’Afrique soit « déterrée ».
Pour cela il faut promouvoir de faibles contraintes d’entrée pour les entreprises, et sans doute une fiscalité personnelle proportionnelle (flat tax) et très raisonnable. Les augmentations des taux d’impôts sur les sociétés ont un impact sur les recettes de l’État et les chiffres de l’emploi. Déjà, de nombreuses entreprises ayant réalisé d’honorables performances sur le continent ne jubilent pas à l’idée de perdre des employés à cause de la crise : un fardeau fiscal supplémentaire ne laissera pas à ces entreprises d’autre choix que celui de licencier leurs employés.
Les citoyens africains doivent aider les dirigeants africains à utiliser la journée de l’UA pour réfléchir à la façon de réduire l’interventionnisme étatique souvent irrationnel dans nos vies, réglementer intelligemment les marchés financiers, supprimer les obstacles bureaucratiques à la création d’entreprises, et établir les droits de propriété et faire respecter le droit des contrats. Aidons les forces qui libèrent l’énergie entrepreneuriale nécessaire pour nous sortir de la crise.
Les dirigeants africains entreprendront ces réformes quand ils seront obligés de le faire en tant que condition pour recevoir de l’aide, et ce en dépit des immenses échecs de celle-ci à réduire la pauvreté sur le continent et qui continue à être réclamée par les activistes… dont le business en dépend.


(Franklin Cudjoe est directeur exécutif de IMANI, un think tank ghanéen, et responsable de www.AfricanLiberty.org - Alhassan Atta-Quayson est économiste et chroniqueur sur www.AfricanLiberty.org)
 Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Franklin Cudjoe et Alhassan Atta-Quayson
Mardi 16 Juin 2009

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